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Haïti/Caracol/Reconstruction: Le retour de l’usine américaine.

Written on:octobre 22, 2012
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Il y a les lointains rêves d’un trésor d’or et de cuivre dans le sous-sol d’Haïti, dont faisait état notre dossier de samedi. Mais à bien plus court terme, la relance économique d’Haïti passe par des secteurs qui y ont déjà été bien plus actifs. À commencer par le manufacturier, pour lequel les Clinton sont en Haïti aujourd’hui.

 Deux véhicules de police sont stationnés sous un arbre, à l’ombre du chaud soleil. Les quatre agents de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti – deux membres du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et deux Américains – discutent en regardant les camions qui soulèvent la poussière en passant la barrière de sécurité. Il ne s’écoule jamais plus que quelques minutes entre les passages des poids lourds qui entrent et ceux qui sortent du site.

 Au moment du passage de La Presse Affaires, en mai, on construisait sur ces terres du nord du pays, près de la mer, un autre espoir économique d’Haïti: un grand parc industriel de 250 hectares, supporté par le gouvernement américain, qui permettra la création de plusieurs milliers d’emplois.

 Six mois plus tard, c’est aujourd’hui que le gouvernement haïtien inaugure en grande pompe le parc industriel de Caracol, en compagnie de la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton et de l’ex-président Bill Clinton.

 D’immenses bâtiments industriels construits sur cette ancienne plantation de sisal accueilleront le fabricant de vêtements coréen Sae-A Trading, qui bénéficiera d’exemptions de droits de douane pour importer les matières premières, et exporter les produits finis sur le territoire américain. Haïti espère que d’autres sociétés suivront les traces de la société coréenne et s’établiront dans cette zone franche, où les entreprises bénéficieront d’exemptions d’impôt de 8 à 15 ans, selon les cas.

 Le président Michel Martelly et son gouvernement ont de grands espoirs pour la région du Nord. La République dominicaine a financé la construction d’une toute nouvelle université à Limonade, non loin de Caracol. On a également entrepris la modernisation de l’aéroport de Cap-Haïtien, deuxième ville en importance du pays.

 Et il y a ce parc industriel de Caracol. Le gouvernement américain (124 millions) et la Banque interaméricaine de développement (100 millions jusqu’à maintenant) sont les principaux bailleurs de fonds. Sae-A investit quant à elle 78 millions pour l’aménagement de l’usine, de la machinerie et de l’équipement. Le gouvernement haïtien restera propriétaire des lieux.

Sae-A occupera 50 hectares de terrain et entend créer environ 20 000 emplois sur six ans. On en est encore loin – seulement un millier d’emplois pour l’instant – mais le nombre a de quoi faire rêver un pays où les deux tiers des gens n’ont pas d’emploi formel, et une région où l’industrie est presque inexistante. Le nombre total d’emplois dans l’ensemble du parc pourrait éventuellement atteindre 65 000, selon un document officiel d’août 2011.

 Le projet, qui comprend une petite centrale électrique et la construction de 5000 logements, fait partie des efforts pour décentraliser le développement économique d’Haïti, longtemps concentré seulement sur Port-au-Prince.

 Pour et contre des zones franches

 Les zones franches comme celles-là ont contribué au succès de la République dominicaine voisine et pourraient aider à relancer l’emploi en Haïti, où l’industrie du textile a déjà employé 100 000 personnes il y a 20 ans, contre 30 000 aujourd’hui.

«Haïti a des avantages», explique Michel Julien, responsable du comité développement économique au Groupe de réflexion et d’action pour une Haïti nouvelle, établi au Québec. «La main-d’œuvre est bon marché, c’est une main-d’œuvre habile qui apprend vite.»

 Reste à créer les conditions pour faciliter la venue d’entreprises. Les zones franches en sont une.

 Les zones franches opèrent par contre en vase clos et n’ont pas d’impact miraculeux sur l’économie nationale. «On importe la matière première et on la réexporte sans droits de douane, observe André Corten, professeur à l’UQAM. Outre l’emploi et les salaires, l’effet est réduit. Il n’y a pas beaucoup de réinvestissement des entreprises dans l’économie locale.»

 «Si rien ne change, peut-être que ça n’apportera pas grand-chose, avertit d’ailleurs le président de la chambre de commerce du Nord, Martin Malherbe David, dans une entrevue avec La Presse Affaires à Cap-Haïtien. On a tenu à cela, mais peut-être qu’on n’en bénéficiera que très peu.»

 M. Malherbe David déplore la mainmise des Dominicains sur la construction du parc industriel. Le secrétaire exécutif de la Chambre, Harold Durand, aurait souhaité davantage de mentorat au bénéfice des entrepreneurs locaux.

 

 

 

Credit : Hugo Fontaine/LaPresse/CANAL+HAITI

 

4 Comments add one

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