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Haiti/Politique: Un pouvoir en déliquescence peut-il accoucher de quelque chose de propre ?

Written on:mars 5, 2014
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Leslie Péan

Leslie Péan

Un pouvoir en déliquescence peut-il accoucher de quelque chose de propre ? (Première de deux parties),
Même le mal, ils le font mal ! Aucun éclair d’espérance ! Tel est le verdict sur toutes les lignes ouvertes qui s’expriment sur la débauche du carnaval de Jacmel. Un gaspillage dans la capitale du Sud-Est, une ville qui n’a ni électricité, ni eau potable, ni hôpital, ni centre de formation pour les jeunes. Le gouvernement agit comme si ces choses sont inutiles. Il a préféré investir dans le carnaval. Mais même en essayant de tirer profit du mal, ils l’ont fait mal. Une vraie catastrophe. Un échec total malgré les apparences. Le fiasco du carnaval a mis à nu les aspects négatifs des initiatives de ce gouvernement. L’interdiction de « Chochonèt » de Brothers Posee, de RAM et d’autres groupes qui ont irrité le gouvernement Martelly n’a pas pu travestir les faits. Le sentiment de la déception définitive pèse dans tous les cœurs et esprits de nos citoyens qui pensaient qu’un miracle était possible. La cassure est au cœur de ce qui reste d’Haïti. Quand ceux qui gouvernent avec une pensée « sans objet » ne veulent que d’un pouvoir absolu, ils ne peuvent se dépasser. N’ayant d’autres horizons que la jouissance et l’argent facile, ils sont condamnés à vouloir continuer le duvaliérisme jeanclaudiste rétrograde.

Ils ne connaissent que cette possibilité, cette attitude, démontrée aux Gonaïves le 1er janvier 2014 quand le président Martelly afficha sa connivence avec les tortionnaires Jean-Claude Duvalier et Prosper Avril. L’égarement de la société haïtienne se perpétue avec angoisse dans cette période de « dialogue » chanpwèl de carnaval, que l’on voudrait faire entre des esclaves et des maitres. Impossible ! Surtout si ne sommeille pas dans les mémoires des démocrates que le pays est sous occupation étrangère ! Cette catastrophe multiple dans laquelle Haïti est enlisée la maintient dans un désastreux bourbier. Là est le vrai marasme déstabilisateur supportant un mal, en espérant qu’au final en sorte un bien.

Comment aborder les problèmes capitaux de la gouvernance haïtienne avec 59 partis dont plus d’une cinquantaine n’ont même pas dix membres et n’ont été enregistrés, selon toute vraisemblance, que quelques jours avant cette rencontre de « dialogue » chanpwèl ? Comment expliquer que des authentiques partis aient fait silence sur cette forfaiture de départ ne permettant non pas de distinguer entre les grands et les petits partis, mais bien entre les vrais et les faux partis ? Ce faux dialogue qui en fait un jeu de poker menteur ne prouve-t-il pas qu’aucun de ces partis n’était vraiment sérieux ? Comment comprendre que le Cardinal Langlois soit resté fermé, au bord de l’autisme, devant la présence de tels participants dont l’un d’entre eux, le président Martelly, est pointé du doigt dans deux cas très graves et très médiatisés, celui du juge Jean Serge Joseph et celui d’Evinx Daniel ? Mais c’est vrai qu’on est en Haïti où les accusations les plus fondées font l’actualité pendant trois semaines ou sombrent dans l’oubli à la première mise en scène opérée pour détourner l’attention.

Les marchands d’illusions espéraient au moins entendre le Président de la République proférer un franc regret pour les élections qui n’ont pas eu lieu en 2011, 2012 et 2013 ou encore une autocritique pour ses nominations d’agents exécutifs intérimaires. Mais il n’en fit rien. Tout a fait le contraire. Il a fallu attendre une heure d’horloge pour commencer le premier dialogue car le Président Martelly avait exigé que l’on retire le mot crise du document initial. Concession qui lui a été faite. Difficile d’accepter l’aspect contradictoire des mots et des choses quand on n’a pas fait des classes préparatoires à la gestion de la chose publique ! Quand on n’a jamais eu l’habitude d’interroger la réalité haïtienne en profondeur.

En admettant que le Cardinal Langlois ait été trompé avec l’apparition au cours de la deuxième partie du « dialogue » chanpwèl de nouveaux partis politiques, les drames et atrocités observés au cours de la première partie n’ont rien perdu de leur intensité. Au contraire. Les 49 partis politiques bidon qui constituaient en grande majorité les mailles du filet tendu par le gouvernement Martelly sont devenus 53 partis politiques. Le Ministère de la Justice a refusé de donner la liste des partis politiques reconnus, afin de bloquer toute remise en question de ces particules politiques. Mais comble de l’ironie, c’est le 14 février 2014, soit le jour marquant la fin du « dialogue » chanpwèl, que Jean Renel Sanon, ministre de la Justice, envoie une lettre aux partis politiques leur demandant « d’apporter la preuve qu’ils continuent bien d’exister et qu’ils ont bien l’intention de participer à la vie politique du pays, en indiquant dans un courrier signé de leurs dirigeants actuels : leur adresse, la composition de leur direction actuelle avec les coordonnées de leurs dirigeants. »

Un gigantesque suicide avec ou sans kamikaze

Les partis politiques ont soixante (60) jours pour répondre à cette correspondance. Que peut-on élucider avec de telles pratiques qui épaississent le mystère de partis politiques qui n’ont même pas une devanture ? Le Ministre répond qu’en cas de récidive, et ce n’est pas rien, « Passé ce délai, les partis qui ne se manifestent pas verront leur reconnaissance légale supprimée et leur nom rayé des registres du Ministère. » Il faut vraiment admirer l’intelligence qui a produit cette merveille du genre ! Le spectacle du paradis que voulait donner le président Martelly s’est révélé l’enfer. Il a écrit son « dialogue » chanpwèl comme il joue de la musique. Avec beaucoup d’improvisation et de spontanéité. Le drame fondamental de cette approche du « dialogue » chanpwèl est de penser que les individus ou les groupes sont autonomes par rapport à leur environnement matériel. Les quelques exceptions qui permettent un niveau d’autocontrôle et de maitrise de soi sont les personnalités insérées dans des situations historiques et sociales qui ne dépendent pas de l’État marron.

On a plutôt été abasourdi par le ballon d’essai d’amendement de la Constitution lancé pour donner au Président le droit à deux mandats consécutifs. Aucune convivialité n’est annoncée entre les Haïtiens. Au contraire, les bases sont jetées pour que la société se consume davantage dans un gigantesque suicide avec ou sans kamikaze. L’écriture du désespoir absolu est faite avec stridence. Dans un anéantissement que la communauté internationale croit pouvoir faire avaler au peuple haïtien en promenant les cendres de sa monstruosité à travers le monde pour tenter de lui donner des airs de respectabilité. À ce carrefour, le sacrifice personnel est de mauvais augure. Il importe de garder tous les liens avec Haïti. Sans aigreur. Rester dans son coin avec simplicité. Dans une société exhibant une recherche exclusive d’expédients, il ne s’agit pas d’occulter la réalité. Terre de magie et d’animosité. Il n’y a pas de remèdes aux tourments de la médiocrité et de la nullité.

L’échec actuel n’est pas uniquement celui des Haïtiens. Il est aussi et surtout celui de la communauté internationale qui contrôle Haïti depuis l’embargo de 1991 et l’occupation de 1994. Après le séisme du 12 janvier 2010, des acteurs de cette communauté internationale ont dit en clair que « la reconstruction du pays ne doit pas être confiée à la classe politique qui n’en a pas la compétence technique (1). » Pour ces gens, l’activité consistant à aider Haïti est devenue une sorte de roulette russe. Autrement dit, la consigne est de « ne pas confier à la classe politique les dons de la communauté internationale. Un demi-siècle de dictatures l’a trop fortement déconsidérée, mais, cependant, on ne peut pas la priver de gérer les fonds des deniers publics provenant des impôts (2)… » Le problème avec cette approche est que la communauté internationale refuse toute responsabilité dans la faillite d’Haïti. Or justement, c’est là que le bât blesse. Le moindre bon sens indique que les élites haïtiennes mais aussi la communauté internationale est responsable du gâchis qui ne peut qu’aller en s’amplifiant. Surtout quand elle s’amuse avec le gouvernement Martelly à vouloir faire accepter des vessies pour des lanternes.

Les assassins ont encore frappé

La main du diable s’est posée sur Haïti. Elle fend les foules et laboure le pays profond. Des individus encagoulés armés jusqu’aux dents attaquent la prison où sont incarcérés Clifford Brandt et Sheldon Sanon. Daniel Dorsinvil, coordonnateur de la Plateforme des Organisations Haïtiennes de Droits Humains (POHDH), et son épouse, Girldy Larêche, sont assassinés le 8 février 2014 à la Capitale. Les impénitents réactionnaires qui veulent réinstaurer les pratiques sociales des tontons macoutes ont encore frappé en enlevant la vie à ces deux compatriotes qui luttaient pour le respect des droits humains. Ceux et celles qui ont un cœur ne peuvent que lancer un cri d’horreur devant ces meurtres à la chaine. Rien ne semble pouvoir freiner des assassins dans leur dérive. La disparition d’Evinx Daniel depuis le 5 janvier 2014 est un autre signe de leur détermination et des connivences qu’ils ont dans les hautes sphères politiques et internationales.

Selon les commentaires diffusés dans la presse ou écoutés dans les lignes ouvertes, les commanditaires de cet assassinat macabre seraient logés au palais national. Selon eux, l’ordre de tuer Evinx Daniel aurait été donné par le chef lui-même à Rodolphe Ethéart dit Gwo Sonson Lafamilia, petit-fils du tonton macoute Eloïs Maitre, et à Michaël Saint Rémy, dit Kiko, beau-frère du Président de la République (3). Les personnes concernées reprocheraient à Evinx Daniel d’avoir parlé au FBI et à la DEA des activités des trafiquants de drogue. Des manifestations ont eu lieu aux Cayes le 5 février 2014 pour demander la vérité sur sa disparition. Les rivalités entre trafiquants de drogue sont devenues des complémentarités. Qui s’imbriquent les unes aux autres comme les pièces d’un inquiétant puzzle.

Ce mort de trop illustre ce que nous disions dans deux articles démontrant qu’Haïti est devenue « un paradis pour les assassins » (4). Le pouvoir Martelly est passé à une vitesse supérieure lorsque, « le mardi 2 juillet 2013, le juge a fait injonction à la présidence d’autoriser la comparution, à titre de témoins, du premier ministre Lamothe et d’autres membres du gouvernement, dans le cadre du traitement de la plainte déposée contre l’épouse (Sophia Saint-Rémy) et l’un des fils (Olivier Martelly) du président pour corruption et usurpation de fonction (5). » La décision d’assassiner le juge a été prise par un pouvoir braqué contre lui parce qu’il a refusé de laisser tomber le dossier de corruption de la famille présidentielle. Cela a compliqué la tâche des lobbyistes de Washington, mais ils sont finalement parvenus à tromper la vigilance du président Obama qui a finalement invité à la Maison Blanche un président étranger sur qui pèsent de graves soupçons. Le marketing politique organisé à l’excès croit pouvoir travestir la vérité sur les graves délits reprochés aux dirigeants actuels du pays.

Il n’y a donc rien de bon dans un pouvoir en déliquescence. Pas de désirs sains, mais seulement des habitudes de grossièreté et de vulgarité et un gout marqué pour la perdition. À bien regarder, c’est la continuité de l’espèce, qui est mise en danger dans l’Haïtien par cette engeance de nouveaux tonton-macoutes. Inconsciemment mais aussi de manière délibérée. Le nou fè sa nou pi pito est la formule imaginaire qui cristallise les rêves et les actions des nouveaux détenteurs du pouvoir. Incapables de se hisser au niveau de la théorie, ils foncent dans le mal. Dans la destruction. Et c’est pourquoi ils ne peuvent même pas aimer. Car justement l’amour du pays, de la vie, de l’autre, exige de la sublimation. Une grandeur d’âme qu’on ne saurait chercher dans un milieu « gangrené ».

Le cœur n’est pas à la fête. Le gouvernement ne séduit plus personne. Son invention des carnavals organisés pour batifoler et faire oublier un présent de lamentables déceptions est un échec. La protestation gronde. Témoins les manifestations de rue et les déclarations tragiques véhiculées par les lignes ouvertes. (à suivre)

Crédit: Leslie Péan

(1) François Blancpain, « Ce que l’histoire d’Haïti nous enseigne », Le Monde, Paris, 22 janvier 2010.

(2) Ibid.

(3) Nènè Wiseman, « La disparition d’Evinx Daniel serait liée à Martelly, Haïti-Observateur, 12-19 février 2014.
(4) Leslie Péan, « Un paradis pour les assassins », Alterpresse, 6 et 8 février 2014.

(5) « Haïti-Justice : A qui profite la mort du juge Jean Serge Joseph ? Le juge enquêtait sur la famille de Martelly », Alterpresse, 15 juillet 2013.

Crédit: Leslie Péan

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