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Afrique/Haiti: Max Beauvoir n’est plus, retour sur l’itinéraire du pape du vaudou haïtien

Written on:septembre 20, 2015
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Un "croyant" pose devant une représentation de Max Beauvoir lors de ses. Credit-photo: Dieu Nallo Chery/AP/SIPA

Un « croyant » pose devant une représentation de Max Beauvoir lors de ses. Credit-photo: Dieu Nallo Chery/AP/SIPA

Max Beauvoir, le chef du culte vaudou haïtien décédé samedi 12 septembre a été enterré cette semaine à Port-au-Prince lors d’une cérémonie digne d’un chef d’État. Sa disparition endeuille tout un pays, marqué par le grand retour en force de ce culte aux origines africaines.

À son enterrement, mercredi 16 septembre, toute la classe politique était là, le président Michel Martelly en tête, habillé en blanc, comme le veut la tradition vaudouiste. Dans son oraison funèbre, l’évêque Monseigneur Pierre-André Dumas a évoqué la « disparition d’un géant ».

C’est dire l’aura dont bénéficiait l’Ati national, le chef suprême du vaudou en Haïti. Ati, en créole, c’est aussi « le grand arbre de la forêt dont l’ombre protège les petits». Depuis, samedi 12 septembre, il ne les protège plus. Le grand arbre s’est couché pour toujours. Max Beauvoir est décédé des suites d’un cancer à l’âge de 79 ans dans sa villa cossue de la banlieue de Port au Prince. «C’est une grande perte pour le pays », a tweeté le président le jour-même. Pour beaucoup, cet homme était aussi important qu’un chef d’État, une personnalité incontournable qui protégeait pourtant surtout les grands…

L’éminence grise des chefs d’État

L’ancien dictateur Jean-Claude Duvallier ou  « Baby doc » l’aurait consulté plusieurs fois  lorsqu’il n’était encore que simple prêtre. En échange, Max Beauvoir avait personnellement pris part contre le pouvoir d’Aristide, l’ancien président très anti-impérialiste chassé par un coup d’État en 2004. Victime de menaces de mort, Max Beauvoir s’était même exilé un temps aux États-Unis, avant de revenir en force avec le retour de la « démocratie » en Haïti au milieu des années 2000. Assez proche de René Préval, l’ancien président au moment du séisme en 2010, Max Beauvoir n’avait pas caché plus tard sa sympathie pour le candidat du renouveau, le chanteur Michel Martelly, lui-même adepte du culte. Ce dernier n’avait pas manqué en retour de faire allégeance aux voudouistes juste après son élection à la présidence en 2011.

Étonnante carrière que celle de Max Beauvoir, fils de médecin qui avait étudié la chimie au prestigieux City College de New York, puis à la Sorbonne, avant de passer dans le camp de la « magie noire ». Il tenait ce pouvoir de son grand-père, lui-même hougan qui l’avait fait venir sur son lit de mort pour l’ordonner prêtre.

Au départ, pas tout à fait initié à ce culte dit des « esclaves », issu de l’animisme africain, longtemps interdit car considéré comme « diabolique », il en devient rapidement son plus ardent défenseur jusqu’à en prendre la tête en 2008. Toujours vêtu d’un grand boubou blanc, et de quelques chaînes autour du cou, il prend alors des allures de pape du vaudou et œuvre d’ailleurs pour lui redonner un statut de religion à part entière, loin de toute discrimination.

Un homme légèrement mégalomane

Parallèlement, Max Beauvoir qui aime organiser les grandes cérémonies d’initiations dansantes et ouvertes à tous chez lui, considère rapidement que cette religion proche du peuple possède une vocation sociale déterminante. Il fait appel à la solidarité de sa communauté pour reconstruire son pays, après la série de catastrophes naturelles qui avaient selon lui « davantage épargné les lieux de cultes vaudou que les temples évangéliques ou les églises catholiques ». Un signe du ciel ? Presque, pour cet homme légèrement mégalomane qui aimait se faire prendre en photo à côté des grands de ce monde, comme sur ce cliché posé dans son bureau où on le retrouvait à côté du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon.

Féru de médecine traditionnelle, Max Beauvoir avait reçu selon certains des pouvoirs magiques hérités de son grand-père pour faire des miracles…  On dit qu’il lui arrivait encore de soigner la maladie d’un patient par transfert sur un animal dans son potomitan, le sanctuaire du rituel , et qu’il pouvait aussi soigner l’âme de ses visiteurs par des techniques mystérieuses :  tout pour plaire aux puissants.

 

 

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