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Haïti/Politique : « Trois prélats, 3 coups, une coupe ! »

Written on:janvier 7, 2013
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Dieudonne Saincy

Église, dis seulement une parole! Cela a pris du temps, mais c’est finalement arrivée. Ce n’est pas une main politique, mais une voix morale. Cette morale qui, il y a belle lurette, manquait un peu à tous les secteurs de la vie nationale. On la sentait venir cette parole parlée. Depuis la note de la conférence épiscopale sur la situation du pays, nous assistons à un grand réveil de la mission de l’ Église: dénoncer le côté obscur de la gouvernance. Quelle qu’elle soit. Comme au temps d’Israël: « Le pays ne peut supporter toutes ses paroles » (Amos 7v10). Et quand des représentants de Dieu sur terre s’expriment, on peut y voir soit la coupe de délivrance, soit la coupe de la colère. Dans les deux cas, coupe quand même. Mais ce qui est certain, les dernières positions de l’ Église catholique,-ses trois coups entre fin et début d’année-, témoignent l’existence d’une coupe.

Premier coup. Nous sommes le 30 novembre 2012, une semaine après la visite du chef de l’ État, Michel Martelly au Saint-Siège, la Conférence épiscopale d’Haïti via son président Mgr Chibly Langlois, a dit son mot sur les maux haïtiens : la pauvreté est grandissante, la cherté de la vie ne connaît pas de répit, l’insécurité alimentaire sociale, politique, psychologique et physique gangrène d’une manière ou d’une autre toutes les couches de la population. « Cet état de choses résulte de la mauvaise gouvernance dans laquelle le pays s’est embourbé ». Véritable coup de

massue pour l’équipe Martelly-Lamothe. L’audience accordée par le Pape Benoit XVI n’aura pas suffit. Le chef de l’ État l’avait probablement pris pour une bénédiction-validation de sa gestion du pouvoir. Il fallait voir toute la mauvaise propagande autour de cette visite. Une première qui n’en était pas une.

Deuxième coup. Nous sommes le 1er janvier 2013, à Port-au-Prince, Mgr Guire Poulard sort de sa réserve et dénonce la corruption et le gaspillage des ressources publiques. « Indigné par la gouvernance actuelle du pays, l’Archevêque de Port-au-Prince, a demandé à la population si elle entend continuer à accepter passivement un tel état de fait ». On pourrait l’interpréter de l’autre bord comme un appel à la sédition. Déjà entendu dans le milieu politique, ce cri de réveil de l’homme de Dieu n’est pas une exclusivité, mais toute la différence du message est dans le messager. C’est une autorité morale « apolitique » qui interpelle les consciences citoyennes. Qu’allons-nous faire face aux débandades du pouvoir actuel nous questionne l’archevêque.

Troisième coup. Le même jour de l’Indépendance aux Gonaïves (Artibonite/ Nord), Mgr Péan s’est exprimé en présence du chef de l’État Joseph Michel Martelly, de sa femme, du premier ministre Laurent Lamothe et des membres du gouvernement, à la cathédrale Saint Charles:

« La bonne gouvernance et l’établissement d’un climat de dialogue », sont les conditions premières du démarrage du pays. La rupture avec l’irrespect, l’égoïsme et les vanités du passé, en vue de grandir en générosité pour « une nouvelle Haïti, exhorte l’évêque. La continuité de l’ État est nécessaire a insisté le prélat. Le rappel de Mgr Péan aux autorités : « Le problème haïtien est un problème d’hommes …, beaucoup de jalons ont été posés, un effort de la part des instances de l’état …, nous devons continuer le travail qui a été entamé comme l’élargissement et le curage de nos rivières, et ne pas détruire ce qui a été fait …, Ne renonçons pas à poursuivre l’œuvre entamée … ». Le religieux de la cité de l’indépendance sait de quoi il parle. La population aussi. Visiblement cela n’avait pas l’air de plaire aux invités. Les images parlaient par elles-mêmes. En fait, l’ Église à travers son message a tout dit et n’en dira pas plus. C’est aux politiques d’expliciter ce que veut dire: faiblesse de la gouvernance…Le discours réaliste de l’ Église marque un malaise entre le président et l’institution vieille de 2000 ans. La barque ecclésiastique, semble t-il, ne veut pas être au milieu, car elle risquerait de se faire balayer par les vents extrêmes. Des vents contraires. Presque pleine, la coupe de la colère est déjà dans la rue, il manque probablement celle de la délivrance.

D’où viendra le secours???

Shalom

Crédit : Dieudonne Saincy/CANAL+HAÏTI @Copyright All Rights Reserved, Tous droits réservés Janvier 2013

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