Google

Haïti/Québec/Diasporama: Maux et mots-7…Dis-moi, toi, fille de ma terre, Enfants – soldats.

Written on:mars 4, 2013
Comments
Add One
Madeleine Bégon-Fawcett

Madeleine Bégon-Fawcett

Fille de ma terre,

Sept bougies au gâteau de ta vie sans vie

que se partagent les croque-morts

mais auquel tu ne goûteras jamais

sombre festin de ta chair auquel tu n’es pas invité.

 

Sept coups à l’horloge de ta vie

dont le système s’est déréglé.

 

Sept fois le vent a soufflé sur la chandelle de ta vie

qui déjà vacille dangereusement

enfant sans enfance, où est ta poupée?

 

Où sont les berceuses de ma rue de province?

Il fait trop froid sous ma chaleur tropicale, trop froid dans ton cœur

fille de sept ans, dis-moi,

quand retrouveras-tu sous ces haillons ton corps d’enfant

offrant sur les trottoirs enténébrés, ta sueur, ton premier cri.

 

Qu’avons-nous fait de ton innocence, de ton enfance livrée en pâture

aux dépravés en costume-cravate, en habits d’église.

Les fauves déguisés en brebis

se sont repus à tes veines, sans défense, les bras en croix

tu jettes tes soupirs à qui mieux-mieux.

 

Dis-moi, nuit de tous les dangers

toi qui caches péchés, vilenies et crimes

toi la complice du silence assassin,

Qu’as-tu fait de l’enfance des enfants de mon pays?

 

 

Enfants – soldats,

guerriers innocents…

Dis- moi, petit garçon

où est passé ton manuel d`arithmétique,

dont tu connaissais si bien les secrets?

Quid des robinets qui coulaient …s’égouttaient au fil du temps

et des tissus écrus et des verres cassés pendant le transport

au risques et périls de la revendeuse,

responsabilité niée par le négociant…

 

À quoi est égal le gain annuel inexistant de tes parents

qui ont accepté de vendre à crédit tes frêles bras

après en avoir soustrait les dépenses quotidiennes incontournables?

 

Combien de gouttes de ton sang

rempliront le danmijann des dépravés qui ont souillé ton âme

et figé ton sourire?

La sueur qui perle ton visage d’enfant

quémandant un sous pour survivre déchire mes entrailles de mère…

 

Dis – moi, pauvre garçon, la noirceur de la nuit-complice

ne te fait-elle plus peur comme au temps de ton enfance massacrée

sous le manguier marassa gardien de ton nombril

tu ne réponds plus aux Tim – tim bwa sèch à la nuit tombée

 

Dis-moi, petit frère au corps écartelé, démembré

sans épaules où t’épancher

sais-tu au moins pourquoi tu es la chair des loups

la proie des oiseaux de nuit, des chacals,

des rapaces en mal de fraicheur…

 

Sauras-tu jamais qui t’a jeté sur ces trottoirs

où se perdent tes jours et te nuits douloureuses,

où ton jeune corps avili gît et pleure

tes heures troublées, ton sommeil perdu.

 

Cannibales, sanguinaires

Seigneurs de guerre, vos comptes bancaires en Suisse

ne sont-ils pas encore assez bien garnis?

 

 

Crédit : Madeleine Bégon/CANAL+HAÏTI

Email (courriel): canalplushaiti@yahoo.fr

©CANAL+HAÏTI Copyright All Rights Reserved, Tous droits réservés Mars 2013

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*