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Haïti/Culture/Hommage: Gérard Fombrun et Ludovic Booz, décès de deux géants de la culture haïtienne.

Written on:février 4, 2015
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« Le tambour avant d’être un instrument de musique est une sculpture, une sculpture qui résonne. » Ludovic Booz

Gérard Fombrun et Ludovic Booz

Gérard Fombrun et Ludovic Booz (image de courtoisie)

Incroyable, mais vrai. deux artistes hattiens, coup sur coup, meurent au début de ce mois de février 2015 qui démarrent en catastrophe pour la culture haïtienne. On est seulement au 3 février, les trois premiers jours du mois, février, dit généralement le mois de la purification.

Gérard Fombrun,  le Fondateur de Moulin Sur Mer meurt ce dimanche 1er février 2015.
Ludovic Booz, un grand maitre de la sculpture contemporaine meurt lui aussi, dans cette nuit du 2 février 2015, aux Etats Unis d’Amérique, précisément à Miami.

C’est un record inouï en terme de pertes pour la culture chez nous, avec deux grandes disparitions. Deux fleurons immortels de l’art haïtien. Deux 2 monuments d’un seul coup, disparaissent au même instant quasiment. Mieux que cela, ils avaient tous deux 2, un trait commun: la sculpture. Ils étaient tous deux sculpteurs. A vrai dire, Gérard Fombrun plus connu comme architecte et Ludovic Booz de son cote, plus connu comme sculpteur.

Gérard Fombrun, l’architecte, est célèbre pour son musée au bord de la mer, Moulin Sur Mer,  logée sur Cote des Arcadins, vers la route nationale numéro 1, en allant vers le Cap haïtien, 2e ville d’Haïti. J’ai le privilège extraordinaire en effet d’assister, le 25 novembre 1985, à l’inauguration fastueuse de Moulin Sur Mer, à la fois, hôtel de plage et musée historique. J’avais alors 21 ans, cette année-la, et je jouais le rôle d’Assistant accessoiriste, sous la supervision de Paulette Poujol Oriol, cette grande dame du théâtre haïtien, dans la mise en scène de la pièce LE TORRENT du dramaturge haïtien, Dominique Hyppolite, inspire par l’histoire d’Haïti. Je « figure » aussi sur scène, cette année 1985, aux cotes de Gilbert Fombrun l’acteur principal de le Torrent adapte par madame Paulette P. Oriol, mon professeur et ma mère comme elle m’appelait toujours affectueusement « Mon fils ». On était tous et toutes les fils et les filles de madame Oriol, en réalité. On le reste, et coucou a toi Paulette P. Oriol, tu n’es pas morte.

Gérard Fombrun non plus n’est pas mort, avec tellement de réalisations grandioses sur ses épaules Monsieur Fombrun est l’architecte du Ciné Imperial à Port au Prince, le célèbre cinéma Imperial, à Delmas 19, exactement en face de la chaine 5, Télémax de regrettée mémoire, du temps où le cinéma existait encore chez nous. Il est l’architecte du Wharf de Port au Prince. Il est, enfin, l’architecte de l ‘Aéroport international Toussaint Louverture qui prit ce nom, seulement au lendemain du départ en exil de Jean Claude Duvalier, février 1986.

Gérard Fombrun avait une passion folle pour tout ce qui est rêve, évasion et beauté: la musique, le piano, l’harmonica, la poésie, l’histoire, la littérature, le tourisme, l’architecture, le style architectural gingerbread, la muséographie, les collections, la décoration intérieure, l’hôtellerie etc. Il est né le 21 janvier 1927 et est mort le 1er février 2015.

Tandis que Ludovic Booz a été mon maitre en sculpture. Mon professeur a l’ENARTS, Ecole Nationale des Arts, à partir de 1983. En novembre 1983, sur la cour de l’école, rue Monseigneur Guilloux, non loin de l’hôpital General, j’ai alors 19 ans, je me souviens de l’avoir vu, Ludovic Booz, pour la première fois, peut-être.

Booz est un grand timide comme professeur, presque muet. A peine trouvait -il les mots qu’il fallait pour nous dire la sculpture , en théorie, sa définition, son sens dans la vie, son histoire, son évolution, Mais, Booz , peintre et sculpteur, reste et demeure un talent hors pair qui mit ses empreintes de sculpteur déjà, sur des bustes de nos chefs d’Etat qu’il était urgent d’honorer dont un certain Dumarsais Estime..

Je suis franchement incapable ici de parler de Ludovic Booz tant , étudiant moi même spécialise en sculpture, et appartenant a la section des arts plastiques en général, entre 1983 et 1988, je me suis senti proche de lui. On l’aimait Booz, comme prof. Il est bon humainement. Pas de doute. Et, c’est en réalité le départ de Ludovic Booz, de l’ENARTS qui provoqua la toute première révolution, le tout premier soulèvement étudiant qui a failli alors basculer l’école nationale des Arts, dans une véritable anarchie , bien avant 1986, l’année de toutes les révolutions étudiantes en Haïti.

J’ai encore une fois ce privilège, de rencontrer Booz tout récemment, au MUPANAH, musée du panthéon national d’Haïti, grâce à une aimable invitation de l’actuelle DG de cette institution culturelle importante, qui fait des efforts extrêmes pour garder ce musée public au top de sa forme, après des années de crasses institutionnelles, voire même de pillages éhontés de ses ressources , ou de ses collections, madame Michèle Frisch. je ne sais quelle coïncidence, le Booz qui allait mourir aujourd’hui, 2 février 2015, apparut et m’a permis ainsi de le revoir, de lui parler, après des années ou je l’avais quasiment perdu de vue.

Gérard Fombrun et Ludovic Booz, je vous ordonne de partir en paix…

Crédit : Pradel Henriquez/CANAL+HAITI

 

5 Comments add one

  1. KETTLY ALYSEE says:

    Bonjour pradel,
    En lisant ton texte tu me fais revivre des bons souvenirs…
    Deux personnes que j’ai tant aimees.Quel pays?OH lala

    Kettly Germain

  2. Versaint says:

    Paix à ces deux âmes qui, auront à être ressassées par les générations à venir et s’empièter sans nul doute sur les œuvres mentors laissées par leur empreinte indéniable, qui furent le va-et-vient histoire et artistique des époques d’enchantement de l’alma mater…

  3. Versaint says:

    Paix à ces deux âmes qui, auront à être ressassées par les générations à venir et s’empièter sans nul doute sur les œuvres mentors laissées par leur empreinte indéniable, qui furent le va-et-vient historique et artistique des époques d’enchantement de l’alma mater…

  4. Ewa!!! Vous n’etes pas morts mes peres d’arts, vous vivez encore a travers vos oeuvres.

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