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Haïti/Politique: La »candidatite », un mal qui répand la terreur.

Written on:avril 7, 2015
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« Un mal qui répand la terreur… Ils n’en mourraient pas tous, mais en étaient tous frappés… »

La “candidatite” déferle sur Haïti. A chaque rencontre fortuite, à chaque coup de téléphone, on craint que le vis-à-vis ou l’interlocuteur ne se présente comme un candidat de plus. Les estimations les plus conservatrices laissent déjà entrevoir pas moins d’une soixantaine de candidats à la présidence. L’affaire frise le ridicule et porte à l’hilarité la plus débridée. Mais, au lieu d’en rire ne faudrait-il pas plutôt en pleurer ?

Il faut admettre que ce triste phénomène n’est tout de même pas nouveau en Haïti. Ne dit-on pas qu’en chaque haïtien sommeille un candidat ? On a donc expérimenté cette tendance en différentes occasions. Sauf que pour les élections de 2015 on semble bien parti pour battre tous les records. Car, en plus de la soixantaine de candidats dont on parle déjà dans tous les milieux il se dit que de nombreux autres “messies” se préparent à “appareiller”. Il y en a en diaspora qui seraient déjà prêts à “débarquer”. Ils seraient tous porteurs de “changement”, un maitre-mot allègrement galvaudé à chaque saison électorale.

La “victoire” de Martelly aux élections constitue sans nul doute l’un des facteurs à l’origine de la “candidatite” actuelle. Comme il est venu de nulle part et qu’il n’y avait sur sa carte de visite que la musique compas et la grivoiserie, tout le monde s’imagine qu’accéder au pouvoir en Haïti n’est plus qu’une question d’audace et de chance. On tente donc sa chance. Et, si d’aventure les choses tournent en ma faveur, je serai peut-être, comme ce fut le cas pour lui, l’heureux élu des “blancs, se dit chacun secrètement. On entend souvent dire que si Sweet Micky a pu accéder à la première magistrature de l’Etat, n’importe qui peut désormais en faire autant. Alors, tout le monde se lance dans la bataille. Pas nécessaire d’avoir longtemps milité dans un parti politique. Pas question aussi d’avoir une quelconque expérience dans la gestion de la chose publique. On y va, comme à la foire ou à l’aventure. Haïti n’étant pas un pays comme les autres, pas nécessaire qu’il soit dirigé par des gens qualifiés et compétents. D’ailleurs, le “blanc” y pourvoira. Les experts seront éternellement présents pour encadrer, conseiller, orienter, financer et donc… diriger.

Croire que n’importe qui peut désormais diriger Haïti parce que Martelly a pu accéder à la présidence constitue une erreur monumentale qui traduit malheureusement un manque flagrant de compréhension des circonstances de la « victoire » de ce dernier en 2011.

Il y est parvenu en raison de la faillite des partis et des politiciens traditionnels. Tout le monde le sait. La classe politique n’inspirait plus confiance. La majorité de l’électorat avait fait abstention après la « comédie électorale » du 28 novembre 2010. La candidate Mirlande Manigat qui pouvait représenter une alternative avait très mal géré la perception du public de ses rapports avec Préval.

Sur un autre plan, Martelly a représenté une alternative :

- à Jude Célestin en qui le « blanc » et la majorité des électeurs voyaient la continuité de Préval ;

- à Mme Mirlande Manigat dont le “blanc” et ses alliés haïtiens et dominicains craignaient le nationalisme tel qu’incarné par son mari feu le professeur Leslie F. Manigat ;

- à Jean Henry Céant en qui les mêmes voyaient l’hypothétique retour de Lavalas-Aristide au pouvoir.

Le choix de Martelly par la communauté internationale et par les Etats-Unis en particulier, s’explique aussi par le fait qu’ils ne se sentaient pas encore prêts, en 2010-2011 à remettre le “pouvoir” à des nationaux et qu’en aucune façon ils n’auraient accepté qu’un leader émerge et s’installe en prenant en main la destinée de la nation.

Cette réalité semble différente aujourd’hui s’il faut tenir compte d’un ensemble de facteurs dont les suivants :

1) Le bilan questionnable de la MINUSTAH en matière de stabilisation avec le non renouvellement du parlement et des collectivités territoriales dans le délai requis. Il faut aussi les déboires enregistrés dans la consolidation du CSPJ, dans la réforme de la justice et de la police et dans la mise en place du Conseil électoral provisoire.

2) Les problèmes récurrents de financement de la mission internationale dont des pays-contributeurs se montrent moins généreux et rechignent à débourser à chaque période de renouvellement de mandat. Ceci explique les réductions successives de la taille de la mission et l’annonce que sa composante militaire ne pourra sécuriser que 6 sur 10 départements géographiques lors des prochaines élections.

3) L’échec de l’aide à la reconstruction après les 4 tempêtes tropicales de 2008 et le séisme dévastateur du 12 janvier 2010. La CIRH de Bill Clinton et Jean Max Bellerive devra un jour ou l’autre rendre compte de sa gestion. Ainsi que René Préval, Michel Martelly, Gary Conille et Laurent Lamothe. La question fait encore débat dans les cercles internationaux et pourrait même surgir dans la prochaine campagne présidentielle américaine si Hillary Clinton obtient l’investiture démocrate.

4) L’initiative par l’OEA de la formation d’une nouvelle force publique à caractère militaire en Haïti dont atteste le récent Livre blanc de la sécurité et de la défense nationales élaboré par le Ministère de la défense avec le soutien de la Junte Interaméricaine de Défense.

Ces faits et beaucoup d’autres portent à considérer la perspective d’un retrait obligé et progressif du “blanc” et de la fin prochaine de la tutelle directe. On est fatigué d’Haïti, dit-on dans certains cercles internationaux. Des appels récents du PNUD pour la constitution d’un fond destiné à empêcher la famine dans le Nord-Ouest sont restés sans écho significatif.

Haïti doit donc se prendre en main. Tôt ou tard. Dans ces conditions, on doit s’attendre à ce que le pouvoir ne sera pas facilement “confié” à des amateurs. Encore moins à des aventuriers. Ce n’est plus le temps des “vakabon” et des “bandits légaux” sans capacité aucune. Que l’on ne s’y méprenne pas : la tutelle qui ne cessera pas d’exister avant les élections, tentera d’agir en ce sens. En faveur certes de nouveaux serviteurs. Mais plus aptes à assurer la « gouvernance qui sera définie ». Les événements qui vont se produire permettront sans doute de développer ultérieurement cet aspect de la présente analyse.

Quoiqu’il en soit, il importe de constater la faillite de l’opposition dite démocratique et de celle dite de gauche. en cette année du centenaire du 1er débarquement des « Marines US » à s’unir autour d’un projet et à choisir, par voie de conséquence, des candidats unitaires. C’est à croire que les dirigeants politiques concernés ne sont pas à la hauteur des défis actuels et sont loin de pouvoir bien apprécier la complexité de la situation. Ils ne sont certes pas intéressés au devenir du pays. Au bout du compte, chacun ne s’intéresse qu’à ses propres lubies. Cela facilitera encore une fois le jeu du “blanc”. Il pourra aisément nous imposer ses “candidats”. Car, cette opposition ne pourra pas offrir l’alternative d’un programme viable soutenu par des candidats populaires et progressistes. On peut même se hasarder à se demander si, en déclarant leur candidature, certains ne sont pas à la solde du “blanc”. Car, il faut qu’il y ait un nombre impressionnant de candidats pour que ce soit un véritable “carnaval” dans lequel les électeurs, en raison de la vaste confusion qui en découlera, se fourvoieront et seront de nouveau aisément manipulés et bernés.

Il est tout de même encore temps pour les plus raisonnables d’entre eux de se ressaisir. Des primaires s’imposent au niveau de tout le secteur dit démocratique autour d’un projet et de candidats unitaires !

Crédit:Marvel Dandin

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