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Haiti/Culture: Jean Coulanges, passionné d’Haïti.

Written on:juillet 26, 2017
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Pochette de l'unique album de Jean Coulanges

Pochette de l’unique album de Jean Coulanges

Une bibliothèque vivante : voilà comment ceux qui le côtoient le qualifient affectueusement. Professeur d’anthropologie, chanteur, actuel directeur de la Commission permanente de l’Unesco en Haïti, Jean Coulanges est bien plus qu’une belle tête : il est un fragment de l’histoire nationale.

Parler des figures emblématiques et des valeurs d’Haïti relève d’un travail titanesque. D’un côté, parce que nous avons sans doute perdu la foi en l’Haïtien, fatigués de tous les pilleurs et du vent de la médiocrité qui, depuis longtemps souffle sur le pays ; d’un autre côté, en raison du fait que chaque jour est pour nous une lutte pour nous échapper des méandres de la vie. Nous pensons donc de moins en moins à notre potentiel humain, trop occupés à vivoter et à essayer de vivre. Les héros, les modèles se retrouvent donc enfouis dans nos livres d’histoire. Il existe pourtant une catégorie de personnes ayant vécu et vivant encore pour l’amour du pays. Pour Étienne Jurat, sociologue, ancien étudiant de la faculté des Sciences humaines de l’Université d’État d’Haïti, Jean Coulanges fait partie de cette catégorie de personne. Il nous a donc fallu découvrir l’univers de cet illustre personnage, pour lequel jeunes et vieux ne tarissent pas d’éloges.

 Il était dix heures du matin. Nous étions assis au bureau du directeur du bureau de la Commission de l’Unesco, scrutant chaque coin de son lieu de travail : une preuve vivante de l’ambivalence socioculturelle de l’Haïtien qu’il explique si bien : peintures naïves ; tableau de vèvè ; oeuvres de Cédor, de Paul Moral ; clichés des grottes Marie-Jeanne. En dehors des oeuvres haïtiennes, on retrouve également des représentation de la tour Eiffel de Paris, un « paquet congo » réalisé au nom des loas congos afin d’assurer sa protection ; le tout baigné par une symphonie de Bach remplissant la pièce comme pour chasser le silence trop envahisseur. Sans plus tarder, nous nous sommes plongés dans l’histoire de Jean Coulanges, remontant jusqu’à ses premiers dans le communisme, passant par ses influences marxistes pour tomber dans l’anthropologie et la musique – ce pourquoi il est connu de plus d’un.

 Ses premiers pas

« J’ai été élevé dans une famille chrétienne protestante, baptiste je dirais, qui fréquentait la Première église baptiste de Port-au-Prince à la rue de la Réunion. Mon père était un converti, et ma mère chantait beaucoup, elle chantait pour Dieu. ». En plus d’un environnement assez strict (son père était également trompettiste et accordéoniste). Jean Coulanges a été élevé dans un milieu artistique, encouragé par son père qui l’orientait vers le dessin. Aussi, il se laissait attirer par le son du tambour, les réalisations des peintres naïfs du Centre d’art de la rue de l’enterrement: ils représentaient tous un monde si différent de celui qu’on lui présentait! Ils peignaient des paradis terrestres bizarres, des créations très souvent proches du vaudou qui attisaient sa curiosité.

 Très tôt, Jean Coulanges s’adonnait à la lecture de Karl Marx, de Mao Tsé Tung, de Jacques Roumain… Influencé par l’expansion du communisme dans le monde, notamment avec la révolution castriste à Cuba, il a commencé ses premiers pas vers la gauche dans une cellule du célèbre écrivain Jacques Stephen Alexis, à travers la Ligue des Jeunes Progressistes. Jeune, sa foi en l’homme -ou plutôt sa foi en la vie- l’a rapidement poussé vers des études d’anthropologie à la Faculté d’Ethnologie de l’Université d’État d’Haïti. De retour en Haiti après avoir vécu près de dix ans au Canada, il dût faire face aux crises et aux persécutions politiques, le poussant à se réfugier à l’Asile, commune du département des Nippes .

L’anthropologue

 Fatigué du froid de l’Amérique du Nord, Jean Coulanges décida de rentrer au pays. Pourquoi ? La raison est claire : « j’ai un amour charnel, une passion pour Haïti ; ce n’est pas la conduite haïtienne, ou son élite, mais les vibrations du pays. Ce qui est abstrait, je l’avoue (…) les mornes, les senteurs, les couleurs du pays… Je voulais rentrer chez moi ». Le retour n’a pourtant pas été facile. Jean Coulanges, s’est ainsi vu interdire l’entrée au pays, ratant ainsi, au début des années 80, le réveillon organisé en son honneur par une copine de l’époque. Persévérant, il a fini par rentrer au bercail, s’installant en puisant dans ses économies. Évidemment, à l’instar de beaucoup d’intellectuels de l’époque, il a été recherché, a dû se départir de ses biens, de sa bibliothèque à laquelle il tenait pour aller se terrer quatre mois durant dans les tréfonds d’Haïti. «Et c’est là que je suis devenu un anthropologue». Parler d’anthropologie selon Jean Coulanges, revient à entrer dans les profondeurs de la géographie, de l’histoire, de la culture de ce pays, à comprendre le rapport que nous avons avec la ville, la terre, le cosmos. Son vécu dans le milieu paysan haïtien lui a permis de mettre à profit ses connaissances théoriques pour une meilleure compréhension de la réalité haïtienne. Aidé par sa tante, demi-soeur de son père, cette dame qui parlait avec sagesse et autorité aux loas, il découvrit certains secrets du vaudou.

La chanson de Jean Coulanges

Toute sa vie, son vécu, ses influences, ses racines, sa passion se ressentent dans sa musique. Pour Jean Coulanges, né le 11 février 1941, la musique est un moyen d’atteindre le nirvana. La musique de cet « amoureux de l’amour », puissante, pénètre dans l’âme pour former une parfaite connexion avec son auditeur, le poussant à se connecter avec lui-même. En effet, cette lutte que nous entreprenons inlassablement pour nous soustraire à ce que nous sommes, suffit-elle pour nous faire oublier les vibrations qui emballent notre poitrine aux roulements de tambour de son album « Anonse » ?

Crédit: Bernie Paul

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