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Haiti/Crise Politique: Haïti plonge dans l’incertitude politique.

arSans président depuis la fin du mandat de Michel Martelly, le pays doit élire un président de transition pour mener à bien des élections. Saluée par la communauté internationale, cette solution est rejetée par une partie de l’opposition.

Plongé dans la léthargie politique des festivités du Carnaval, Haïti, sans président depuis dimanche 7 février, se réveille dans une impasse politique. « C’est la même crise qui continue, ce n’est qu’un nouveau chapitre », juge Frantz Duval, rédacteur en chef du quotidien haïtien Le Nouvelliste.

Nommé en janvier 2015, le conseil électoral avait pour mission de réussir à sortir de l’impasse un pays incapable de mener à bien ses élections. Il avait réussi à organiser des législatives en août 2015, ainsi que le premier tour de la présidentielle en octobre.

Mais ce dernier scrutin a fait l’objet de nombreuses accusations de fraudes. Devancé par le candidat du pouvoir Jovenel Moïse, l’opposant Jude Célestin a qualifié les scores de « farce ridicule ».

Des violences ont également eu lieu lors de manifestations de l’opposition qui contestait les résultats. Le second tour de l’élection, initialement prévu le 27 décembre, ajourné au 24 janvier, a été finalement reporté à une date inconnue.

Un président transitoire pour un unique mandat

Dimanche 7 février, lors de la cérémonie officielle de fin de mandat, le président sortant Michel Martelly s’est voulu rassurant, étant en effet parvenu la veille à un accord avec les représentants du Sénat et de l’Assemblée nationale pour nommer un président transitoire. Mais cette situation inédite de vacance présidentielle n’est pas prévue par les textes officiels.

« Le président du Parlement a pris la parole dimanche, et a déclaré qu’il fallait créer une commission bicamérale, qui doit déterminer les modalités de l’élection d’un président transitoire. Mais comme c’est la première fois qu’on a affaire à cette situation, rien n’est déterminé », explique Frantz Duval.

La seule certitude est que ce président transitoire ne pourra effectuer qu’un unique mandat, d’une durée de 120 jours, pour mener à bien l’élection d’un président.

Alors qu’aucun candidat ne s’est pour l’instant officiellement déclaré, les rumeurs vont bon train sur les possibles prétendants. Plusieurs parlementaires citent notamment les noms de Jocelerme Privert, le président de l’Assemblée nationale, ainsi que celui de Jules Cantave, président de la Cour de cassation.

À ces incertitudes sur l’identité d’un futur président transitoire se rajoute l’absence totale de réactions des deux candidats arrivés en tête au premier tour de la présidentielle, dont les intentions sont inconnues.

Manifestations de l’opposition et de membres de l’armée dissoute

L’accord signé samedi 6 février pour l’élection d’un président transitoire a été salué par le secrétaire général de l’ONU, Ban-Ki-moon, comme « conforme à l’esprit de la Constitution haïtienne ».

L’Organisation des États américains (OEA), en mission de médiation dans le pays depuis janvier, s’est elle aussi félicitée que Haïti trouve« une solution exceptionnelle » à la crise politique.

Cet accord pourra-t-il cependant garantir une stabilité politique ? Une partie de l’opposition, réunie au sein du Groupe des 8, critique vivement un accord dénoncé comme « un coup d’État parlementaire ».

L’accord se heurte également au rejet de la rue : les manifestations de l’opposition se sont poursuivies dans le centre de la capitale, et ont abouti à des violences vendredi 5 février.

Des membres de l’armée, dissoute en 1995 dans un pays qui a connu de nombreux coups d’État, ont défilé en treillis militaire et se sont affrontés avec la police, l’un d’entre eux y trouvant la mort.

Frantz Duval veut malgré tout rester optimiste sur la situation, ce décès relevant d’après lui d’un événement exceptionnel : « On ne peut pas parler de violence généralisée, pour le moment on reste dans l’action politique ».

Credit: Olivier Bories
Le Président Michel Martelly (au centre), entouré de gardes du corps, lors d'un hommage aux victimes du séisme de 2010, à Port-au-Prince le 12 janvier. HECTOR RETAMAL/AFP

Haiti/Crise Politique: Le carnaval démagogique du président d’Haïti.

Le Président Michel Martelly (au centre), entouré de gardes du corps, lors d'un hommage aux victimes du séisme de 2010, à Port-au-Prince le 12 janvier. HECTOR RETAMAL/AFP

Le Président Michel Martelly (au centre), entouré de gardes du corps, lors d’un hommage aux victimes du séisme de 2010, à Port-au-Prince le 12 janvier. HECTOR RETAMAL/AFP

Alors que le deuxième tour de la présidentielle reste en suspens, Michel Martelly a composé une chanson satirique pour ridiculiser les journalistes critiques envers le pouvoir.

La chanson s’intitule Bal Bannann Nan («Donnez-leur une banane»). Michel Martelly en avait dévoilé un extrait dès la mi-décembre, et la version intégrale est disponible depuis dimanche. Le président de la République d’Haïti semble ainsi revenir à l’activité de chanteur qui l’a rendu célèbre, quand tout le pays (et sa nombreuse diaspora) l’acclamait sous le nom de Sweet Micky. La fin de son mandat est en effet fixée au 7 février, date qui est aussi celle du début du Kanaval, traduire: carnaval. Le timing est parfait, puisque sa chansonnette est une «méringue», un refrain à danser où on commente l’actualité, souvent à mots couverts.

Les opposants au président chanteur n’ont guère apprécié la plaisanterie. Ils jugent qu’un premier magistrat devrait avoir d’autres priorités, dans la situation chaotique que traverse le pays. Le deuxième tour de l’élection présidentielle, fixé au 24 janvier, après deux reports, a été à nouveau repoussé deux jours auparavant, en raison du «climat de violence» dans le pays. Un climat lié aux accusations de fraude en faveur de candidat soutenu par le président, Jovenel Moïse, arrivé en tête à l’issue du premier tour. Puisque, à son grand regret, Martelly ne pouvait pas briguer un second mandat.

Crème blanchissante

L’autre motif de colère, c’est la teneur de la chanson : elle prend pour cibles Liliane Pierre Paul, animatrice du journal quotidien de 16 heures sur Radio Kiskeya, et Jean Monard Metellus, qui dirige l’émission Ranmasé sur Radio Télévision Caraïbes. Les deux journalistes ont longuement évoqué les soupçons de fraude massive, et donné la parole aux leaders de l’opposition. La chanson ne cite pas leurs noms mais les désigne par les surnoms (méprisants) de Ti Lili, «p’tite Lili» et Ti Mona. Ce dernier est accusé de «pase krèm ki tounen yon albinòs»: employer une crème pour se blanchir la peau. Quant à la banane du refrain, inutile d’insister sur les sous-entendus sexuels qu’elle colporte.

Le président de l’Association nationale des médias haïtiens (ANMH), Hérold Jean-François, a demandé aux radios de ne pas diffuser la sulfureuse méringue présidentielle. Mais il a peu de chances d’être écouté. Le titre, après de multiples téléchargements en sonnerie de portable, est bien parti pour devenir le tube du Kanaval 2016. En raison certes de son texte provocateur, mais surtout par sa rythmique effrénée de kompa, le zouk haïtien, sur laquelle le chœur répète inlassablement «Tet kalé», «crâne rasé», surnom du président et nom du mouvement politique qu’il a créé.

Réplique misogyne

Michel Martelly n’est est pas à première saillie sexiste. Au mois de juillet, en visite dans le port de Miragoane, une habitante lui avait reproché de ne pas avoir tenu sa promesse d’installer l’électricité dans son quartier. «Ferme-la, trouve-toi un homme et fais-toi prendre derrière un mur», lui aurait répliqué, selon la presse locale, le Président, provoquant l’hilarité de la foule. L’incident avait suscité la démission de plusieurs ministres, dont la titulaire, Yvrose Morquette, du portefeuille des Droits des femmes (qui n’est pas un homme comme écrit dans une première version de l’article).

En octobre, au moment du premier tour de l’élection présidentielle, le président avait promis que, dès le 8 février, son mandat terminé, il paraderait juché sur un char de carnaval, comme il le faisait chaque année avant d’être élu. Son successeur n’étant toujours pas connu, Michel Martelly devrait différer son départ, mais nombre de ses compatriotes s’attendent à le voir quand même défiler, micro en main, sur le Champ de Mars, le champ de ruines qui sert de cœur à Port-au-Prince.

CreditFrançois-Xavier Gomez

Michel Martelly, entouré du président du Sénat Jocelerme Privert (à gauche) et de Cholcer Chanzy, le président de la Chambre des représentants lors de la signature de l'accord pour l'élection d'un président intérimaire.
REUTERS/Andres Martinez Casares

Haiti/Crise Politique: Vacance du pouvoir en Haïti, un pays sans président.

Michel Martelly, entouré du président du Sénat Jocelerme Privert (à gauche) et de Cholcer Chanzy, le président de la Chambre des représentants lors de la signature de l'accord pour l'élection d'un président intérimaire. REUTERS/Andres Martinez Casares

Michel Martelly, entouré du président du Sénat Jocelerme Privert (à gauche) et de Cholcer Chanzy, le président de la Chambre des représentants lors de la signature de l’accord pour l’élection d’un président intérimaire.
REUTERS/Andres Martinez Casares

La crise électorale en Haïti se transforme définitivement en crise politique. Depuis dimanche 7 février, Haïti n’a plus de président. Arrivé à la fin de son mandat constitutionnel, Michel Martelly a quitté son poste sans pouvoir transmettre l’écharpe présidentielle bicolore à un successeur élu. Depuis le départ du chef d’Etat sortant, c’est le Premier ministre Evans Paul qui tient les rênes du pays.

La Constitution haïtienne, amendée en 2011, ne prévoit pas de cas de vacance du pouvoir. Pour y palier, un accord de dernière minute a été signé entre Michel Martelly et les présidents des deux chambres du Parlement haïtien.

Selon ce texte, l’Assemblée nationale dispose de cinq jours pour élire un président provisoire. Un laps de temps plutôt court : les candidats à ce poste peuvent se faire connaître à partir de ce lundi 8 février, mais les parlementaires doivent d’abord s’entendre sur les critères de recevabilité d’une candidature.

Une fois le nom du président intérimaire connu, un nouveau Premier ministre de consensus doit être confirmé. Sa mission: organiser le second tour des élections présidentielle et législatives partielles. Des scrutins qui devraient se tenir, selon l’accord signé samedi, le 24 avril prochain afin de pouvoir installer un nouveau président le 14 mai.

Ce calendrier est d’ores et déjà vivement critiqué par l’opposition. Elle y voit une tentative d’en finir coûte que coûte avec un processus électoral qu’elle qualifie de farce. Alors que les résultats du premier tour n’ont pas été vérifiés ce que l’opposition réclame pourtant depuis des mois.

Crédit: CANAL+HAITI/RFI/REUTERS

collectif-4-decembre

Haiti/Crise Politique: Appel à la nation du Collectif 4 décembre.

collectif-4-decembreAppel à la nation du Collectif 4 décembre

Compatriotes,

LE COLLECTIF DU 4 DECEMBRE s’adresse en urgence à tous les citoyens vivant sur notre territoire.

Depuis plus d’une semaine une escalade de violences s’installe dans les rues et tend, de plus, à s’intensifier dangereusement.

LE COLLECTIF DU 4 DECEMBRE condamne avec force et vigueur l’assassinat (par lapidation) de ce compatriote de 77 ans d’âge lors de la manifestation du 5 février dernier. C’est un acte odieux, un très mauvais et un malheureux précédent. Nous demandons au Commissaire du gouvernement de réagir prestement.

Les conséquences de telles barbaries ne profiteront qu’à ceux qui aiment vivre dans les eaux troubles. La difficulté d’approvisionnement qui suit ce genre d’émeutes rendra la vie de la population bien plus difficile et la flambée des coûts des denrées de base suivra bien vite. Notre économie déjà asphyxiée deviendra de plus en plus précaire. La misère gagnera encore plus de terrain avec son cortège de conséquences presqu’inimaginables.

ARRETEZ LA VIOLENCE !!!!!

LE COLLECTIF DU 4 DECEMBRE en appelle à ceux qui souhaitent diriger maintenant notre pays pour qu’ils consolident les acquis laissés par l’ancien régime et qu’ils renoncent surtout aux nombreux irritants que ce dernier nous aura légués : Monumentale dette ; Economie détériorée, dévastée et mal en point ; Indiscipline ; Irrespect ; Corruption ; Anarchie établie sur le réseau routier par des véhicules aux vitres fumées et sirène caractérisés Service de l’Etat (S.E.), Officiel (OF), Immatriculation Temporaire (IT) etc.

Que ces nouveaux responsables se penchent tout de suite sur leur agenda et que leurs actions futures envisagent sereinement de :
• Reconsidérer la constitution
• Mettre en place une assemblée constituante
• Revoir la loi électorale
• Revoir la loi sur les partis politiques
• Mettre en place le Conseil Electoral Permanent
• Mettre en place une Commission de Vérité Electorale
• Renforcer l’institution judiciaire afin de notamment bannir l’impunité
• Reconsidérer la distribution départementale
• Procéder à des jumelages de communes 
• Gérer de façon austère la Res Publica et en finir de cette pléthore de ministères, de voyages, de véhicules…. 
• Revoir tous les contrats passés de gré à gré sous les gouvernements Préval / Bellerive ; Martelly / Paul surtout s’ils pénalisent nos compagnies locales
• Revoir les contrats concédés pour les exploitations minières et tous les autres contrats sur lesquels plane une forte suspicion de concussion

Notre pays a besoin d’un souffle nouveau. Notre peuple a besoin de la conquête de sa dignité nationale. Nos citoyens attendent la dynamisation de la production nationale. Pensons PAYS ! Pensons HAITI !

Que Dieu nous bénisse tous et Qu’Il ait un regard complaisant sur notre peuple et notre pays !

Jean-Robert Argant
Coordonnateur Général

Haiti/Crise Politique: Haïti n’a plus de président !

tel1Michel Martelly a achevé, hier, son mandat présidentiel sans remettre le pouvoir à un successeur en raison du report des élections en Haïti, ce qui plonge le pays dans une crise politique profonde, 30 ans jour pour jour après la fin de la dictature des Duvalier.

Devant les parlementaires réunis en Congrès (ou Assemblée nationale), le président sortant a remercié ceux qui l’ont accompagné pendant ses cinq années de mandat: «L’Histoire se rappellera malgré vents et marées, bon gré mal gré, la pierre que j’aurai apportée à l’édification d’une Haïti plus belle.»

L’Histoire «se rappellera aussi de mes échecs que j’assume et que j’assume seul, et parmi ceux-ci mon plus grand regret, celui d’élections présidentielles différées», a-t-il encore déclaré lors de sa dernière adresse à la nation.

Le processus électoral a été stoppé à la suite des contestations de l’opposition qui dénonçait «un coup d’Etat électoral» fomenté par le pouvoir exécutif.

Au premier tour du scrutin présidentiel, le 25 octobre, le candidat du pouvoir, Jovenel Moïse, avait recueilli 32,76% des voix, contre 25,29% pour Jude Célestin, qui a qualifié ces scores de «farce ridicule».

Le second tour de la présidentielle et des législatives partielles, initialement prévu le 27 décembre, a été reporté dans un premier temps au 24 janvier, puis a été reporté sine die, empêchant donc Michel Martelly de passer le pouvoir à un successeur le 7 février comme le voulait la Constitution.

Crédit: CANAL+HAITI avec Reuters

Le président haïtien Michel Martelly salue ses supporteurs à son départ du Parlement à Port-au-Prince, le 7 février 2016 Photo HECTOR RETAMAL. AFP

Haiti/Crise: Michel Martelly quitte son poste, Haïti n’a plus de président.

Le président haïtien Michel Martelly salue ses supporteurs à son départ du Parlement à Port-au-Prince, le 7 février 2016 Photo HECTOR RETAMAL. AFP

Le président haïtien Michel Martelly salue ses supporteurs à son départ du Parlement à Port-au-Prince, le 7 février 2016 Photo HECTOR RETAMAL. AFP

Michel Martelly a achevé ce dimanche 7 fevrier son mandat présidentiel sans remettre le pouvoir à un successeur en raison du report des élections en Haïti, ce qui plonge le pays dans une crise politique profonde, 30 ans jour pour jour après la fin de la dictature des Duvalier.

Devant les parlementaires réunis en Congrès (ou Assemblée nationale), le président sortant a remercié ceux qui l’ont accompagné pendant ses cinq années de mandat: « L’Histoire se rappellera malgré vents et marées, bon gré mal gré, la pierre que j’aurai apportée à l’édification d’une Haïti plus belle. »

L’Histoire « se rappellera aussi de mes échecs que j’assume et que j’assume seul, et parmi ceux-ci mon plus grand regret, celui d’élections présidentielles différées », a-t-il encore déclaré lors de sa dernière adresse à la nation.

Le processus électoral a été stoppé à la suite des contestations de l’opposition qui dénonçait « un coup d’Etat électoral » fomenté par le pouvoir exécutif.

Au premier tour du scrutin présidentiel, le 25 octobre, le candidat du pouvoir, Jovenel Moïse, avait recueilli 32,76% des voix, contre 25,29% pour Jude Célestin, qui a qualifié ces scores de « farce ridicule ».

Le second tour de la présidentielle et des législatives partielles, initialement prévu le 27 décembre, a été reporté dans un premier temps au 24 janvier, puis a été reporté sine die, empêchant donc Michel Martelly de passer le pouvoir à un successeur le 7 février comme le voulait la Constitution.

« Aujourd’hui je suis prêt à répondre devant le tribunal de l’Histoire », a affirmé Michel Martelly qui, dans son discours en français et en créole, a tenu à défendre sa famille, accusée de détournements de fonds publics par de nombreux opposants.

- Président provisoire -

Quelques heures avant la fin de son mandat, Michel Martelly et les présidents des deux chambres du Parlement ont signé samedi un accord de sortie de crise prévoyant l’élection d’un président de transition par l’Assemblée nationale.

Après avoir reçu l’écharpe présidentielle des mains de Michel Martelly, Jocelerme Privert, le président du Sénat et de l’Assemblée nationale, s’est voulu rassurant en déclarant au peuple haïtien que « le départ du chef de l’Etat, (…) n’arrête pas pour autant la marche de l’Histoire, de notre Histoire. La roue de la République continue de tourner inexorablement ».

Députés et sénateurs ont désormais cinq jours pour élire un président provisoire dont le mandat ne devra pas excéder 120 jours.

Jocelerme Privert fait partie des « candidats sérieux », ont indiqué plusieurs parlementaires après la clôture de la séance exceptionnelle. Jules Cantave, président de la Cour de cassation, est aussi un nom cité comme potentiel chef du régime intérimaire.

Les Etats-Unis et le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, ont salué dimanche l’accord pour installer un gouvernement transitoire.

M. Ban appelle toutes les parties concernées à appliquer cet accord, « conforme à l’esprit de la Constitution haïtienne ».

Trente ans après la fin de la dictature des Duvalier, Haïti peine toujours à organiser des scrutins non contestés et qui suscitent l’engouement de la population.

La perspective d’un vide du pouvoir sur le long terme est une nouvelle difficulté pour la faible économie du pays le plus pauvre de la Caraïbe.

Crédit: CANAL+HAITI avec AFP

Leslie Péan

Haiti/Politique: Le pouvoir scandaleux de Martelly et l’échec de la corruption internationale.- 3è Partie.

Leslie Péan

Leslie Péan

Neutraliser la capacité de nuisance des fascistes 

La présence des centaines d’individus armés et en treillis vert olive dans les rues de la capitale le 5 février 2016 est l’ultime provocation de Michel Martelly pour se venger de la double défaite infligée par le mouvement démocratique. Double défaite disons-nous. D’abord en imposant l’annulation des élections du 24 janvier 2016. Ensuite en le contraignant à respecter la disposition constitutionnelle de laisser le pouvoir le 7 février 2016. Dans la rancune et avec des mots cruels reflétant la maladie incurable qui le ronge Martelly s’est attaqué aux journalistes Liliane Pierre-Paul et Jean Monard Metellus. En voulant tout détruire avec des flèches empoisonnées, Martelly a raté sa cible.

Les mots perfides et de cendre de Martelly ont eu l’effet contraire et ont plutôt provoqué des messages de solidarité et d’amour à l’endroit de ceux qu’il a attaqués. Témoins, entre autres, la belle composition «  Reste Debout Lili  » de Jean Jean Roosevelt et l’hommage rendu à Liliane Pierre-Paul au Karibe Convention Center le 5 février 2016 pour s’en convaincre. L’ouragan Martelly a saccagé la société haïtienne avec un temps de carnaval pendant cinq ans qu’il a mis à profit pour légitimer l’utilisation d’un langage grivois, scatologique et méchant. Il n’ouvre pas la bouche sans dire des gros mots, sans crever les tympans avec des insanités et sans laisser ses dépouilles sur le sol. On l’a vu à Miragoâne le 28 juillet 2015 avec cette femme qui cherchait des éclaircissements sur la politique.

Les mots de peine de Martelly se sont infiltrés comme de l’eau dans les fondations de sa propre maison. Des fissures sont vite apparues avec le départ du premier ministre Laurent Lamothe avant que celle d’Ann Valérie Timothée Milfort du PHTK révèle l’ampleur des dégâts. À force de parler à la légère, Martelly a créé lui-même des situations d’authentique détresse et de divorce. Il est victime de ses mots gros comme des calebasses parce qu’ils regorgent de rapacité. On se rappelle ses mots attachés à des préjugés attaquant les avocats Newton St. Juste et André Michel. Mais aussi des mots vides de toute substance, des mots sombrant dans la confusion, qu’il prononce parce qu’ils veulent cacher des vérités élémentaires. Comme ce fut le cas lors de ses déclarations le 19 janvier 2016 appelant à voter aux élections du 24 janvier.

Mane, Thecel, Pharès

Martelly n’a plus beaucoup de temps devant lui. Ayant été pesé et trouvé trop léger, ses jours sont comptés. Les mots du livre de Daniel sont incontournables : Mane, Thecel, Phares. La continuation des manifestations pour son départ d’un bout à l’autre du pays est déterminante pour précipiter son départ. Quoiqu’il arrive, le changement est en marche et rien ne peut l’arrêter. Jusqu’à la victoire finale ! Les éditoriaux des journaux Le Devoir et New York Times du 26 janvier et du Miami Herald du 30 janvier ont clairement dit que Martelly doit partir le 7 févier et qu’en aucun cas, son successeur ne peut être lié à son gouvernement. Un pan entier de l’univers des bandits s’écroule. C’est peu dire !

Le mal qui accable Haïti doit être extirpé à la racine. Un nouveau souffle est nécessaire pour sortir du carrousel des malheurs du pouvoir absolutiste qui veut se perpétuer par tous les moyens. Haïti fait face depuis 1804 à une absence d’éthique qui bloque l’instauration de la justice et empêche le bien-être à la grande majorité de sa population. La maladie de la course au pouvoir doit être guérie. Nos aïeux ont tellement été écrasés par l’esclavage qu’ils se cherchaient des honneurs et des titres en copiant servilement leurs anciens maîtres. La maladie du pouvoir s’est développée à un rythme étonnant et a contaminé tous les secteurs de la société.

Certains prétendent que la crainte d’un retour des Français pour réinstaurer l’esclavage a développé la mentalité du « deux jours à vivre ». Cette mentalité structure le mal haïtien autour du quadrilatère « Pito nou lèd nou la », « tout voum se do », « se pa fòt mwen » et « nou fè sa nou pi pito ». Nous ne partageons pas cette thèse du « shorttermisme ». Cela aurait dû être le contraire. Une telle perspective de retour des esclavagistes devrait plutôt augmenter le sens de la rigueur et de la responsabilité. D’ailleurs, tous les Français n’étaient pas esclavagistes. Mirabeau, Condorcet, la Fayette, les abbés Grégoire et Sieyès et tous les autres membres de la Société des Amis des Noirs condamnaient la traite des Noirs.

Qu’on se rappelle du mot de Robespierre le 13 mai 1791 déclarant « Périssent les colonies plutôt qu’un principe », trois mois avant la révolte générale des esclaves à Saint-Domingue du 22 août 1791. La question est complexe car, même parmi les esclaves, il existait une stratification. Par exemple, Dessalines était un commandeur et il fut par la suite esclave de Toussaint Louverture [1]. D’autre part, l’esclavage ne concerne pas que les noirs. Des centaines de milliers de blancs, en particulier les Irlandais, ont été esclaves et vendus par les Anglais tout au cours du 17e siècle. L’esclavage, en tant que mode de production associé à l’accumulation primitive du capitalisme, inscrit dans les mentalités une sacralisation, une pression, dans les rapports humains dont nous retrouvons les succédanés en Haïti encore aujourd’hui avec les 225.000 – 400.000 restavèk [2] (enfants domestiques). François Hauter identifie là les vraies raisons du naufrage haïtien [3].

Dessalines ne se contente pas du titre de Gouverneur à vie qu’il a eu pendant neuf mois en 1804. Il est mystifié par des commerçants anglais et américains qui lui apportent des vêtements et une couronne de la Jamaïque et de Philadelphie et il se fait proclamer Empereur à vie. Son absolutisme rentre en contradiction avec la soif de pouvoir de ses collègues généraux qui l’assassinent. Mais ses successeurs ne font pas mieux. Pétion se veut président à vie tout comme Christophe se fait proclamer Roi à vie. Yayou qui a poignardé trois fois le cadavre de Dessalines est nommé sénateur par Pétion avant d’être tué en 1808 par ce dernier. La malédiction électorale s’affirme dans l’histoire de notre pays mort-né avec l’assassinat de Dessalines mais aussi avec le ton donné par Pétion en tenant en 1806 les premières élections frauduleuses de notre histoire afin de s’emparer du pouvoir.

La règle établie le 3 novembre 1806 fixait le nombre total de paroisses à 59, soit 35 pour le Nord et 24 pour l’Ouest et le Sud, selon la répartition de la population. La manipulation du nombre de paroisses impose un charcutage électoral qui fait passer le nombre de paroisses de l’Ouest et du Sud de 24 à 39, leur donnant ainsi la majorité par rapport au Nord. Le résultat est la guerre civile et la division du pays en deux États qui dure douze ans. Le chen manje chen commence à l’aube de notre vie de peuple et nous refusons de réfléchir là-dessus. La geste de nos aïeux s’accompagne d’une cascade de dépenses somptuaires n’ayant rien à voir avec les priorités de l’heure. La jouissance du pouvoir politique est considérée comme la seule source de réalisation de soi.

Comme l’explique Louis Mars, le « complexe d’infériorité né de l’asservissement [4] » affecte la grande majorité de nos aïeux, autant les anciens libres mulâtres affranchis qui se sont rebellés contre leurs pères que les anciens esclaves noirs. Ensemble, leur psychologie consiste à ne jamais renoncer à vivre de la rente politique. Les idéaux de liberté et de changement sont détournés et deviennent des moyens utilisés pour faire la « révolution ». L’activiste veut prendre le pouvoir pour se faire une fortune dans un pays qu’on veut « exceptionnel ». Cette thèse d’Haïti comme « un pays à part » est critiquée par Hannibal Price [5] en 1871, puis par le journal Le Devoir du 17 septembre 1902 qui écrit : « Il n’y a d’exceptionnel dans le pays, que la façon dont on le gouverne ». Ce que confirme le journal Le Soir du 19 novembre 1902 en disant que pour être président d’Haïti, il suffit de « Savoir monter à cheval » [6].

Ne maitrisant pas les finances, nos aïeux sont à la merci des commerçants anglais, américains, allemands et français qui sont les fournisseurs de l’État. Essentiellement, la politique économique des aïeux traduit une absence de pensée stratégique. Nos aïeux se sont engagés dans des pratiques dirigistes contradictoires qui ont augmenté leur dépendance vis-à-vis des commerçants étrangers desquels ils ne cessaient d’emprunter pour boucler leur budget [7].

Un comportement borné

Les généraux et commandants d’arrondissement se sont engagés dans une coupe systématique d’arbres et l’exportation des bois de campêche (colorants) et des bois d’acajou (ébénisterie) vers l’Europe et les États-Unis. L’exploitation forestière s’est faite sans aucune considération pour le lendemain. Edmond Devèze, le commerçant français qui a vendu à Soulouque la couronne pour se faire proclamer Empereur reçoit entre autres la concession pour la coupe de bois à l’île de la Tortue pour dix ans. Les exportations de bois « se sont poursuivies pendant environ un siècle jusqu’à épuisement quasi total des réserves [8]. »

Le déboisement a continué au 20e siècle pour subvenir aux besoins énergétiques des populations pour la cuisson des aliments mais aussi pour satisfaire la demande des fours à chaux, des guildives, des entreprises de construction, etc. Un vrai raz-de-marée a englouti Haïti au point que la surface forestière d’Haïti est aujourd’hui de moins de deux pour cent. Dans le même temps, Haïti inaugure la chasse aux compétences qui sont fusillées, assassinées au même rythme que les arbres sont détruits. Comme le dit Karl Marx, « Le comportement borné des hommes en face de la nature conditionne leur comportement borné entre eux [9]. » Ce comportement est rampant en Haïti.

Dès 1804, l’accaparement des propriétés des anciens colons par les dirigeants du nouvel État a créé un tout d’une grande immoralité où les intérêts de toutes les parties ne sont pas représentés. Aucune des parties composant ce tout n’est à l’abri des tares recensées dans la formation sociale. De manière concomitante, la question épidermique (de couleur) s’est greffée sur la mauvaise politique financière et économique mystifiant les vraies questions. D’un côté, les finances nationales sont prises dans la tourmente avec un système bancaire aux mains des Français dès 1825 avec le mulatriste Boyer et renforcé par le noiriste Salomon en 1880, puis aux mains des Américains à partir de 1910. De l’autre, la communauté internationale est capable de faire baisser les prix des matières premières dans les pays ayant des gouvernements qu’ils ne contrôlent pas les politiques économiques. On l’a vu avec le prix du café en Haïti au 19e siècle, avec le prix de l’étain sous le gouvernement de Paz Estensoro, puis d’Evo Morales en Bolivie ou encore avec le prix du pétrole pour le Venezuela aujourd’hui.

Neutraliser la capacité de nuisance des fascistes

Les déconfitures multiples et la dégradation que connaît Haïti ne changeront pas en un matin tant que nous continuerons à faire de la politique le lieu de reconnaissance sociale par excellence. La vague militariste observée à la capitale le 5 février 2016 n’a pas surgi subitement et à l’improviste. C’est l’exposition spectaculaire du même état d’esprit autoritariste utilisé par le fascisme pour répandre la peur. Cette vague martelliste soulevée par la force du vent fasciste sur des motocyclettes et des treillis en vert olive vient du fond des entrailles des nostalgiques du Corps des Léopards et des tontons macoutes. Il n’y a pas de mystère : le martellisme est un sous-produit du jeanclaudisme semé et labouré dans les cœurs d’une partie de la jeunesse. Aucune régénération n’est possible avec les semailles dont les produits écorchent les corps, tuent les consciences et amputent les vies.

Les relations de cause à effet dans les affaires humaines sont très complexes. Toutefois, à moins d’une pensée magique, on ne saurait s’attendre à d’autres résultats avec les mêmes causes. La remise à niveau d’Haïti va demander un effort particulier pour arriver à un train de vie quelque peu florissant. Les conditions pour être élu président se sont dégradées. Hier, il fallait « Savoir monter à cheval », aujourd’hui il faut être une « charogne » soutenue par la communauté internationale comme le choix de Martelly en 2010 l’a démontré. Le diagnostic profond du mal qui terrasse Haïti demande des solutions de pointe et non des avis superficiels. Pour aider le pays à se retrouver, nous appuyons les propositions très pertinentes qui reviennent depuis un certain temps et que nous résumons comme suit :

Premier point. Organisation d’une Conférence nationale et élaboration d’une nouvelle Constitution. C’est une étape indispensable pour neutraliser la capacité de nuisance des fascistes, des néo-duvaliéristes et des populistes qui conduisent Haïti dans des impasses.

Deuxième point. On ne saurait tergiverser pour établir une Commission d’enquête sérieuse sur les fraudes commises lors des élections du 9 août et du 25 octobre 2015. Comme la loi électorale l’a prévu, ceux et celles qui ont bénéficié de ces fraudes doivent être poursuivis et radiés de la course électorale. Il importe de mettre fin à l’impunité.

Troisième point. La transition vers l’organisation d’élections libres, honnêtes et sincères doit se faire avec l’inclusion totale de la diaspora pour sa contribution à la lutte contre l’arbitraire du gouvernement Martelly mais aussi pour sa contribution financière au développement du pays.

Quatrième point. Il faut mettre fin à la mascarade des 160 partis politiques créés à dessein par Martelly lors de la conférence organisée à El Rancho en 2014 pour atomiser et ridiculiser la classe politique.

Enfin, cinquième point, des investissements massifs doivent se faire dans l’agriculture pour diminuer les importations de produits alimentaires. Les capitaux nécessaires à de tels investissements existent en diaspora. Au lieu de la mettre à l’écart, en la maintenant dans une situation de nébuleuse sans statut juridique et politique, Haïti a intérêt à s’accrocher à sa diaspora en lui donnant un pouvoir opérationnel dans les affaires nationales. C’est la dernière planche de salut qui peut propulser Haïti en l’aidant à sortir de la misère qui l’accable.

* Économiste, écrivain

………….

[1] Jacques de Cauna, « Dessalines, esclave de Toussaint ? », Outre-Mers – Revue d’Histoire, tome 100, n° 374-375, 1er semestre 2012, p. 1.

[2] « Le travail d’un enfant domestique [restavek] est souvent très dur, jusqu’à 18 heures par jour. L’enfant-restavek, parfois âgé de 5 ans seulement, fréquemment sous-alimenté, ne reçoit aucune instruction et aucun salaire, la loi haïtienne ne prévoyant pas de rémunération pour ce type de travail. L’enfant « restavek » subit, parfois, des violences physiques ou sexuelles. ». Voir « Haïti : « restavek » ou adoptés ? », Nouvelles persanneries, 30 octobre 2012. Voir également « Restavèk, une enfance gâchée », Minustah, 20 novembre 2013.

[3] François Hauter, « Les vraies raison du naufrage haïtien », Paris, Le Figaro, 23 mars 2004.

[4] Louis Mars, « La mentalité haïtienne et la psychiatrie », Bulletin du Service d’Hygiène et d’assistance publique, Port-au-Prince, juin 1938, p. 22.

[5] Hannibal Price, « Études sur les Finances d’Haïti, Le Civilisateur, 28 juin 1871, p. 5

[6] Falstaff, « Pauvre élite », Le Soir, numéro 160, 19 novembre 1902 dans Jean Desquiron, Haïti à la Une, Tome II 1870-1908, P-au-P, 1994, p. 205.

[7] Leslie Péan, Aux origines de l’État marron (1804-1860), Port-au-Prince, Éditions de l’Université d’Haiti, 2009, p. 97-101.

[8] Wilfrid Saint Jean, « La pression exercée par l’économie haïtienne sur les arbres et les moyens d’y faire face », Synergies, Avril 2001, numéro 9.

[9] Karl Marx et Friderich Engels, L’idéologie allemande, Éditions sociales, Paris, 1952, en collaboration avec la Bibliothèque Paul-Émile-Boulet de l’Université du Québec à Chicoutimi, 2002, p. 20.

Crédit: Leslie Péan*

michel-martelly (5)

Haiti/Crise: Dernier Message de Michel Martelly à l’Assemblée Nationale.

michel-martelly (5)Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale ;

Monsieur le Vice-Président de l’Assemblée Nationale ;

Honorables Sénateurs et Députés ; 

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale ;

Monsieur le Vice-Président de l’Assemblée Nationale ;

Honorables Sénateurs et Députés ; 

Monsieur le Premier Ministre

Mesdames Messieurs les Ministres

Mesdames Messieurs le Secrétaires d’Etat

Mesdames et Messieurs les membres du Corps diplomatique ;

Peuple Haïtien,

Mes chers compatriotes,

Ce 7 février 2016 comme le veut la Constitution de 1987 amendée, mon mandat touche à sa fin. En effet selon l’article de 134-1 de la loi-mère, « la durée du mandat présidentiel est de cinq (5) ans. Cette période commence et se terminera le 7 février de la cinquième année du mandat, peu importe la date d’entrée en fonction. 

S’il est vrai que mon mandat a démarré le 14 mai 2011, en démocrate convaincu, respectueux des lois et de la constitution de mon pays, je laisse la Magistrature suprême de l’Etat pour contribuer au retour à la normalité constitutionnelle. 

Me voila donc rendu au terme du quinquennat, au terme de mon mandat présidentiel, au terme de toutes les batailles  que j’aurai mené sans merci, pour vous peuple haïtien avec tout mon cœur, avec toute ma bonne foi, avec tout ce que je peux porter de rêve de grandeur pour mon pays.

Ce matin, je voudrais d’abord vous remercier vous peuple haïtien, vous qui m’aviez fait le grand honneur de me confier la plus haute magistrature de l’Etat pour conduire sa destinée, je veux  vous exprimer  toute ma reconnaissance et vous dire de continuer de croire. Croire au changement pour forcer le destin et remettre Haïti à la place qui est la sienne dans le concert des Nations. D’espérer sans relâche. D’espérer Tet Kale. 

Ce travail ne sera pas facile. Il sera de longue durée. Il demande de l’intelligence, de l’esprit de sacrifice et d’abnégation. Il suppose une grande ambition pour la République.

Haïti se relève. Oui Haïti est debout. Je pars avec la conviction que les avatars de l’histoire ne pourront pas avoir raison de ces projets d’avenirs.  La relève est partout dans le pays,  les yeux grands ouverts, le front haut pour refuser le destin de fatalité dans laquelle nos guerres fratricides pour le pouvoir l’ont piégée…

La relève est là dans nos écoles, dans nos universités, elle est partout dans nos montagnes, dans nos quartiers, dans nos villes, dans la diaspora, prête à organiser la vigilance pour condamner, sans l’ignorer, le passé au passé et envisager l’avenir avec fougue, avec détermination, avec dignité.  

Je voudrais également remercier toutes celles et ceux qui avec moi, à coté de moi, en face de moi parfois,  inlassablement, sincèrement, se seront  pendant cinq longues années, impliqués pour Haïti, parce qu’ils ont cru en Haïti, parce qu’ils ont choisi Haïti,  parce qu’ils ont aimé Haïti. 

Parce qu’Haïti pour eux était plus importante qu’eux-mêmes.

Je voudrais leur dire que leur investissement n’aura pas été vain ! 

Au 14 Mai 2011, qu’héritais-je si ce n’étaient que souffrances, misères, épidémies  et deuils – 

J’étais face à tous les défis, face à l’impossible, face au désespoir le plus total.

Mais surtout face à celles et ceux dont la mauvaise foi n’a jamais cédé, et ne cédera jamais.

Mais qu’importe, Haïti se souviendra sur son long chemin vers la terre Promise, qu’un certain Michel Joseph Martelly,  Micky pour son peuple, avait aimé, avait donné, avait bâti,  peut être mieux  que ceux qui n’ont jamais péché.

A ceux que j’eus à proposer pour diriger le Gouvernement à Daniel Gérard Rouzier , Bernard Gousse , Gary Conille, Laurent , PM KP, Respects pour vous ! Merci pour vos conseils, vos recommandations, votre accompagnement surtout.

Vous aurez chacun à votre  manière, sans jamais chercher à plaire, vous aurez chacun mérité de la Nation.

Aux amis d’Haïti, dont la compassion jamais démentie et la critique constructive auront  permis d’espérer :un Grand Merci –

A toute ma famille, particulièrement a toi, Sophia, mon épouse,  merci.  Que serais-je sans toi qu’une corde brisée aux doigts du guitariste ?

Mes chers compatriotes, 

Au rendez vous de l’Histoire, l’Histoire se rappellera  malgré vents et marées, bon gré malgré, la pierre que j’aurai apportée à l édification d’une Haïti plus belle.

Elle se rappellera aussi de mes échecs que j’assume et  que j’assume seul.

Parmi ceux-ci, mon plus grand regret, celui d’élections présidentielles différées.

Je voudrais vous dire  vous peuple haïtien que je vous aime et que je ne cesserai jamais de vous aimer et de vous accompagner. Prezidan an ap toujou la pou nou !

Mais, je voudrais vous dire aussi, que ce n’est qu’une bataille, une bataille de perdue, car la guerre celle que j’aurai initiée contre la pauvreté extrême, contre l’ignorance, contre l’isolationnisme, contre les épidémies, … cette guerre là sera gagnée.

J’en vois déjà les augures avec l’accord paraphé hier  avec le Parlement.

Puissent les forces vives de la Nation unies aux Institutions républicaines, travailler ensemble   à parachever le processus initié et éviter ainsi à notre pays de nouveaux traumatismes.

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale ;

Monsieur le Vice-Président de l’Assemblée Nationale ;

Honorables Sénateurs et Députés ; 

Monsieur le Premier Ministre

Mesdames Messieurs les Ministres

Mesdames Messieurs le Secrétaires d’Etat

Mesdames et Messieurs les membres du Corps diplomatique ;

Pèp Ayisyen,

Frè m ak sè m yo, 

Mwen vle raple l’ pou sa k’ chwazi bliye l’ yo, mwen se Michel Joseph MARTELLY, yon orijinal pitit tè Dayiti, pitit Dessalines, Pitit Petion , Pitit Kapwa lamò ki vinn pi detèmine depi aprè tranbleman tè 12 janvye 2010 la, ak yon volonte san mank pou l’ sèvi peyi l’, ede l soti nan mizè, remete l’ nan mitan peyi k’ap fè pwogrè yo.

Mwen rann mwen kont ke se pa yon misyon ki fasil, 

Mwen konnen tou malgre anpil moun chwazi manti, dilatwa ak demagoji pou jere le prezan, listwa toujou chwazi rekil pou l’ jere la verite, se sak fè jodi a mwen ka di-n m’ pare pou m’ reponn devan tribinal listwa.

Paske menm si se vre, mwen jwe patisyon pa m’ yo nan mizik la, ki vinn pèmèt mwen ka ale ak santiman yon travay ki byen fèt, m’ paka retire nan bouch mwen gou yon misyon ki poko fini e ki rete anpil pou fèt toujou.

Nan bon, kou nan move moman, Ayiti te toujou la pou mwen. Li resevwa m’ lè lòt kote fè m’ sonje ke m’ pat lakay mwen. Se pou sa m’ travay anpil lajounen kou lan nwit pou m’ amelyore eta l’. 

Jodi a, jou a rive pou m’ di Ayiti li mèt kontinye konte sou mwen, mwen pap lage l’, m’ap kanpe avè l’ !

M’ap kanpe la-a, tenn fas, anfas tout sa k’ panse yo ka kraze listwa, volonte ak rèv tout yon pèp.

M’ap sezi okazyon sa-a tou pou m’ envite peyi zanmi yo pou yo rete bò kote peyi Dayiti, ede nou veye sou jèn demokrasi nou an, pandan m’ap pwofite di yo mèsi e di yo nou konprann…

Nou konprann e nou apresye tout jefò ak volonte ki deplwaye sou dosye Ayiti a. Nou konprann ke yo ka anvi nou bèl men se nou ki pou antann nou pou n’ fè tèt nou bèl.

Nou konprann, nou aprann, e n’ap vanse ansanm pou n’ kore demokrasi a an Ayiti.

M ap envite chak grenn ayisyen konprann tou ke lide ak opinion  diferan pa yon mal, nou ka pa dakò youn ak lòt, men nou reyisi menm jan fil cho ak fil frèt la fè l chak jou, met tèt nou ansanm pou n tounen limyè k’ap klere chimen devlopman peyi nou.

M ap envite n’ sispann chofe, paske peyi a se yon chodyè, lè n’ chofe l’ se nan tout ko l’ li cho, chak tan nou deside chofe peyi a’ se ekonomi an nou chofe, se wout nou deja pa gen ase kòb pou n’ fè yo nou chofe, se tap youn nan pi bon bagay si nou tout te chofe’l ansanm pou n sove Ayiti.

Tout sitwayen ki te pran desizyon sèvi peyi a, pandan tan prezidans mwen an m’ap di nou mèsi, e nou fè m konprann tou ke Ayiti gen lòt pitit ki deside pote kole pou l’ vanse. Malgre sa ki vle kraze l’ yo fè plis bri, ann kontinye travay epi batay pou rezilta nou ka kouvri tout bri ke pwopagann ak move koze ap fè chak jou.

Jou mwen t’ap inogire enfrastrikti sou wharf Jeremy an, mwen te di l’ nan mikwo laprès, lènmi demokrasi ak stabilite yo te itilize l’ kont mwen nan fason pa yo. Mwen te di : mwen p’ap remèt peyi a bay okenn moun ki pa kwè nan eleksyon, mwen pap remèt pouvwa a toutotan mwen pa gen garanti pou peyi a trankil.

Aprè plizyè rankont ak prezidan sena, prezidan chanm depite, kèk lòt gwo aktè nan lavi politik peyi-a, yo banm garanti, mwen byen di, yo banm garanti mwen ka ale tèt poze, y’ap fè tout sa ki posib pou peyi a poze. 

Ak majorite nan moun mwen t’ap fè chita pale sa yo, se òm deta yo ye, sa ki vle di se moun ki dwe gen pawòl, ki dwe ka pran responsablite yo. Se sak fè mwen prale kè kal.

Mwen dwe konsakre yon tan spesyal poum remèsye gran achitèk linivè a ki te kenbe m’ an santé epi banm kouraj nan moman ki te pi nwa pou peyi-a poum te ka kontinye dirije avek tèt frèt.

Yon kokenn chenn mèsi pou chak grenn ayisyen. Ni sa ki te pou mwen ni sa kite kont mwen. Mwen te toujou di tèt mwen pa gen pèsonn nan opozisyon ni nan laprès ki te rayi Michel Martelly men pito mwen panse ka gen kèk nan yo ki te gen pwoblèm ak ideyoloji epi vizyon Prezidan Martelly.

Sophia, Olivier, mwen gen yon felisitasyon espesyal pou nou pou kouraj nou. An tan ke mari, an tan ke papa, de fwa kèm konn ap dechire lè mwen tande fason yon gwoup moun chwazi itilize mikwo laprès pou  bay manti sou do nou.

Sophia, Olivier, Sandro, Yani, Malaika, a chak fwa mwen te konn vle pèdi fòs, nou te toujou la pou sipòte mwen pou fèm konprann enpòtans mwen pou nou anndan fanmiy lan, ki te pèmèt mwen konprann tout enpòtans mwen anndan peyi a pou chak grenn ayisyen antan ke Prezidan.

Pi gwo fòs yon fanmi se lè nou rete soude, se menm jan pou peyi a tou !

Mwen panse jounen 7 fevriye a se yon jou spesyal li ye pou chak ayisyen, yon jou k’ap make listwa. Mwen vle itilize li pou padone:  

Padone chak grenn moun ki te kanpe anfas devlopman Ayiti

Padone chak grenn moun ki te wè enterè pèsonèl yo olye yo te wè enterè Ayiti

Padone chak grenn moun ki te pran plezi nan vann move imaj Ayiti.

Mwen kwè li pa two ta pou gen yon priz konsyans jeneral ki fèt lakay chak grenn ayisyen pou nou konprann jan mwen te toujou konn di l’ : Martelly ap pase men Ayiti ap rete. Lè w’ panse se Martelly w’ap fè mal nan kraze brize se Ayiti w’ap fè mal.

Mwen gen anpil patizan ak senpatizan mwen konnen ki repwoche mwen pou twòp konpwomi daprè yo mwen fè pandan mwen t’ap dirije bak peyi a. Pou moun ki konn Michel Martelly byen, nèg tanperaman fò a, yo di yo pa kwè ke se mwen k’ap fè tout konpwomi sa yo. 

Wi, se te mwen, mwen te toujou mete ògèy mwen dèyè, mwen te toujou bliye tèt pam e pafwa neglije fanmiy mwen poum rezoud kriz anndan peyi a. Paske, janm mwen toujou renmen di l’, pa gen okenn sakrifis ki two gwo depi se pou Ayiti !

Jodi a, moman rive pou m’ di pèp ayisyen, MÈSI. 

Mèsi pou pasyans ak kouraj nou, Mèsi, mèsi anpi l.

Ayiti cheri

Ayiti Manman m

Mwen te la, mwen la, e m’ap toujou la pou ou !

Ke Bondye beni nou  epi  pwoteje  Ayiti

Ayibobo

Mèsi anpil

ima

Haiti/Crise Politique: Le fameux « Accord du Palais National », in-extenso !

imaLes détails du fameux « Accord du Palais National », in-extenso :

« Accord politique pour la continuité institutionnelle à la fin du mandat du Président de la République en l’absence d’un président élu et pour la poursuite du processus électoral entamé en 2015

Vu les articles 92, 92-1, 95. 95-1. 98, 98-3,118, 134-1, 134-2, 134-3, 149, 149-1 de la Constitution de 1987 amendée ;

Vu l’article 134-1 de la Constitution de 1987 amendée consacrant la fin du quinquennal du président de la République le 7 février de la 5ème année de son mandat ;

Vu l’article 134-3 de la Constitution de 1987 amendée disposant que le président de la République ne peut bénéficier d’aucune prolongation de mandat ;

Considérant l’engagement de tous les acteurs intéressés dans la démarche pour trouver une solution haïtienne allant dans le sens des intérêts supérieurs du peuple haïtien, de la préservation des acquis démocratiques et de la consolidation de la cohésion nationale;

Considérant l’urgence de rassurer et d’inspirer plus de confiance à tous les acteurs impliqués dans le processus électoral;

Considérant le dysfonctionnement du Conseil électoral provisoire (CEP) et la nécessite de le redynamiser en vue de poursuivre le processus électoral ;

Considérant la fin du mandat du Président de la République le 7 février 2016 ;

Considérant l’obligation pour les deux (2) pouvoirs de l’Etat, codépositaires de la souveraineté nationale, de trouver une solution haïtienne afin d’assurer la continuité de l’Etat en s’inspirant des dispositions constitutionnelles, en recherchant un large consensus de toutes les forces vives de la Nation, en tenant compte de la situation exceptionnelle ;

Considérant qu’il est impératif de parvenir à un accord entre les pouvoirs politiques de l’Etat afin de créer les conditions de stabilité et de paix sociale;

Considérant l’entrée en fonction des parlementaires de la 50ème législature ;

Considérant qu’il y lieu de mettre en place un gouvernement doté de la confiance du Parlement ;

Après consultation engagée par le président de la République avec les présidents des deux (2) chambres,

LES REPRESENTANTS DES DEUX (2) POUVOIRS POLITIQUES, CO-DÉPOSITAIRES DE LA SOUVERAINETE NATIONALE, SE SONT ENGAGÉS À METTRE EN APPLICATION CE QUI SUIT :

I. Du départ du Président du pouvoir le 7 février 2016

1. Le Président de la République, par-devant l’Assemblée Nationale fait une adresse à la Nation relativement à la fin de son mandat et de son départ du pouvoir le 7 février 2016. Il informe le Parlement, à titre de Co-dépositaire de la souveraineté nationale, du vide provoqué par cette situation au niveau du pouvoir exécutif.

2. Le Président de l’Assemblée Nationale, par un message responsif, dit prendre note du message du Président de la République et constate le vide présidentiel entrainant le dysfonctionnement du Pouvoir exécutif.

3. Le vide une fois constaté, le Président de l’Assemblée Nationale charge le Premier Ministre en poste de la gestion des affaires courantes et annonce l’élection par l’Assemblée Nationale d’un Président Provisoire.

4. Le Président de l’Assemblée Nationale en profite pour informer de la tenue dans un délai ne dépassant pas cinq (5) jours calendaires des élections Présidentielles par l’Assemblée Nationale pour combler le vide.

5. Une commission bicamérale est immédiatement constituée pour définir et tracer la procédure à suivre pour la réalisation de ces joutes électorales qui doivent être inclusives honnêtes et transparentes.

6. L’élection du Président provisoire aura lieu 48 heures après la fin des inscriptions.

7. Le mandat du Président provisoire est de 120 jours maximum à partir de la date de son installation. Le cas échéant l’Assemblée Nationale prendra les dispositions qui s’imposent.

II. De la part du Président provisoire de la République

1. À entrer en consultation avec les principaux partis politiques représentés au Parlement, des groupes politiques non représentés au Parlement et les acteurs de la société civile afin de recueillir des propositions de noms de personnalités ayant les compétences et les qualités pour exercer la fonction de Premier Ministre.

2. À entrer en consultation avec les Présidents des deux (2) chambres du Parlement autour du choix d’un Premier ministre à designer.

III. De la part du Parlement

1. À confirmer l’éligibilité du Premier ministre de consensus désigné.

2. À inviter le Premier Ministre, accompagné des membres de son gouvernement, à se présenter par devant les deux (2) chambres, en séance plénière afin de recevoir le vote de confiance de sa déclaration de politique générale. Une fois le vote de confiance obtenu, le Premier Ministre est immédiatement installé dans ses fonctions.

IV. De la redynamisation du Conseil électoral provisoire (CEP)

1. Convocation, à l’initiative du Président provisoire des secteurs ayant délégué des représentants au précédent Conseil électoral provisoire (CEP) aux fins de confirmer ou de désigner de nouveaux membres en vue de la reprise des activités au CEP, dans un délai n’ excédant pas 72 heure.

2. Publication de l’arrêté Présidentiel de nomination des nouveaux membres du CEP.

V. De la poursuite du processus électoral initié au cours de l’année 2015

1. Relance par le CEP du processus électoral après évaluation des étapes déjà franchies :

a) Mise en application des recommandations techniques de la Commission indépendante d’évaluation électorale.

b) Finalisation et proclamation des résultats des élections municipales.

2. Organisation du deuxième tour de l’élection présidentielle, des élections législatives partielles et des élections locales (24 avril 2016).

3. Proclamation des résultats définitifs (6 mai 2016).

4. Installation du Président élu de la République (14 mai 2016).

Fait de bonne foi à Port-au-Prince, le 5 février 2016, en trois (3) originaux.

Le Président de la République
Michel Joseph Martelly

Le Président du Sénat de la République
Jocelerme Privert

Le Président de la Chambre des députés
Cholzer Chancy »

oe

Haiti/O.E.A./Crise Politique: Lettre du parti AKAO à Luis ALMAGRO, Secrétaire Général de l’OEA.

oeLettre du parti AKAO à Luis ALMAGRO, Secrétaire Général de l’Organisation des États Américains (OEA) en date du 1er février 2016

Monsieur le Secrétaire Général,

Au moment où se déroule en Haïti la mission diligentée par l’Organisation des États Américains (OEA) dont vous assumez la direction, le parti politique AKAO estime impératif de porter à votre connaissance ce qui suit.

La décision du Conseil Permanent de l’OEA de donner suite à la requête du Président d’Haïti, Monsieur Michel MARTELLY, et, par conséquent, de jouer un rôle de médiateur dans la crise politique issue de l’organisation des élections frauduleuses des 9 août et 25 octobre 2015, n’a guère surpris les acteurs sur le terrain ainsi que les observateurs avisés. Le Parti AKAO y voit la dernière tentative à date de l’Organisation pour aider au maintien du système politique archaïque et anachronique garant de l’exploitation des classes populaires.

L’OEA entend ainsi continuer à œuvrer à la sauvegarde de l’actuel processus électoral totalement discrédité qu’elle a d’ailleurs contribué à installer, ainsi qu’à la préservation de résultats largement contestés installant au timon des affaires du pays un parlement hors norme et un ensemble d’autorités à la légitimité plus que douteuse. La majorité des haïtiennes et des haïtiens ne se font aucune illusion sur les menées de l’Organisation hémisphérique.

C’est le moment pour le Parti AKAO de rappeler le rôle joué par votre organisation en 2010, quand elle falsifia les résultats des élections afin de faire accéder au pouvoir Michel Martelly qui n’était pas qualifié pour le second tour, rôle établi sans équivoque par l’ex Représentant du Secrétaire général d’alors, l’Ambassadeur Ricardo Seitenfus [1].

Aujourd’hui encore, les différentes prises de position de l’OEA, du 10 août 2015 au 12 janvier 2016, accessibles sur son site internet, traduisent un biais évident des représentants de l’Organisation et un profond mépris pour le peuple haïtien. Une telle obstination peut difficilement être attribuée à de l’incompétence ! En effet, bien qu’une crise politico-électorale majeure sévisse en Haïti depuis la tenue des élections le 9 août 2015, à en croire les différents communiqués [2] de l’OEA, les élections organisées en Haïti ces derniers mois auraient été « un pas dans la bonne direction » et auraient traduit des « efforts appréciables » des autorités.

Nous, Haïtiens vivant en Haïti, sommes témoins d’une toute autre réalité. En dépit des multiples manifestations populaires de protestation, des scandales à répétition au sein du Conseil Électoral, des prises de position des partis politiques et de différents secteurs de la vie nationale et même des conclusions non équivoques de la commission présidentielle d’évaluation, ce n’est qu’à cinq (5) jours d’un scrutin annoncé avec un seul candidat, celui du pouvoir, que l’OEA a semblé se rendre compte que quelque chose ne tournait pas rond. L’échec, grâce à la mobilisation du peuple, de la sélection programmée pour le 24 janvier 2016 n’a semblé toutefois émouvoir, ni les délégués de l’OEA, ni son Secrétaire général, toujours déterminés à nous convaincre que la poursuite de ce processus honteux aurait un quelconque rapport avec la démocratie.

Monsieur le Secrétaire général,

Une appréciation tellement erronée de la réalité haïtienne par une Organisation déjà discréditée ici proviendrait-elle seulement d’une énorme défaillance de la délégation en place à Port-au-Prince ? Ou servirait-elle plutôt, au détriment du peuple haïtien, de manière à peine voilée, les intérêts d’un État ou d’un petit groupe d’États, voire même d’un réseau organisé au sein de l’OEA ? Quel que puisse être le cas de figure, l’OEA n’est pas à la hauteur des défis de l’heure.

Pareille situation rappelle au souvenir du Peuple Haïtien un historique « Congrès Amphictyonique de Panama » au cours duquel la région avait tourné le dos au Pays des libertés à un moment où des appuis internationaux étaient tellement nécessaires pour sceller dans la durée les idéaux de la sublime révolution de 1804. Les élites de la région, premières bénéficiaires directes de la geste haïtienne, ont claqué la porte sur Haïti en 1826. L’histoire se répètera-t-elle en 2016 ?

Voilà trente ans, depuis la chute du régime honni des Duvalier, que le Peuple Haïtien mène une lutte sans répit pour pouvoir jouir pleinement de ses droits, disposer souverainement de ses ressources et de ses richesses, choisir projets et programmes politiques définissant notre vie en commun et élire en toute transparence ses dirigeants, en un mot construire son système démocratique. Aujourd’hui encore, de puissantes forces tant locales qu’étrangères se mettent en travers de cette noble aspiration, pourtant socle des principes régissant l’OEA. Le traitement réservé à Haïti révèle, hélas, qu’au sein de cette Organisation ces principes sont à géométrie variable.

Monsieur le Secrétaire général,

Telle est la perception qui se dégage aujourd’hui de l’OEA. Vous et votre pays, l’Uruguay, qui assure également la présidence du Conseil de Sécurité de l’Organisation des Nations Unies, avez la lourde et noble tâche de travailler à la changer. L’actuelle crise haïtienne vous en offre l’opportunité. Haïti attend des pays latino-américains et caribéens leur soutien pour écrire ensemble une nouvelle histoire de la région basée sur le respect des droits des peuples.

Enfin, nul n’est besoin de vous dire que, contre vents et marées, contre les puissants et leurs zélés serviteurs, le Peuple haïtien continuera son combat pour le respect de ses droits et pour l’avènement de la démocratie en Haïti, tout en appelant et en gardant foi en la solidarité des peuples frères.

Le Parti AKAO saisit l’occasion pour vous présenter, Monsieur le Secrétaire général, les assurances de sa haute considération.

Junot FÉLIX
Coordonnateur

[1] cf. « L’échec de l’aide internationale à Haïti – Dilemmes et égarements », Ricardo Seitenfus, 2015, Éditions de l’Université d’État d’Haïti

[2] C-218, C-233, C-302, C-315, C322, C-332, C-361

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