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France/Haïti/Diasporama : La société haïtienne est-elle la crise en elle-même? -1

Written on:février 2, 2013
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Walky Louis

L’historicité de toutes les sociétés qu’elles soient africaines, asiatiques, européennes, américaines montre qu’elles sont traversées par une série de changements à divers niveaux, sur diverses échelles, et engagent selon plusieurs modes, l’homme acteur du changement. Ainsi, en fonction de ses besoins spécifiques et de son environnement (naturel, institutionnel, familial, politique, etc.), l’acteur social développe ses logiques propres dans une constante articulation aux contingences quotidiennes et historiques afin de trouver de nouvelles solutions, de nouveaux modes d’action et de réaction.

L’homme, en tant qu’acteur social développe ses logiques personnelles dans une constante articulation aux contingences quotidiennes et historiques afin de trouver de nouvelles solutions, de nouveaux modes d’action/réaction. Si la crise d’une société semble être universelle, les réponses elles ne le sont pas. Le problème pour les sciences sociales et humaines est d’objectiver l’étude de la crise sociale et de ses tenants, apporter un matériau empirique pour l’analyser, interroger les réponses ponctuelles, inventorier les modèles d’action, éclairer les expériences de régulation de la crise sociale.

Face à la problématique transversale de la crise de la société haïtienne, on peut assister à l’émergence d’acteurs collectifs ou individuels, circonstanciels ou pérennes, engagés dans une série de transactions multidimensionnelles répondant à des logiques parfois peu compréhensibles au regard des rationalités convenues et aboutissant au développement de normes en marge des structures formelles mais établies par le consensus social. De nouvelles dispositions sont mises en oeuvre pour anticiper, étudier et /ou résoudre la crise et ses manifestations.

Si la crise d’une société à une  semblerait être universelle, les réponses elles ne le sont pas. Le problème pour les sciences sociales et humaines est d’objectiver les interrogations afférentes ; élucider la question dans toutes ses dimensions ; apporter un matériau empirique pour l’analyser, décrire ses mécanismes fondamentaux, interpréter ses effets sur le corps social ; interroger les réponses ponctuelles, identifier ses artisans, faire l’inventaire des modèles d’action facilitant et mettre en évidence les expériences de régulation de la crise sociale.

Comment pouvons-nous approcher, produire, analyser, étudier et essayer de donner un élément de solution face aux différentes crises haïtiennes?

 

Avant de procéder à une petite analyse  de la crise de la société haïtienne, il semblerait important de souligner quelques dates afin de permettre de bien saisir le bien fondé des éléments responsables de cette crise.

1697-1789: naissance et consolidation de l’Etat colonial  (Saint-Domingue qui devient Haïti) plus riche que les U.S.A et le Canada et considéré comme le miracle français. Ainsi commence l’alliance entre l’Etat et la Bourgeoisie française dans la colonie la plus prospère de la France au 18e siècle.

1789-1803: Naissance de l’Etat Haïtien qui n’est qu’un accident. La guerre de l’indépendance n’est autre que l’effet inespéré de l’action politique.

1804-1915: A partir du 1er Janvier 1804 un nouvel Etat s’est constitué. Il s’est consolidé mais souffre d’une crise structurelle responsable de sa désintégration et qui vaut aujourd’hui à Haïti l’épithète du pays le plus pauvre de l’hémisphère. 1915 est une conséquence logique et tangible de la désintégration de l’Etat Haïtien.

1915 à 1934: c’est l’occupation américaine.

Haïti fut envahi par la France en 1869, par l’Espagne en 1871, par l’Angleterre en 1877, par les Etats-Unis en 1914, puis à nouveau de 1915 à 1934, en 1969, avant une nouvelle invasion en 1994.

1934 à 2013: c’est la période post-occupation encore troublée par la violence politique.

Qu’est-ce qu’une crise ?

Du latin crisis, manifestation grave d’une maladie, issu du grec krisis, décision, jugement.

Une crise est un événement social ou personnel qui se caractérise par un paroxysme des souffrances, des contradictions ou des incertitudes, pouvant produire des explosions de violence.

Le concept  » crise  » : il peut-être  employé dans le premier cas pour un incident apparemment conjoncturel, résolu en moins de deux semaines, et, dans le second cas, pour désigner un phénomène qui durerait depuis trente ans et serait donc incontestablement structurel. L’emploi du même mot pour désigner des temporalités aussi différentes illustre peut-être tout simplement la signification de moins en moins précise donnée au mot considéré.

Selon les trois sens donnés au mot  » crise  » dans le dictionnaire français Robert, on retrouve un dénominateur commun : le mot s’applique à des périodes courtes. Dans le premier sens, médical, la crise est le  » moment d’une maladie caractérisé par un changement subit et généralement définitif.

Dans le deuxième sens usité par extension du sens médical, la crise est une  » manifestation émotive soudaine et violente  » (crise de fou rire, crise de nerfs, crise de colère…).

Dans son troisième sens, apparu par analogie vers 1690, une crise est une  » phase grave dans l’évolution des choses, des événements, des idées « . C’est un moment d’extrême tension, de paroxysme, de conflit, de changement, intervenant lorsque les régulations et rétroactions des systèmes politiques ou géopolitiques ne suffisent plus ou ne jouent plus. Quelle que soit l’intensité qu’on lui prête ou qu’elle a réellement, une telle crise ne peut se pérenniser, qu’elle soit politique, économique.

La crise haïtienne est non seulement une crise sociale et sociétale mais aussi une crise économique et politique

A)   Crise sociale et sociétale

L’ensemble des appartenances, des affiliations, des relations qui unissent les gens ou les groupes sociaux entre eux sont presqu’inexistant. Le lien social  pouvant permettre de cimenter une  force de la société haïtienne, de lier  par exemple, les membres de différents groupes sociaux entre eux, ou les membres d’une communauté. Cette force  dans le temps et dans l’espace est difficile à retrouver ; c’est-à-dire que le lien social peut se retrouver plus ou moins faible selon le contexte dans lequel se situe le phénomène étudié. Lorsque le lien social  devient de faible intensité ou de piètre qualité, c’est ce qu’on appelle  la problématique sous l’angle de la « crise » du lien social puisque la qualité et l’intensité du lien social agissant comme des déterminants de la qualité et de l’intensité de nos rapports sociaux.

Dans une société où il ya une crise d’ambivalence, un problème de confiance, de peur de l’autre. C’est ce qu’on appelle une crise sociétale. C’est une crise de vivre ensemble.

C’est une question qui n’est pas sans intérêt  à l’heure actuelle où  le multiculturalisme et les échanges entre les groupes ou catégories sociaux sembleraient nécessaires.

Selon Catherine ROUHIER, psychologue à l’Ecole de la paix a Grenoble définit  le vivre ensemble, c’est de promouvoir de valeurs, développer la solidarité, former à la citoyenneté, réorganiser notre vie commune, vivre en cohésion, prévenir les conflits, respecter les cultures, les religions, renforcer la volonté des individus à être des acteurs, apprendre à chacun à reconnaitre en l’autre la même liberté qu’en soi-même.

La société haïtienne n’est pas toujours en mesure de faire émerger le vivre-ensemble comme une expression intégratrice. L’évolution de la formation sociale haïtienne exprime l’élan d’une société fondée sur l’exclusion. Le fameux texte « Le pays en dehors» de Gérard Barthelemy est l’expression de la marginalisation qui mine la structuration des rapports sociaux en Haïti. Le pays en dehors exprime la faiblesse de la structuration du vivre-ensemble. Selon Alain Gilles le « ‘’Pays en dehors’’, ce n’est pas seulement un autre univers, comme nous le présente Gérard Barthelemy […]. Il exprime une relation, une vision de l’autre. Il en sortira l’incapacité de construire un Etat intégrateur. […] » . A cet effet, Fritz Dorvilier est de même avis qu’Alain Gilles lorsqu’il soutient l’idée selon laquelle : « L’événement socio-historique radicalement révolutionnaire et humaniste qu’a constitué l’indépendance haïtienne n’a pas donné lieu à une dynamique de progrès, mais à une société recluse, anomique et fragile. ». Ces auteurs ne sont pas les seuls qui expriment le tragique qui sous-tend le lien social en Haïti. Jean Casimir de son coté observe que les catégories sociales, à savoir les Créoles et les Bossales, sont en difficulté d’enclencher un dialogue, au cas où elles entrent en dialogue leurs positions se contrarient dans un « dialogue de sourds ». Cependant, Haïti a toujours emboité le pas quant à l’appropriation des repères institutionnels devant servir de canaux de participation et d’intégration sociale. Par exemple, pendant que les pays occidentaux, vers la première moitié du XIXe siècle, étaient en train de se moderniser sur le plan politique en adoptant les partis politiques comme langage participatif à la politique, Haïti s’était déjà doté de parti politique avec la formation du Parti Liberal et du Parti National. En dépit de tout, ces repères institutionnels se révèlent en étroite inadéquation à leur rôle substantiel. Une situation pareille sert la base opératoire guidant le sociologue haïtien, Alain Gilles, à introduire un nouvel idéaltype baptisé « La culture du détournement» comme aune pour apprécier le réel haïtien. Cette culture rend compte de notre « incapacité à produire des pratiques sociales en conformité avec les principes revendiqués ». (Professeur Alain Gilles le Vendredi 14 Décembre 2012  avec Continuum).

B)     Crise économique et politique

 

Crise économique et politique sont deux facettes d’une même médaille.

Selon Arnousse Beaulière, Docteur en économie franco-haïtien, la crise  économique est la conséquence du déclin des institutions étatiques :

Le déclin des institutions étatiques

Le premier type de blocage du bon fonctionnement de l’économie haïtienne est d’ordre institutionnel ou tout simplement politique.

En effet, force est de constater que la situation politique d’Haïti, au cours des dernières décennies, n’a fait malheureusement qu’enfoncer davantage le pays dans l’abîme le plus total

Aujourd’hui encore, les controverses stériles à n’en plus finir qui éclatent presque chaque jour dans un capharnaüm incroyable entre (voire au sein même) les trois pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, en sont une parfaite illustration.

Par conséquent, si solutions il y a, elles résident, entre autres, dans la possibilité de réformer dès maintenant les institutions haïtiennes, afin qu’elles puissent jouer leur plein rôle de régulateur du système économique.

Cette réforme doit conduire à l’instauration d’une stabilité démocratique (et donc institutionnelle), et non d’une stabilité politique au sens où on l’entend souvent dans certains pays en développement, c’est-à-dire une situation dont on dit qu’elle est «sous contrôle» —par un pouvoir qui veut régner sans partage— alors que les problèmes ne font qu’empirer en réalité.

A cet égard, si l’instauration d’une démocratie stable en Haïti ne peut être une condition suffisante à la bonne marche de l’économie, elle doit être considérée, en revanche, comme une condition nécessaire à sa survie. Ce besoin de démocratie est d’autant plus important qu’elle s’accorde parfaitement avec l’économie de marché.

Or, depuis longtemps, Haïti, comme de nombreux pays en développement, vit dans une économie de marché et doit donc adapter son système économique au phénomène de la mondialisation auquel il ne peut échapper. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’y arrive pas.

Le pays se trouve dans une position où il ne semble pas profiter des possibilités offertes par son ouverture sur le monde. Cela s’explique évidemment par une multitude de facteurs, dont la faiblesse de l’appareil administratif et le manque de légitimité de l’Etat. Ce qui entrave la mise en œuvre de certaines réformes nécessaires au redressement du pays.

L’éclatement du tissu productif et «informatisation» des transactions

Le deuxième blocage du système économique haïtien est inhérent au processus de production. Le tissu productif haïtien repose principalement sur l’agriculture, le secteur manufacturier et les services.

Or, dans l’ensemble de ces secteurs, comme le souligne Robert Cornevin dans son livre Haïti (Que sais-je, PUF), c’est «l’anarchie» qui prédomine. Cette anarchie se trouve encore renforcée par la norme de sauve-qui-peut général, conduisant les agents à contourner délibérément et systématiquement les règles du jeu économique!

Cette situation reflète l’extension de la pauvreté consécutivement au déclin du secteur agricole qui constitue la principale source de revenus pour la grande majorité de la population, paysans et intermédiaires commerciaux: les «madan sara» (modestes marchandes) qui alimentent le secteur informel.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon l’OMC, et l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) en 2009, de 38% à la fin des années 1980, la contribution du secteur primaire (principalement l’agriculture) au produit intérieur brut (PIB) réel est passée à environ 32% en 1994-1995, à 44,5% en 1999, pour retomber à près de 28% en 2001-2002, et 23% en 2009.

Parallèlement, on assiste à l’expansion d’un nouveau secteur, les services. En 2009, ce secteur a contribué à environ 60 % au PIB réel, loin donc devant l’agriculture. Il est, lui aussi, régi par la logique de survie entraînant une forte «informalisation» de son fonctionnement, à l’instar du secteur informel auquel il est lié. Il en découle son inefficacité, dans la mesure où il peine à satisfaire les besoins de plus en plus croissants de la population.

En effet, la meilleure performance du secteur des services ne parvient pas à compenser les dégâts causés par la crise agricole et celle de l’industrie aussi bien sur le plan économique que social.

D’autre part, dans sa composante industrielle, le tissu productif haïtien est très déficient. Il comprend essentiellement le secteur manufacturier. La contribution de ce secteur au PIB réel est passée de plus de 20% dans les années 1980 à un peu plus de 15% en 2009, selon l’Institut haïtien de statistique et d’informatique.

Cette baisse peut être une conséquence du coup d’Etat du 30 septembre 1991, de l’embargo qui s’en est suivi, de l’insécurité et de l’instabilité politique permanente mentionnée plus haut (voir le livre de Fred Doura Économie d’Haïti: dépendance, crises et développement, publié chez DAMI).

Certains progrès ont été enregistrés, malgré les dégâts relatifs causés par le séisme du 12 janvier 2012, mais ils restent encore insuffisants pour permettre un redressement du système.

Enfin, comme le fait remarquer Doura, «l’économie haïtienne n’est pas caractérisée par une intégration étroite de ces différents secteurs, ce qui, en fait, démontre sa désarticulation».

D’où l’expression d’économie «tèt anba» utilisée par Christophe Wargny (Haïti n’existe pas – 1804-2004: Deux cents ans de solitude, Editions Autrement).

 

L’extension de la précarité

En effet, le troisième blocage permettant d’expliquer le déclin de l’économie haïtienne réside sans doute dans le fait que cette économie ne crée pas suffisamment d’emplois pour booster la consommation et donc la croissance économique.

En effet, le niveau de vie de la population se dégrade à une vitesse vertigineuse —cette situation est à la base des manifestations successives menées depuis quelques jours à travers le pays (nord, sud-ouest, sud-est, ouest) contre la vie chère, et depuis peu pour réclamer ni plus ni moins le départ de l’actuel président

 

A suivre

 

Walky Louis

Louis.walky@yahoo.fr

Master II recherche Développement Economique local

Master II en Droit public et Science politique  (IPAG, SCE PO)

Paris

 

 

 

Crédit : Walky Louis/CANAL+HAITI

email(courriels):  canalplushaiti@yahoo.fr / Louis.walky@yahoo.fr

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