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Haïti/Crise Politique: Nouveau Message à la Nation de Michel J. Martelly.

Written on:janvier 17, 2015
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mm1Dans la soirée de ce vendredi 16 janvier 2015, Michel Martelly a adressé un Important message à la nation haïtienne, au Palais National (Port-au-Prince). Le Président haïtien a fait un discours qui devrait être présenté (d’après certains observateurs politiques) devant les Parlementaires le 12 janvier dernier. Il a ensuite donné l’investiture au nouveau « PM-KP » Evans Paul.  Pour la grande et la petite histoire nous reproduisons ce discours-perspective du Chef de l’Etat Haïtien, in extenso…

Chers concitoyens,

Il y a trois mois, le 17 octobre, à l’occasion du 208e anniversaire de la mort de Jean-Jacques Dessalines, j’évoquais la vision du Père Fondateur de la Nation, une vision qui voulait divorcer d’avec l’injustice, des actes ‘gwo ponyèt’ et l’inégalité sociale, pour construire un pays où ‘tout moun se moun’, où la terre puisse devenir fertile, pour que tous ses enfants puissent vivent avec dignité. Je vous rappelais ce jour-là et je vous le redis encore  aujourd’hui nous sommes condamnés à vivre ensemble dans l’unité, la paix, la tolérance et le respect des uns et des autres. Nous devons terminer le travail commencé par les pères fondateurs et respecter l’engagement qu’ils ont  pris  en déclarant, à la face d’un monde hostile, qu’Haïti serait  une grande Nation libre et indépendante.

La victoire de l’indépendance, c’était une victoire de solidarité, solidarité sur l’égoïsme, une victoire du rassemblement,  rassemblement sur la division, une victoire de l’union, l’union sur les luttes intestines, une victoire du rêve collectif sur les intérêts personnels, et  une  victoire de l’harmonie, harmonie  sur les chemins dispersés.

Aujourd’hui, nous devons nous servir de cet exemple pour comprendre que ce sont ces valeurs et seulement ces valeurs, qui peuvent nous mener sur le chemin de la victoire devant tous les défis que nous avons à surmonter pour remettre Haïti debout. Nous sommes en mesure étonnons nos amis, nous faisons taire nos détracteurs, à chaque fois que nous nous attachons à  prioriser ce qui nous rassemble, à  minimiser ce qui nous divise.

Lorsque j’ai pris, le 14 mai 2011 l’engagement de servir la nation, en ma qualité de Président de la République, c’était fort de cet idéal, de cette foi dans notre capacité à nous mettre ensemble pour faire face aux nombreux défis du développement. Je prenais alors la direction d’un pays renaissant à peine des débris de la terrible catastrophe du 12 janvier 2010, mais j’avais la conviction que nous saurions nous servir de cette opportunité pour non seulement reconstruire l’espace physique, mais surtout refonder la nation, réorganiser l’Etat et créer l’environnement propice à la mise en route d’une véritable dynamique de croissance et de prospérité, au bénéfice de tous les citoyens, quels que soient leur croyance religieuse, leur appartenance sociale, politique et leur niveau de vie.

Aujourd’hui, 44 mois après mon installation au timon des affaires de ce pays, force est de reconnaître que nous sommes encore loin du but. Nous devons avouer humblement nos faiblesses et nos erreurs collectives, découlant des vieux démons de la méfiance, de la division et de l’intolérance, traversant encore nos mentalités après plus de 200 ans de vie commune.

Le dysfonctionnement subséquent de notre Parlement, faute d’avoir pu régler nos différends et remplir nos engagements constitutionnels respectifs, en sont des rappels douloureux. Ils constituent le point culminant de trois années d’efforts infructueux en vue de respecter les échéances électorales, renouveler le personnel politique suivant le vœu de la Constitution et permettre à la population de sanctionner ses dirigeants, gage le plus élémentaire d’une gestion responsable de la cité.

Ce n ‘est pourtant pas un fait nouveau. Quelques vingt-huit ans après l’adoption de la Constitution de mars 1987, nous peinons encore à mettre en place l’ensemble des institutions que notre Charte fondamentale avait prévu et  trop souvent, durant ces 28 ans, les actes posés dans la gestion de la chose publique sont restés en dehors du cadre constitutionnel. Comme conséquence principale de cet état de fait, Haïti, notre cher pays, tarde à redevenir la perle des Antilles dont nous rêvons tous et notre pays se voit plutôt coller l’étiquette peu reluisante de pays le plus pauvre de l’Hémisphère. Pendant ces 28 ans, la croissance annuelle moyenne du produit intérieur brut fut de moins d’un demi pour cent par année, alors que la population augmentait près de 5 fois plus vite, à 2.3% par année. La population a ainsi quasiment doublé alors que le PIB n’augmentait que de 12%, réduisant donc de moitié le revenu moyen de nos familles et nous enfonçant inexorablement dans un véritable cercle vicieux de pauvreté et de dépendance.

Pendant la même période, notre production s’effondrait, le monde rural dépérissait, portant ainsi les populations à émigrer vers les villes, en particulier la capitale, en quête d’un bien-être illusoire. En effet, on assistait, suite à nos éternelles luttes intestines, à un effondrement parallèle des industries susceptibles de créer les emplois durables et rémunérateurs que recherchaient nos concitoyens de la campagne. La part de l’industrie manufacturière est ainsi passée de 14 à 8% du PIB et le nombre d’emplois créés par nos industries d’exportation a baissé de plus de moitié.

Chers concitoyens,

Il est temps de changer cette apparente fatalité. Il est surtout temps de réfléchir tout d’abord sur les causes profondes de notre mal. Aucun pays, aucune nation, aucune société n’a jamais réussi le pari du développement sans que ces fils se mettent ensemble pour gérer leurs biens publics, à travers un Etat fort et serviteur, protégeant les droits de tout un chacun et administrant une justice saine et impartiale, un cadre légal moderne et crédible et une démocratie effective, garantissant à tous le respect des règles du jeu. Ce sont là les conditions sine qua non pour attirer les investissements privés générateurs d’emploi et de croissance, sans lesquels l’Etat ne peut avoir les moyens pour servir la population au bénéfice du plus grand nombre. Nous devons donner à nos enfants une éducation de qualité, gage de prospérité et de mobilité sociale, ainsi qu’un paquet minimum de soins de santé, en vue d’assurer, entre autres, la qualité de la force de travail devant accompagner le processus de création de richesse tant souhaité.

La faiblesse de nos institutions et en particulier le dysfonctionnement de la 49e législature ne peut pas et ne doit pas durer. Il est urgent de corriger au plus tôt ces défaillances, car le grand perdant de cette crise reste notre nation haïtienne. En jetant un coup d’œil sur notre histoire et, plus près de nous, ces trente dernières années, nous devons admettre l’impact dévastateur du mur de méfiance qui nous entoure et de nos velléités à constamment tirer le drap de notre côté, quitte à le déchirer !

Ce mur de méfiance, endémique à toutes les couches de la société  Haïtienne, est profondément ancré dans nos mentalités séculaires.  Il ne tient qu’à nous aujourd’hui, devant ce constat collectif, de le surmonter.  Le dialogue initie ces dernières semaines avec les partis politiques est une preuve concrète qu’au-delà de nos divergences et de la pluralité de nos opinions, les Haïtiens ont la capacité de s’unir pour un objectif commun.  

Dans cet ordre d’idées, j’ai décidé d’instaurer un dialogue permanent avec les Sénateurs restants et de les consulter régulièrement sur toutes les grandes questions d’intérêt général.

Chers concitoyens,

Fort de ces constats, qui nous interpellent tous, dont nous sommes tous responsables,  j’assume, également, aujourd’hui, en tant que Président de tous les Haïtiens, sans distinction, et de Premier Citoyen de la Nation, la responsabilité de cette situation. J’ai ainsi accepté, sans hésitation, ni frustration, le diagnostic posé par la Commission consultative présidentielle, ainsi que ses recommandations, que j’ai faites miennes et dont je me sers comme boussole de nos actions immédiates.

Au-delà des démissions qui avaient été demandées par nos Commissaires, incluant celle du Chef du Gouvernement, j’ai aussi accepté d’entamer un vrai dialogue avec l’Opposition constructive et représentative et de les associer dorénavant à la gestion du Gouvernement jusqu’à l’issue de mon mandat. J’ai ainsi choisi pour Premier Ministre l’une des personnalités les plus visibles et représentatives de l’Opposition. Je remercie Monsieur Evans Paul d’avoir accepté la lourde charge de Premier Ministre du Gouvernement pendant la période Electorale. Entre autres, dans les heures qui suivent, le PM Paul prendra officiellement fonction.

J’ai par ailleurs négocié et signé un accord avec une trentaine de partis politiques, pour m’assurer que la composition du prochain Gouvernement ainsi que sa gestion pendant cette cruciale période électorale refléteront intégralement ce désir de rapprochement avec l’Opposition et de rassemblement de toutes les âmes de bonne volonté dans la poursuite de l’objectif commun. Dans les prochaines 48 heures, le gouvernement de consensus sera annoncé.

Je reconnais le droit de tous ceux qui ont choisi la voie des manifestations pacifiques pour exprimer leurs revendications et leurs frustrations. Toutefois, je réitère mon invitation (et j’insiste) à rejoindre la table du dialogue qui permettra de mieux comprendre leurs aspirations et de formuler des réponses collectives à ces demandes.

Dans le consensus, nous avons fait appel aux institutions reconnues les plus crédibles de la société haïtienne, en vue de former le prochain Conseil électoral provisoire, en suivant, comme l’avait réclamé la majorité de l’Opposition, l’esprit de l’article 289 de la Constitution. Grâce à cet appel, ce nouveau CEP verra le jour dès la semaine prochaine et commencera aussitôt à se pencher sur l’inventaire des travaux déjà accomplis, revoir la loi électorales et planifier les prochaines élections législatives, locales et présidentielles. Pour renforcer son impartialité, ce CEP n’inclura aucun membre du personnel de l’Etat ni aucune personnalité politique et partisane.

Les amendements indispensables à la loi électorale pour l’adapter à la conjoncture et aux réalités actuelles seront apportés aussitôt après l’installation du nouveau CEP. Ils devront inclure obligatoirement les provisions  pour un financement adéquat des partis politiques.

Les quatre premières années de mon mandat ont également démontré à quel point une démocratie moderne repose sur l’existence de partis politiques forts et bien financés, sans lesquels nos institutions sont en permanence la proie d’influence néfaste et d’absence d’impartialité dans leurs prises de décision. Ces partis ont en effet été dans le passé très pauvres en ressources financières, particulièrement en dehors des périodes électorales. Ceci a notamment retardé, pour la plupart, leur renforcement institutionnel ainsi que le développement de cadres politiques de carrière, vivant de ce métier. L’accord politique signé avec l’Opposition prévoit ainsi que les Partis jouissant de légitimité et de représentativité bénéficieront d’un financement approprié pour leurs opérations.

Les élections sont aussi l’affaire des citoyennes et des citoyens. C’est aussi l’affaire de tous les parlementaires sortants qui aspirent à être réélus dans leurs  juridictions respectives.
Il a été  constaté une diminution du taux de participation des citoyens depuis 1990, avec une légère remontée en 2010.
Le taux de participation aux élections de 2010 a atteint 22%. Le défi à relever pour les prochaines élections est d’atteindre un taux de participation au-delà  de 50%. Ceci ne pourra se réaliser que si la population a confiance tant dans le système que dans la qualité des candidats.

Fort souvent, les élections sont une source d’instabilité. Je réaffirme ici mon engagement a mettre tout en œuvre pour la réalisation d’élections honnêtes, crédibles et participatives.

Les problèmes chroniques posés par les élections exigent la participation,  la pondération et même la sagesse de tous les acteurs impliqués. La volonté doit être  manifeste, présente, agissante, au niveau de tous les acteurs,  qu’il s’agisse des partis politiques, des candidats, des citoyens-électeurs, de la société civile, des partenaires et du gouvernement.

Chers Concitoyens,

Pour faire face aux  grands et multiples défis de l’année 2015, il est impératif que les «  filles et les fils d’Haïti » se retrouvent et s’entendent sur l’essentiel, le fondamental et le durable.

Le gouvernement de Consensus que dirige le Premier Ministre Evans Paul devra s’atteler à renforcer et à améliorer les programmes réussis dans le domaine de la santé, de l’éducation, de la sécurité sociale et de la mise en place des infrastructures tout en corrigeant les erreurs.

Nous devons continuer à réduire la mortalité infantile qui a chuté de 13 % au cours des dernières années. Le taux d’immunisation qui est passé de 58 % a 65% devra atteindre plus de 80 %.

La scolarisation des enfants du cycle primaire qui a atteint pour la première fois près de 80% devra dépasser les 90%.

Les programmes d’assistance sociale Ti Manman Cheri, Ede PEP, Kore Etidyan, Panier Solidarite et Kore Payizan devront être renforcés afin d’atteindre un plus grand nombre au meilleur cout et ceci sans partisanerie. 

Il est urgent de mettre en place des programmes à haute intensité de main-d’œuvre permettant d’apporter une réponse rapide aux demandes de la majorité et contribuant ainsi à créer un climat d’apaisement à l’approche des élections.

Chers Concitoyens,

Je compte également conduire très prochainement un large débat sur notre Charte constitutionnelle, en vue de réfléchir au plus tôt aux amendements nécessaires pour en moderniser le cadre et l’efficacité. Ces amendements seront introduits aux moments opportuns en respectant les règles prévues dans notre charte fondamentale.

Dans tous nos travaux de réflexion, je compte également constituer des groupes, qui incluront des représentants de toutes tendances et idéologies politiques, en vue de systématiser les pratiques de dialogue qui nous ont trop souvent manqué et ont paralysé la vie publique.

Pour éviter tout malentendu sur les motivations derrière cette initiative, je tiens à souligner haut et fort que je respecterai l’article 134.3 de la Constitution qui empêche à un Président de se succéder à lui-même et qu’en aucun cas, je ne serai candidat aux prochaines élections.

Chers concitoyens,

Le premier pas vers la sagesse est certainement l’humilité et la recherche du compromis. C’est ce qui devra guider la conduite des affaires publiques au cours du restant de mon mandat de Président de la République. Je nourris aujourd’hui le rêve de voir s’estomper progressivement le spectre de la méfiance qui a trop souvent marqué nos rapports sociaux dans le passé. Je souhaite que  la politique en Haïti maintienne ses lettres de noblesse recouvrées en cette nouvelle année 2015. Ce, à travers les gestes de dépassement accomplis par les acteurs politiques pour garantir la paix et la stabilité dans notre pays.

Mon ambition la plus chère est de voir émerger une véritable nation haïtienne, unie non seulement par la langue et la culture mais aussi et surtout par le désir de chérir le bien commun, de le gérer en bon père de famille et de construire l’harmonie sociale et conduire à la fin de nos division séculaires, qui se sont souvent malheureusement interposées entre notre passé et notre futur.

Michel Joseph Martelly
Président de la République
Port-au-Prince le 16 janvier 2015

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