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Haiti/Politique: La dilapidation des fonds PetroCaribe par le gouvernement Martelly.- Part 2

Written on:mars 18, 2015
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petEn clair, il s’agit d’une mauvaise allocation des fonds PetroCaribe qui, comme l’explique l’agronome Joël Ducasse, seraient beaucoup mieux utilisés s’ils étaient « réservées aux acquisitions d’équipements industriels et non aux importations de combustibles fossiles » [1]. D’autant plus que les fonds PetroCaribe ont contribué à l’augmentation de la dette d’Haïti. Le ratio de la dette internationale par rapport aux réserves liquides internationales d’Haïti est passé de 48% en 2010 à 93% en 2014 [2]. Une catastrophe !

Nous avons soulevé un coin du voile en novembre 2014 dans une publication en cinq parties intitulée La corruption rose et les fonds PetroCaribe  [3] publiée chez AlterPresse et reprise dans d’autres medias. Sous le gouvernement Martelly, 234 projets ont été exécutés pour un montant de 1 205 962 328 dollars américains au cours de la période allant du 12 mai 2011 au 10 septembre 2014. Au lieu de mettre des garde-fous pour éliminer les magouilles et autres malversations, le gouvernement s’obstine et persévère dans la tromperie et l’escroquerie. Ainsi présente-t-il ses prétendues réalisations en publiant un document de 232 pages incluant graphiques, tableaux et plus de 100 pages de photos, maquettes et autres images dont la moitié concerne des centres sportifs et des terrains de jeu.

Dans le registre théorique de l’examen et de l’évaluation des fonds publics, il n’y a pas de place pour le spectacle destiné à endormir. Les instruments scientifiques pour décortiquer la vérité se nomment des audits indépendants. Dans les règles de l’art connues par les gens ayant la moindre scolarité, cela commence par des audits techniques pour vérifier si le matériel utilisé et la technologie employée dans l’exécution des projets sont conformes aux normes.

Le deuxième aspect tout aussi important concerne les audits financiers. Pour cela, on procède à l’analyse exhaustive de l’ensemble des flux financiers des projets afin d’identifier les lacunes et les pratiques qui ne relèvent pas d’une bonne gestion. C’est aussi le cas pour les autres faiblesses et obstacles éventuels. Il s’agit surtout de déterminer d’une part la réalité des charges et d’autre part les montants dûs, payés et qui restent à être payés.

Enfin, il y a l’audit organisationnel et celui des contrats. Sans ces différents aspects, on ne peut pas déterminer s’il y a exactitude dans les informations présentées d’une part et surtout s’il y a sincérité dans les écritures comptables d’autre part. Il ne s’agit pas de présenter des maquettes et autres images trafiquées. Déjà, il importe de choisir des vérificateurs indépendants à partir d’appel d’offres. Puis, une fois le choix réalisé, le bureau retenu doit présenter un rapport succinct ou des rapports d’étapes faisant état de ses analyses, conclusions, propositions et recommandations. Puis, compte tenu des observations du maître d’ouvrage, un rapport pré-final est établi. Ce n’est qu’après son acceptation qu’un rapport d’audit final est soumis au commanditaire.

Une insulte au bon sens

Le bilan PetroCaribe [4] présenté par le gouvernement Martelly pour la période 2011 à décembre 2014 dans le rapport intitulé La transformation d’Haïti à travers les grands travaux de reconstructions avec les fonds PetroCaribe est une vraie catastrophe. Avec ce rapport , le gouvernement Martelly tente de jeter de la poudre aux yeux des citoyens en montrant qu’il réalise des chantiers à travers le pays. Des projets fumeux sont lancés avec pour unique objectif de permettre aux barons du gouvernement de s’approprier des commissions juteuses. Le bilan de l’utilisation des fonds PetroCaribe est une insulte au bon sens. On est en droit de se demander s’il y a un brin d’intelligence dans les cerveaux qui ont concocté ce document affligeant. C’est un moyen de légitimer la corruption et d’accaparer les fonds publics au profit d’une poignée d’individus. Le pillage de l’État se fait sous d’autres formes. On sait que les tontons macoutes ont clochardisé la politique pour en faire un lieu où pullulent des paresseux. Mais, de grâce, un minimum de décorum.

Six exemples dans les secteurs de la gestion générale, du logement, de l’agriculture, des transports aéroports, du sport, et des projets sociaux vont nous permettre d’illustrer le gaspillage des fonds PetroCaribe. Nous allons donc décortiquer ce fameux rapport avec minutie en laissant de côté le superficiel pour souligner sa parfaite désharmonie. Passons ces six thèmes au filtre de l’analyse critique. Dans la tradition de poser des questions, sans croire être l’unique détenteur de la vérité.

Premièrement, la question n’est pas de faire des projets dans la plus grande opacité, c’est-à-dire sans savoir comment les projets sont choisis, comment les entreprises sont sélectionnées ; comment les prix unitaires sont déterminés ; quels sont les prix au mètre linéaire, au mètre carré, au mètre cube ; comment se fait la supervision des travaux ; quels sont les mécanismes mis en œuvre pour assurer la maintenance des ouvrages réalisés et enfin quels sont les revenus qui seront dégagés pour rembourser les emprunts. Sans des réponses claires et nettes à ces questions fondamentales, la réalisation des projets est un trompe l’œil pour mystifier les populations incrédules et voler les fonds publics.

Les fausses informations et les incohérences

Deuxièmement, les constructions de logement. À la page 27 du rapport intitulé La transformation d’Haïti … avec les fonds PetroCaribe , il est mentionné l’exécution d’un projet de construction de 1 500 logements au Morne-à-Cabris au coût total de 49 millions de dollars dont la moitié a été déjà décaissée. La compagnie Thor Construction du Minnesota qui a exécuté le projet avec beaucoup de retard a été bannie le 3 février 2015 par la USAID pour mauvaise performance dans le cadre de la construction de 1 500 logements à Caracol dans le Nord-Ouest [5]. Les matériaux utilisés sont de mauvaise qualité, le drainage n’est pas calibré et l’environnement n’est pas sécurisé. Le climat de scandale entourant le projet de la compagnie Thor Construction à Caracol existe aussi pour le projet du village Lumane Casimir au Morne-à-Cabris construit par la même firme.

En effet, depuis deux ans, un litige oppose cette firme au gouvernement. Quelque chose est pourrie dans la gestion des fonds PetroCaribe en ce qui concerne les logements sociaux construits dans le mystère le plus complet dans une zone désertique [6]. Les travaux ont été arrêtés depuis deux ans et les maisons ont été vandalisées. Les maisons ne sont pas achevées. Elles n’ont pas de toilettes, d’eau et d’électricité. Selon une enquête menée par Radio Canada, « Le complexe de Morne-à-Cabris ressemble davantage à une ville fantôme. Les deux tiers des logements sont inoccupés. Rares sont les familles qui ont les moyens de payer le loyer [7]. » Enfin dans un pays où près de 80% de la population vit avec moins de 2 dollars par jour, même si les deux membres d’un couple travaillent, il leur est impossible de payer le coût des loyers de ces nouvelles maisons qui varient entre 39 US$ et 233 US$ par mois. Sans la moindre planification, $49 millions de dollars US ont été ainsi gaspillés .

Sans faire des analyses rigoureuses avec des chiffres irréfutables, le gouvernement Martelly s’est lancé dans des projets d’infrastructure. Le gouvernement Martelly ne se demande pas ce qui est la cause et ce qui est l’effet entre les infrastructures et la croissance/développement. Si on fait des routes et qu’il n’y a pas de production à écouler, les routes ne produiront pas de la croissance. Il importe donc de mettre autant sinon plus d’argent dans la production agricole que dans les routes et autres transports pour acheminer les personnes, les biens et services.

Selon le sénateur Steven Benoit, « Martelly a violé les articles 200 et 236 de la Constitution en nommant, en dehors des prescrits de la loi, sa femme et son fils de 23 ans coordonnateur et gestionnaire de programmes sociaux et sportifs auxquels sont alloués des millions de dollars de fonds public. Depuis plusieurs mois, des contrats sont octroyés à des compagnies ayant des accointances avec la famille du président Martelly. Des rumeurs de dessous de table ont enflé [8]. »

Crédit: Leslie Péan*

* Économiste, écrivain

[1] Joël Ducasse, « PetroCaribe, un pactole à mériter, deuxième partie », Le Nouvelliste, 2 août 2013.

[2] IMF, Haïti, ex-post assessment of longer-term program engagement, IMF Country Report No. 15/4, January 2015, p. 18.

[3] Leslie Péan, « La corruption rose et les fonds PetroCaribe », AlterPresse, 15, 16, 17, 18, et 19 novembre 2014.

[4] La transformation d’Haïti à travers les grands travaux de reconstructions avec les fonds PetroCaribe, Décembre 2014, (texte rendu publique en février 2015).

[5] « USAID Contractor Suspended as Investigation into Faulty Houses in Haiti Continues », Center for Economic and Policy Research (CEPR), 05 March 2015.

[6] « Haïti-Reconstruction : Le mystère des logements de Morne à Cabris », AlterPresse, 11 juillet 2012.

[7] Emmanuelle Latraverse, « Reconstruction en Haïti : des maisons toutes neuves à l’abandon », Radio Canada, 9 janvier 2015,http://ici.radio-canada.ca/nouvelle…, 2015

[8] « Benoit flambe Martelly », Radio Télévision Caraïbes (RTVC), 21/9/2013 ?

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