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Haïti/Politique: La dilapidation des fonds PetroCaribe par le gouvernement Martelly.- Part 1

Written on:mars 18, 2015
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peEst-il possible pour un individu sans préparation académique, sans expérience en gestion, autoproclamé bandi legal, faisant dans tous les domaines l’apologie du « Ki te Melem » (je m’en foutisme), puisse gérer une économie aussi complexe que celle d’Haïti à la lumière des principes du bon père de famille et dans le sens des intérêts collectifs ? La revue des grandes décisions d’investissement des quatre dernières années nous confirme que non. Haïti aura démontré ce que le monde entier avait pourtant compris depuis des années. L’adage dit : « la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a. »

Quand l’absence de valeurs et la loi du rien dominent, la conscience est absente et les décisions sont prises dans le vide et l’arbitraire. Cela est particulièrement grave quand on a comme président un Michel Martelly dont le modèle est celui des Duvalier, père et fils. Des tyrans qui ont pratiqué le pouvoir absolu au point de détruire tout le capital humain et de conduire les esprits à la soumission complète devant l’absurdité et la bêtise. François Duvalier n’a-t-il pas placé à la tête du pays son fils Jean-Claude Duvalier, un garçon de 19 ans dont les capacités intellectuelles n’avaient aucune mesure avec les exigences du pouvoir qui lui était conféré.

Comme on le sait, il y a en Haïti tout un cimetière de projets constitué de ponts inachevés, aux Gonaïves par exemple, de maisons construites avec des matériaux défectueux, des cathédrales dans le désert, de routes qui ne mènent nulle part, etc. Au fait, ce dernier exemple illustre bien le problème fondamental de la société haïtienne : les voies empruntées ne mènent nulle part. Le 3 mars 2011, dans un meeting à Léogane, le candidat Michel Martelly déclarait :

« Bill Clinton est arrivé en Haïti et il parle de la reconstruction d’Haïti [...] les trois quarts c’est pour Port-au-Prince [...] je ne suis pas d’accord ! Par exemple, on vous fait une belle route là, les problèmes des bassins versants ne sont pas gérés ni le déboisement, lorsque la pluie va tomber la route sera emportée ! C’est du gaspillage. Si je suis Président, je préfère avoir une belle route en terre battue, je crée un système d’entretien qui donnera du travail et au lieu d’investir dans la route [...] j’investis sur les enfants du pays [...] souvent on voit une route qui est asphaltée, puis on arrive dans un village… il n’y a pas d’électricité, personne ne sait lire ou écrire, il n’y a pas d’eau propre, il y a de la misère, il n’y a pas d’école… Pour moi, c’est une route qui ne mène nulle part… [1] »

Avec le recul on peut affirmer que ces promesses mirobolantes n’avaient été prononcées que pour la galerie. L’orientation de l’économie en général ainsi que son pilotage n’ont pas changé par rapport à ceux pris des Duvalier et de leurs acolytes. Le tableau de bord de l’économie haïtienne n’a connu aucune amélioration. C’est la continuation de la stratégie d’extraversion avec des politiques budgétaires, fiscales, monétaires, de prix, de crédit et de participation contraires à toute stratégie de développement authentique. Au fait Martelly indique qu’en matière de ténébreuses affaires, Préval et son gouvernement ne lui arrivent pas à la cheville. Persuadé que l’impunité est profondément ancré dans l’inconscient collectif, sûr d’en bénéficier comme son prédécesseur, il va user et abuser des deniers publics.

C’est le temps de toutes les corruptions avec des bandi legal sans états d’âme exprimant à haute voix la légèreté de leurs êtres. Comme en a fait état le sénateur Steven Benoit [2] par-devant le congrès américain en septembre 2013, le président Martelly a donné le mauvais exemple avec la construction d’une villa de plage de plusieurs millions de dollars. Son fils a fait de même avec la construction d’un immeuble commercial pour des millions de dollars à Peguy-Ville. Ses amis suivent dans une véritable inflation de dépenses en tous genres. Dans leur entendement, il faut pactiser avec le diable pour garder indéfiniment le pouvoir, et Haïti doit en bénéficier, car « la consommation est le moteur de la croissance ». Les Tèt Kale dépensent les fonds PetroCaribe sans compter à la manière de vautours dépeçant un cadavre en putréfaction. Les perdiem, les contrats de gré à gré aux entreprises, les commissions, les agapes à l’occasion de l’anniversaire du président, tout sert à se mettre de l’argent dans des poches jamais remplies. Comme dans un tonneau des Danaïdes. On comprend ainsi que le gouvernement n’ait pas pu faire les prévisions et les mises à jour nécessaires pour assurer une meilleure régulation des finances publiques et se procurer les ressources budgétaires requises. D’où le cri du président de la République en avril 2014 déclarant que les caisses de l’État sont vides. Quelque chose ne tourne pas rond chez des gens qui racontaient, avec leur slogan « Haïti is open for business », que le pays était engagé sur la route du paradis.

La politique de corruption à géométrie variable

En comédien au langage déréglé, Martelly avait le sens du geste qu’il faut faire et les mots à prononcer dans une campagne électorale. Il était alors dans son rôle d’artiste qui apporte la contradiction même dans le style ubuesque qu’on lui connait. Pour avoir compris l’intérêt qu’un certain public portait à ses spectacles, la communauté internationale a misé sur lui et l’a imposé en falsifiant les résultats du vote. Depuis, chaque matin, Haïti se réveille dans un cauchemar et ne sait plus quel dieu implorer pour lui épargner les frasques d’un président qui lui fait admirablement voir ses monstruosités. Dont les premières sont de taxer la diaspora, de remplacer les maires élus par 421 « agents exécutifs intérimaires » et de ne pas faire les élections afin de gouverner sans un parlement en se donnant tous les pouvoirs.

Les années ont passé et tout le monde se rend compte qu’au niveau matériel, le président à une pensée aussi déréglée qu’en politique. Coincé dans le tablier du chef suprême, il malaxe des obsessions dans des interventions sans coordination qui pullulent à travers le pays attestant de millions de dollars gaspillés. Au fait, il continue dans la bonne tradition de son prédécesseur René Préval avec encore plus de fantaisie que ce dernier. Enchaînement sans ruptures dans l’utilisation des fonds PetroCaribe pour légitimer, au lieu de les supprimer, les quelques 500 millions de dollars pour 35 contrats de gré à gré signés avec les firmes dominicaines HADOM, DOCE et ROFI. Trois firmes créées pour la circonstance et qui ont été payées pour des travaux qui n’ont pas été réalisés.

Martelly ne s’est pas contenté de couvrir l’escroquerie par le kase fèy kouvri sa, mais il a demandé sa part qui lui a été versé intégralement. Paiement révélé par les journalistes Jean-Michel Caroit [3] et Nuria Peria [4] dans la presse parlée, écrite et télévisée Puis, il a provoqué la démission du premier ministre Garry Conille suite à la publication du Rapport préliminaire de la Commission d’Audit (CA) [5] que ce dernier avait commandé. Après pareille séquence dans le vol, il faut être fou pour penser que les pratiques mafieuses d’un tel pouvoir ne sont que provisoires. Il faut être fou à lier pour croire que le gouvernement Martelly pourrait se détacher de ce développement initial.

Il faut être fou à mourir (de rire) pour ne pas comprendre que cette partie de la communauté internationale qui appuie les bandits de Martelly applique une politique de corruption à géométrie variable. Une politique qui consiste à fermer les yeux sur la corruption quand cela correspond à ses intérêts, comme cela se donne à voir par exemple en Arabie saoudite. On peut comprendre car ce dernier pays a de l’or noir. A moins que le sous-sol haïtien en contienne aussi et qu’il ne soit pas uniquement noir ! Le Wall Street Journal [6] du 9 mars 2015 a encore révélé que nombre de projets ont été choisis uniquement dans le seul but de plaire aux autorités et qu’en plus celui ou celle qui essaie de s’y opposer est tout simplement viré.

En réalité, depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Martelly est imprégné par les malversations du tailleur Félix Bautista, devenu sénateur et millionnaire. Les esprits sont marqués par les 350 millions de dollars de contrats signés en une nuit avec l’entreprise dominicaine HADOM dirigée par ce dernier. Le président Martelly marche dans la voie tracée par ses prédécesseurs. On ne saurait s’étonner si d’autres centaines de millions provenant des fonds PetroCaribe vont partir en fumée.

Les règles de l’art

Passer au crible l’utilisation des fonds PetroCaribe est important dans la mesure où ils représentent 94% des fonds d’investissement en Haïti [7]. En effet, il importe de placer les fonds PetroCaribe dans le cadre global de l’économie haïtienne et de son évolution depuis 2008 quand ces fonds sont devenus disponibles. Il faut signaler que la gestion macroéconomique s’est particulièrement détériorée au cours de la période 2011-2014 par rapport à ce qu’elle était dans la période 2006-2009. Le déficit fiscal a augmenté d’une moyenne de 2.2% du PIB au cours de la période 2006-2009 à 7.1% et 6.3% du PIB en 2013 et 2014. Les dépenses extravagantes du gouvernement Martelly sont responsables de ces déficits fiscaux qui dépassent les projections qui avaient été faites de 4.2% et 4.1% du PIB pour les deux dernières années.

On pourrait penser que ces déficits fiscaux n’ont rien à voir avec PetroCaribe. Ce serait se tromper car les fonds PetroCaribe prévus pour financer des projets d’investissement à la rentabilité quantifiable, c’est-à-dire aux retombées certaines en termes économiques et financiers, ont servi à financer la mauvaise gestion. C’est le cas avec les 200 millions de dollars tirés des fonds PetroCaribe pour financer l’entreprise d’électricité d’Haïti (EDH) [8] et les fournisseurs privés d’électricité (FPE) [9]. Cette subvention inscrite par le gouvernement Préval dans le budget du Ministère des Travaux Publics a été reconduite et augmentée par le gouvernement Martelly.

(à suivre)

Credit :Leslie Péan

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