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Haïti/Québec/Diasporama: Maux et mots-5… Frère Troubadour !

Written on:février 10, 2013
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Madeleine Bégon-Fawcett

Madeleine Bégon-Fawcett

Ta voix murmurait, sifflait, criait, rageait aux quatre vents

NOTRE peine, notre colère, notre impuissance

face à l’envahisseur, le pilleur, le violeur

face à son arrogance et à la servilité de nos frères apatrides, fratricides, patripoches qui, en mal de pouvoir liquident la terre léguée par les ancêtres au prix de leur sang

 

Ils nous ont tout pris pour 2 sous

et ce n’était pas fini,

après prospections et vérifications, envahissement en douce :

la TÉLÉCO, les ports, les rivages sont pillés, livrés aux chacals.

Aujourd’hui, nos sols sont assoiffés, vidés de toute substance vivante

nos sous-sols bradés lors des rencontres au sommet sous notre drapeau traîné dans la boue

Le rhodium, l’or, le pétrole, le cuivre

se négocient à l’aune de notre misère commercialisée

notre terre avilie devenue seul produit à exporter.

 

…et faudrait dire merci à genoux

Ta mélopée sillonnait nos soirs de mélancolie

où le mal du pays nous tenaillait les tripes

où  nos sens endoloris cherchaient en vain

les sons et les bruits de notre enfance.

Nous n’avons plus les senteurs et la moiteur des nuits tropicales de nos provinces chéries.

Si on ose une plainte, ils menacent de nous couper les vivres dont nous n’avons eu en fait que quelques pelures.

 

…Toujours faudrait dire merci à genoux…

Ces genoux qui ne nous portent plus

encore aujourd’hui, il nous faut dire merci à genoux

ak baboukèt nan dyòl nou.

Rat manje kann, zandolit mouri inosan

nou pa manje pwa men fòk nou pouse pou bay lapire

tonton blan fè nou lesplikasyon sou lajan ki separe

nan mitan mafia gouvèlman ki bay grennbak

ak gouvèlman ayisyen ki sanble goche nan men dwat…

 

…Miami ou Paris…

Les notes tristes et pleines d`espoir de ta guitare

faisaient rêver à de meilleurs lendemains

sur cette partie d`île enfouie sous les dictatures-caméléons

qui changent de face mais pas de mode d’opération.

Notre terre est noyée sous l’appât du gain.

Ta guitare en bandoulière

égrenait les notes douloureuses de notre exil forcé,

tes doigts vibrant sur les cordes portaient les plaintes

de nos frères sevrés de la mamelle nourricière asséchée

peze-souse, lidè lopozisyon, politisyen pwofesyonèl, lidè vap-men-ni

palefatra ak bèl eslogan tounen metye pou avadra ak rat do kale

ki ap negosye plas you bòt tab la…

 

Peu importe le pays…peu importe le régime, la philosophie,

Gros bleu ou rose bonbon, se menm penpenp lan

Foli grandè, foli pouvwa,

Aksyonè fanm kou gason ap chanje kazak anvan ak apre eleksyon

kale tèt, tèt kale, senkant santim ak de gouden

zewo kat, karant, yo chak gen yon fich bòlèt nan dèyè pòch yo

ap tann ki lè boul pa yo ap tonbe, ki lè non yo ap sòti sou lis mafia

chèk san travay sou do peyi dayiti ki sou la graba…

ainsi font, font, font les petites marionnettes

elles font, font, font…leur p’tit tour et puis changent de place

vire isit, pase m lòt bò

plus ça change plus c’est pareil

ou finn tete, yo rekonpase w, bay lòt zanmi an fè kou pa l nan manmèl bèf la

et la roue tourne…et la table tourne…et le peuple vit des miettes…

vire isit, pase m lòt bò, retounen nan menm plas la.

 

…Un jour ils vont rentrer…

Plus de vingt-cinq ans… et toujours en file

retenant notre souffle, ravalant notre hargne

et les humiliations de la terre glacée,

nous attendons, la tête pleine de rêves

ce moment béni entre tous

de piler à nouveau notre sol, héritage de Vertières!

Mais voilà, retour au pays, retour à la case départ

quand certains reviennent au pays, ils sont encore plus corrompus

Ils reviennent des quatre coins du monde mettre leur nom

sur la liste de paye sans pudeur

à plat ventre, rampant de toute leur âme vendue au plus offrant

ils se perdent dans le vacarme des intérêts coquins

et prennent le peuple en otage de leur démagogie

 

L’abcès n’a toujours pas crevé

Nous avions lâché la proie pour l’ombre

poul la kouvé kana,  medsin jalap pase lan nen nou

nou pran kaka poul pou ze, nou pèdi pou revè

solda ayè tounen pwopagandis jodi…

yo ap tann ki lè dyòl yo pral kole nan manmèl bèf la tèt kale!

 

Où es-tu frère, guitare en bandoulière…

parcourant les terres, annonçant la délivrance

revendiquant la liberté bafouée

L`abcès a- t- il crevé?

La terre-mère s’est fâchée, elle a tremblé,

elle nous a engloutis

et l’odeur de la charogne nous envahit

O…mon frère à la guitare en bandoulière

L`abcès va- t- il enfin crever?

 

Ils nous ont eus

Ils ont tout eu…nos rires, nos joies,

nos promenades sur les plages, nos soirées en amoureux sous les arbres de Domaine idéal…

nos contes, nos rondes à la belle étoile.

Ils ont pris nos hommes, nos femmes

et nos enfants qui font la joie de leurs nuits de bacchanales

ils ont eu…jusqu’à nos souvenirs…

ils ont tout pris…même notre enfance

Frère, un jour, nous reviendrons

participer  au grand koumbit, libérés

non du colon blanc au sourire insolent

mais de nos propres peurs, de nos propres frères.

Nous reviendrons recoller les pans de nos rêves brisés,

nous reviendrons soigner nos blessures,

nous reviendrons parler de fraternité, de liberté, d’amitié

et prendre soin de notre mère blessée

san magouy ni kou nan do.

Ensemble, nous viendrons crever l’abcès…

 

 

 

 

 

 

Crédit : Madeleine Bégon/CANAL+HAÏTI

Email (courriel): canalplushaiti@yahoo.fr

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