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Haïti/France/Culture/Diasporama: Je suis Rose-Esther Guignard !

Written on:janvier 6, 2015
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R2Je vais avoir 30 ans le 18 janvier prochain. Je suis née à Delmas, en Haïti. Je vivais avec ma mère, ma grand-mère, mes frères et sœurs, dans une petite maison traditionnelle haïtienne, dans la campagne de la Croix des Bouquets.

J’étais une petite fille sage en apparence, mais rebelle au fond de moi. J’aimais l’école et j’y travaillais très bien. Je transgressais aussi les interdits avec plaisir : je grimpais aux arbres pour cueillir des mangues ou des noix de coco, à la nuit tombée, j’aimais aller chaparder des patates douces, des ignames, des cannes à sucre dans les champs près de la maison.

Le 13 mai 1998, je suis arrivée en France, dans ma famille d’adoption, j’avais 13 ans et demi. Le matin du départ, à Port-au-Prince, je me suis dit : « Ce matin, je me suis levée de bonne heure pour dévorer le monde ».

Dès mon arrivée, je veux tout faire, tout voir. Je chante et danse partout, dans les rues, les magasins…

En juillet, nous partons en Provence, pour le festival d’Avignon. Je découvre avec passion le théâtre, la danse, le cinéma, en salle, en plein air. Un soir, à la fin du spectacle, je monte sur la scène pour y danser…

Je me déguise souvent pour improviser des spectacles pour toute la famille et les amis. J’ai rapporté d’Haïti un bagage énorme de contes, comptines, chansons, jeux chantés et dansés. Nous enregistrons tout cela avec le caméscope pendant une journée.

La rentrée approche : je n’ai pas le niveau de CM2, je ne parle pas encore couramment le français et par rapport aux élèves français, j’ai beaucoup de lacunes : je ne connais rien de l’histoire et de la géographie de la France, de l’Europe…  Je rentre en sixième…

Le soir de la rentrée, ma mère est inquiète, je ne suis pas rentrée. Elle ne sait pas encore que je suis déjà la star du collège. Des dizaines de copains et copines défilent à la maison. J’aime les étonner, les surprendre. Je suis inscrite dans un groupe de théâtre amateur pour les jeunes et à l’école de danse à Dreux.

 R1J’ai beaucoup de mal à suivre le programme scolaire mais je ne me décourage jamais. À la fin de la troisième, j’entre au Lycée de Dreux pour suivre l’option cinéma avec passion. Pendant toutes ces années, ma volonté s’affirme: je veux être comédienne.

Après la terminale, je me prépare rapidement aux concours d’entrée de plusieurs conservatoires à Paris. La concurrence est sévère. Beaucoup de candidats, peu de reçus.

 Cette année-là, j’échoue, mais je décide de passez toute l’année suivante à m’y préparer pour la rentrée prochaine.

Pendant ce temps, je lis, j’écris et je fais des petits boulots. Je participe à un concours organisé par la région Centre pour être invitée au soixantième Festival de Cannes. Il faut écrire une nouvelle sur la lumière au cinéma et une lettre de motivation.  Quand je reçois mon invitation pour Cannes, j’ai du mal à y croire, je crois rêver !

 En rentrant de Cannes, j’apprends que je suis sélectionnée pour le concours des « Deuxièmes pressions » pour les jeunes artistes. J’avais décidé d’y participer en mettant en scène mon conte préféré : « Tézin ».

 Cette première expérience d’actrice me  bouleverse.  L’émotion, le trac me font trembler. Toute seule sur scène devant une salle de 950 personnes pour  jouer les 6 personnages de ce conte. Seule, face au public, je me sens très heureuse, enchantée de vivre ce moment. J’ai envie de déverser tout ce que contient mon cœur et mon âme. Ce jour reste gravé dans ma mémoire car  je prends conscience que  ma passion est là, je dois revivre ce moment et me lancer dans  toutes sortes d’aventures de théâtre.

REG-par-Jeho-23.02.14-2L’année suivante, je suis admise au conservatoire Erik Satie à Paris. Je travaille beaucoup, particulièrement la diction. Tout le monde veut que je perde mon accent. Je travaille  avec une orthophoniste-phoniatre,  j’y  réussi presque mais dès que je le perds, j’ai aussi l’impression de me perdre.

 Je m’investis au conservatoire tout en ayant conscience qu’il m’est essentiel de continuer à travailler mes contes et ma culture haïtienne. Je décide de publier « Tézin » en version bilingue, français/créole haïtien. Je travaille avec un ami qui illustre le texte. Les éditions « L’Harmattan »  acceptent mon projet qui paraitra en 2012 sous le nom de « Tézin le poisson amoureux ».

 En août 2009, onze ans après mon départ, nous partons pour Haïti avec ma mère et ma sœur. Quelle émotion quand l’avion touche le sol. Je retrouve ma famille, mes habitudes mais j’ai beaucoup de mal à parler créole. J’ai peur d’être mal comprises par les haïtiens. Je deviens muette en créole.

 A la sortie du conservatoire c’est le désert. Rien à l’horizon.  Je décide de créer un nouveau spectacle à partir d’un autre conte populaire haïtien, « L’oranger magique ».

 Il fallait bien que je rencontre Mimi Barthélémy. J’assiste à tous ses spectacles: « La reine des poissons »,  « Le fulgurant », « Le Code Noir », « Kouté chanté ». Nous devenons amies. Quand je doute, elle m’encourage. Elle m’invite à partager l’atelier d’écriture qu’elle fréquente. Elle me conseille comme une grande sœur.

 R3Une résidence artistique à « La Source » me permet de travailler « Les aventures de Bouki et Malice » qui sera créé au festival du Légendaire  en Eure et Loir et présenté à Auneau le 19 octobre 2013 en Hommage à Mimi Barthélémy. Claude Saturné, tambourinneuraire haïtien y fait la musique.

 En 2012, je réussis enfin à faire venir ma maman biologique en France, pendant les trois mois d’été. Mes deux mamans sont réunies sous le même toit. C’est une situation extraordinaire.

 En septembre, maman s’en retourne en Haïti. Quelques mois plus tard, le 27 avril 2013, à la mort de Mimi, je suis désemparée, je me sens abandonnée, je tombe dans la dépression.

 Je continue malgré tout à m’accrocher, je participe aux hommages à Mimi.

 Peu à peu, je remonte la pente. Jacques Bruyas a écrit une pièce « Abobo » pour moi. Je la propose à la ville de Vernouillet qui l’inscrit dans la programmation culturelle de la Ville pour le 21 février 2014. Anne Quesemand accepte de m’aider.  Elle mettait en scène les spectacles de Mimi.

 Au bout de trois mois de travail acharné, tout est prêt. La soirée du 21 février devient une fête haïtienne : dégustation de kremas, punch gingembre, acras de morue,  bananes peze, pikliz, tablettes… exposition d’art et d’artisanat d’Haïti… La soirée est un succès.

 Anne Quesemand dirige le théâtre de la Vieille Grille, avec Laurent Berman et décide d’y programmer « Abobo » le 6 décembre 2014. Amos Coulanges, le merveilleux guitariste haïtien qui accompagnait Mimi Barthélémy, propose de m’accompagner. Quelle chance !

 Avec Amos, nous avons une vraie complicité sur scène, autant de plaisir l’un que l’autre à travailler ensemble. Il me parle de Mimi Barthélémy. Quand nous jouons ensemble, nous avons l’impression de sentir sa présence discrète, comme si elle nous accompagnait.

 Aujourd’hui, la route s’ouvre devant moi, j’ai beaucoup de projets. La langue créole sort de mes lèvres comme l’eau d’une source.

 Comédienne, conteuse, chanteuse et danseuse, mon énergie est communicative. J’aborde mon métier comme un art total où se mêlent le théâtre, la danse, le chant et le récit.

 J’ai une forte personnalité. Quand je me jette dans une aventure, c’est à fond.

 Je sais trouver les émotions au plus profond de moi et les faire resurgir sur scène.

 Je mets tout mon cœur dans ce métier car ma passion est plus forte que tout.

 Il donne un sens à ta vie.

 « Abobo » est programmé le 28 janvier 2015 à 20h30, au théâtre de la Vieille Grille.

Credit:  CANAL+HAITI  /    

2 Comments add one

  1. Joli texte, Rose Esther…
    On suit tes actualités !

    Alain et Catherine

  2. La lecture que je viens de faire concernant le parcours de ta vie sociale et artistique est bonne. Les mémoires de tes jours d’enfance en haiti, ton pays natal, ont été joyeuses. Elles te suivent chaque jour dans ta vie d’adulte.

    Je tiens aussi à te dire du courage et apprends que les belles choses viennent après de dur labeur. Continue à travailler sans relâche afin que d’autres choses plus merveilleuses se jettent dans tes mains.

    Avec un coeur plein d’affections, je te dis bon anniversaire de naissance le 18 janvier prochain. Que l’Éternel Dieu te protège!

    Mes salutations distinguées,

    Dr. Yves Joseph Jeudy

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