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Haiti/Economie et Politique: Une croissance économique rachitique en 2017.

Written on:janvier 1, 2018
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Thomas Lalime

Thomas Lalime

Une croissance économique rachitique en 2017
Des idées pour le développement

L’année fiscale haïtienne qui s’étend du 1er octobre 2016 au 30 septembre 2017 s’achève sur un très faible taux de croissance économique : 1%, selon les dernières prévisions du Fonds monétaire international (FMI) en attente d’être confirmées par l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI). Il s’agit quand même d’une performance économique relativement bonne puisqu’on avait démarré l’année fiscale avec le passage de l’ouragan Matthew au début du mois d’octobre 2016 qui avait causé des dégâts de près de deux milliards de dollars américains, soit 24% du Produit intérieur brut (PIB). En moins de 12 ans, les maudites catastrophes naturelles ont provoqué des dommages évalués à plus de 10 milliards de dollars américains en Haïti, environ 120 % du PIB.

Après l’évaluation des dégâts provoqués par l’ouragan Matthew, la Banque mondiale avait anticipé un taux de croissance économique négatif de – 0.6 %. Par la suite, cette prévision a été révisée à la hausse pour passer à 0,5 %. Mais la reprise du secteur agricole a, semble-t-il, été plus importante que prévue, ce qui a conduit à une nouvelle révision à la hausse de la prévision de croissance. Et finalement, le FMI mise sur un taux de croissance économique de 1 % pour l’année fiscale 2016-2017.

Si le contexte difficile de l’année fiscale écoulée amène à considérer un taux de croissance économique de 1 % comme une performance économique acceptable, il convient de rappeler qu’il faudra à Haïti un taux de croissance économique supérieur à 7 % pendant environ 20 ans pour voir tripler son PIB par habitant de 769 dollars américains.
La République dominicaine dispose déjà d’un PIB par tête de 7 149 dollars américains, plus de 9 fois celui d’Haïti. C’est sur la base de l’hypothèse d’un taux de croissance économique supérieur à 7 % que les auteurs du Plan stratégique de développement d’Haïti (PSDH) évoquaient de la possibilité de voir Haïti devenir un pays émergeant à l’horizon 2030.

Mais avec des taux de croissance de 1 %, on y arrivera tout simplement jamais. Au contraire, avec un taux moyen de croissance démographique de 1,4 %, c’est-à-dire un taux de croissance démographique supérieur au taux de croissance économique, le pays deviendra de plus en plus pauvre comme le démontrait Thomas Robert Malthus en 1798 dans son Essai sur le principe de la population. En 2016, le taux de croissance économique était de 1,4 % contre 1,2 % en 2015.

L’IHSI fournira les détails sur l’évolution des composantes du produit intérieur brut (PIB) en 2017. Mais, en attendant, dans sa récente note monétaire, la Banque de la République d’Haïti (BRH) a fait état d’un déficit de la balance commerciale de 2,1 milliards de dollars américains sur les dix premiers mois de l’exercice fiscal précédent. Cela représente une dégradation de 17,6 % par rapport à la même période de l’exercice précédente. On a enregistré une hausse des importations de 11,4 % et une baisse des exportations de 2,2 %. Ce déséquilibre de la balance commerciale a des conséquences fâcheuses sur le taux de change du dollar américain par rapport à la gourde. La Banque centrale dit constater au cours des dernières semaines une hausse du taux de change après un recul significatif de près de 70 à 64 gourdes. Malgré cette relative stabilité du taux de change, les prix n’ont pas cessé d’augmenter en 2017 avec un taux d’inflation de 14,4 % en octobre 2017.

Pour avoir un dollar stable à un taux de change relativement faible, il faudra réduire le déséquilibre commercial en encourageant la production locale des produits agricoles importés. Il n’y a pas de justification stratégique à importer des œufs de la République dominicaine et des poulets de chair des Etats-Unis. Haïti est capable de les produire. Outre la fuite des devises, ce sont des possibilités de création d’emplois qui s’envolent. Réduire les importations atténuera la pression sur la demande de dollars américains tout en créant des emplois. Alors que la promotion des exportations fera augmenter la disponibilité locale de dollars américains. C’est la combinaison des deux qui fera baisser le taux de change à long terme, pas seulement les interventions de la BRH.

Quels sont les biens à produire pour la consommation locale et pour l’exportation ? Voilà une question qui mériterait une réponse cohérente et articulée des autorités à travers des politiques publiques efficaces. Aujourd’hui, la dépréciation de la gourde a poussé les ménages à opter pour le dollar américain. En août 2017, 65,3 % des dépôts du système bancaire étaient en dollars américains et 36,3 % du total des crédits étaient alloués en dollars américains. La dollarisation devient quasiment inéluctable.

Le cash management ignoré

Un déficit budgétaire de 1,9 milliards de gourdes au 30 septembre 2017 est reporté par la BRH. Qui pis est, à cette même date, le financement monétaire s’élevait à 6,6 milliards de gourdes. Au 14 décembre 2017, le financement monétaire est passé à 4,05 milliards de gourdes, avant même les dépenses gouvernementales de fin d’année. En clair, le prétendu programme de cash management annoncé en grande pompe par le gouvernement et la BRH ne s’est pas concrétisé. S’il était appliqué, les dépenses gouvernementales devraient se rapprocher des recettes, ce qui limiterait le déficit budgétaire avec une incidence positive sur la stabilisation du taux de change sans interventions régulières de la BRH.

Pour se donner des largesses de dépenser comme bon lui semble, l’administration Moïse/Lafontant n’a pas encore signé de programme de facilité élargie de crédit avec le FMI. Le dernier signé en mai 2015 était devenu caduc en novembre 2016. La signature de cet accord tardait depuis le règne du président Martelly et les turbulences politiques qui empêchaient la tenue d’une revue de programme par le FMI.

Dans de telles circonstances, pour recommencer avec les programmes du FMI, il faudra un « Staff Monitoring Program », une sorte de programme de référence de six mois qui déterminera la qualification du pays à un programme plus important de 3 ans. Celui-ci limiterait le niveau de déficit budgétaire à 2 % du PIB et celui du financement monétaire à environ 1 %. Aujourd’hui, le gouvernement peut creuser le déficit budgétaire sans être rappelé à l’ordre par le FMI. De plus, le président Moïse continue de multiplier les promesses sans que personne ne voie pointer à l’horizon les sources de financement. Une attitude qui laisse songeurs certains observateurs de la vie nationale.

Un taux d’improductifs, indicateur de mesure de la qualité de l’actif bancaire, très élevé a été observé en 2017 : de 3,84 % en juin 2017, il est passé à 4, 43 % en juillet 2017. En juillet 2016, il était de 5,2 % alors que la norme internationale fixe le plafond à 5 %. La gestion délicate de la Banque populaire haïtienne (BPH) a contribué à la détérioration de la qualité des actifs du système bancaire.

Pour inverser la tendance qui a conduit à cette croissance économique anémique, il faudra réaliser des réformes structurelles profondes. Or, les différents rapports publiés en 2017 ne laissent pas augurer de tels changements. Par exemple, Haïti occupait la 181e place sur 190 pays dans le dernier rapport Doing Business, une place identique à celle de l’année dernière. Ce rapport classe les pays en fonction de la facilité qu’ils offrent aux entrepreneurs potentiels de faire des affaires.

Ce rapport intitulé « Doing Business 2018: Réformer pour créer des emplois» montre surtout les réformes à mettre en œuvre pour espérer amorcer le décollage économique tant souhaité. Des réformes qui visent surtout à améliorer l’environnement des affaires au profit des investisseurs et des entrepreneurs. Avec un score de 38,24 /100, Haïti occupe le plus mauvais rang de la Caraïbe, loin derrière le Porto Rico, 64e, (68,85 /100) et la Jamaïque, 70e, (67,27 /100). Notre plus proche voisin, la République dominicaine, se trouve à la 99e place avec un total de 60,93 /100 tandis que la Guyanne (56, 28/100) est classée 126e place.

La création d’entreprise, l’obtention d’un permis de construire, le raccordement à l’électricité, le commerce transfrontalier, le paiement des taxes et impôts sont parmi les 10 piliers évalués par le rapport et pour les lesquels Haïti a enregistré des lacunes majeures. Seuls les pays en crise profonde ou en guerre ont fait pire qu’Haïti : la République démocratique du Congo, l’Afghanistan, la République centrafricaine, la Lybie, le Yémen, le Soudan du Sud, la République bolivarienne du Venezuela, l’Erythrée et la Somalie. Très peu de lois sur l’amélioration du climat des affaires ont été votés au Parlement haïtien. Même si elles étaient votées, leur application aurait été encore un défi majeur.

Le classement n’est pas meilleur en termes de compétitivité en 2017-2018 : 128e place sur 137 économies. Haïti, avec une moyenne générale de 3,22, est le dernier de la région Amérique latine et Caraïbes. Elle partage la queue du classement avec son principal créancier, le Venezuela. La République dominicaine et la Jamaïque sont respectivement 104e et 70e avec des moyennes générales de 3,9 et 4,2. Le Chili, 33e, demeure le premier de la région Amérique latine, suivi par le Costa Rica, 47e tandis que le Panama se retrouve à la 50e place.

Les piètres performances dans les infrastructures (136e, 1,8/7), l’efficacité du marché des biens (135e, 3,8), le développement du marché financier (134e, 2,5), la maturité technologique (134e, 2,2), la sophistication des entreprises (137e, 2,6) et l’innovation (137e, 2,1) empêchent à Haïti d’avoir un classement appréciable. L’environnement macroéconomique (61e, 4,8) demeure le seul secteur dans lequel Haïti s’est montrée plus ou moins compétitive.

Avec un PIB de 8,3 milliards de dollars pour une population de 10,8 millions d’habitants et un PIB per capita de 769 dollars, l’économie haïtienne a accumulé un grand retard par rapport à la République dominicaine (un PIB de 72,2 milliards de dollars pour une population de 10.1 millions d’habitants, soit un PIB per capita de 7 148,5 dollars) et celle de la Jamaïque (un PIB de 14 milliards de dollars pour une population de 2.8 millions d’habitants, et un PIB per capita de 5 000 dollars). Haïti est suivi par des pays comme le Burundi (129e), la Sierra Leone (130e), le Lesotho (131e), le Malawi (132e), la Mauritaine (133e), le Libéria (134e), le Tchad (135e), le Mozambique (136e) et le Yémen (137e).

L’Indice de compétitivité mondiale, lancé en 2005 par le Forum économique mondial, tient compte des 12 piliers suivants : les institutions, les infrastructures, l’environnement macroéconomique, la santé, l’éducation primaire, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle, l’efficacité du marché des biens, l’efficacité du marché du travail, le développement du marché financier, la maturité technologique, la taille du marché, la sophistication des entreprises et l’innovation. Ce sont les facteurs à améliorer pour emprunter le chemin du progrès.

Quand à l’indice de la perception de la corruption publié par Transparency International en 2017, Haïti est classée 159e sur 176 pays. Elle avait obtenu une note de 20/100 contre 17/100 pour l’année précédente. La République centre-africaine, le Tchad, la République du Congo et le Burundi occupaient la même place qu’Haïti dans le dernier classement de Transparency International alors que la République dominicaine était classée 120e. Le scandale PetroCaribe ne laisse pas augurer une amélioration pour la prochaine année.

Évidemment, un niveau élevé de perception de la corruption détériore le climat des affaires et nuit à la compétitivité du pays. Ces rapports soulignent les réformes à entreprendre pour espérer mettre Haïti sur les rails du progrès. D’aucuns diraient qu’ils révèlent les différents points sur lesquels devrait porter la Caravane si vraiment le changement était son principal objectif.

Crédit: Thomas Lalime
thomaslalime@yahoo.fr

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