Dallas Cowboys Authentic Jersey  Haiti/Fiction/Réalité: Lettre d’une mourante à l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti. | CANAL+HAITI
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Haiti/Fiction/Réalité: Lettre d’une mourante à l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti.

Written on:avril 29, 2016
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  Port-au-Prince, le 29 Avril 2016

Mes chers enfants,

maladJe ne solliciterai pas vos pardons d’oser vous appeler mes enfants. Par derrière le prestige et la blancheur de la blouse que vous portez, je reconnais les cicatrices de mes semblables ; à côté des plis engendrés par vos soucis, j’identifie les sillons de la fierté. La fierté du combattant ! Mes chers enfants, vous tous qui êtes issus des classes pauvres, vous constituez le placement et l’assurance de vos parents. Vous êtes les béquilles qui compensent leur handicap. Vous êtes ce qu’ils ont de mieux et leurs offrandes les plus valables à l’humanité.

Je suis habituée aux grèves répétitives de l’hôpital. J’en ai déjà même fait les frais. J’y ai perdu un fils que je m’efforce de voir vivre à travers vous. Il aurait voulu être médecin. Et comme vos parents, j’aurais rampé sur le feu pour l’aider à atteindre ses objectifs. Je lui aurais appris à ne rien placer au-dessus de la sacralité de la vie humaine.

Dans le contexte qui prévaut, je ne vous blâme pas d’arrêter de travailler pour exiger de meilleures conditions, que dis-je, des conditions de travail tout court. Je sais que le travail bien fait résulte toujours de la collaboration d’un bon professionnel et des outils adéquats. Je sais que vous n’avez pas le secret des miracles. Vous avez étudié pour travailler comme des humains. Pendant longtemps, vous avez oublié que vous l’étiez. Pendant longtemps, vous n’avez rien exigé. Pendant trop longtemps, vous avez cru que votre archaïsme faisait votre force. Vous avez glissé du côté du problème. À force de fonctionner dans des conditions déshumanisantes, vous avez perdu votre humanité ! Pour vous protéger des regrets de vos limites, vous vous êtes exercés à voir les maladies sans le malade. Le patient est devenu un cas, un numéro de lit.

Mes chers enfants, vous venez de passer sans me voir allongé par terre. Je vous le pardonne. Par expérience, je sais qu’on se soucie peu des autres quand son présent est mystifié par un futur incertain. Il me faudrait gémir pour attirer votre attention à défaut de votre empathie, mais je ne suis plus capable de ressentir la douleur. Mes sens sont fatigués et épuisés. C’est ce qui arrive quand la douleur a longtemps fait votre quotidien. Vous devenez insensible, inhumain. C’est la victoire la plus fatale des bourreaux.

Mes enfants, j’ai suffisamment souffert de cette vie pour reculer devant la mort. Elle ne m’effraie pas. Au contraire, je suis attirée par son mystère. Par sa justice aux yeux bandés qui frappe sans égards à la race, à la fortune et à la connaissance. Ici, l’humanité s’évalue à l’aune de la richesse. Toutes les vies n’ont pas la même valeur. Les morts des hôpitaux publics ne pèsent pas assez pour réveiller la conscience des décideurs publics. À la limite, ils ne perdent qu’une voix électorale qui sera vite remplacée par la bénédiction de la communauté internationale. Je ne sens plus mes forces, mais je salue votre courage. Le moment est peut-être mal choisi pour entamer la grève, mais l’urgence n’attend pas. L’urgence n’accorde aucune trêve, fut-ce à un gouvernement provisoire qui ne sait où donner la tête.

Mes chers enfants, je pars. Si ma mort doit servir à quelque chose, qu’elle soit ce catalyseur qui rappelle à tout un chacun que la santé n’est pas un luxe, mais un Droit consacré par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dont Haïti est signataire. Elle est ce moteur sans lequel les plans de développement, les rêves de paix et de bonheur ne seront que chimères. Que la santé gagne quand les politiciens jouent !

Soyette Madan Sarah

Fiction du Dr Valéry MOISE

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