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Haiti/R.D.: Grippe en République Dominicaine, quels sont les risques réels ?

Written on:juin 16, 2013
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Grippe en République dominicaine quels sont les risques réels ? Quelles perspectives ?

En plus de la grippe humaine AH1N1, le gouvernement haïtien considère qu’il existe toujours des risques de contamination de volailles haïtiennes par le virus H5N2 de l’influenza aviaire découvert en 2008 en RD, bien que celui-ci ne représente aucun danger pour l’homme, mais par contre constitue un danger pour la production avicole nationale. Les responsables haïtiens insistent sur le fait que l’interdiction sur les produits dominicains n’est pas une forme de guerre commerciale, mais qu’il s’agit de mesures strictement de nature sanitaire. Par contre, le gouvernement haïtien affirme également son intention de développer la production avicole nationale.

Une rencontre de haut niveau s’est tenue dans la matinée du mercredi 12 juin entre les gouvernements haïtiens et dominicains sur la question de la grippe en République dominicaine. Cette rencontre tournait aussi autour des récentes mesures d’interdiction d’importation des produits carnés dominicains et des animaux vivants, mesures adoptées par le gouvernement haïtien.

Plusieurs ministres et secrétaires d’Etat des deux gouvernements étaient présents à cette rencontre. Il s’agit, entre autres, du chancelier haïtien, Pierre Richard Casimir, du ministre du Commerce et de l’Industrie Wilson Laleau, de la ministre de la Santé publique et de la Population, Dr. Florence Guillaume, du ministre de l’Agriculture Thomas Jacques, du Secrétaire d’Etat à Production Animale Michel Chancy et de leurs homologues dominicains.

A l’issu de la rencontre, un communiqué conjoint est sorti et présente essentiellement les points suivants : En conseil des ministres le gouvernement haïtien « va statuer sur l’opportunité de lever les mesures préventives d’interdiction des produits carnés et d’animaux vivants en provenance de la RD ». « Concernant les produits avicoles en particulier, des cadres techniques des ministères de l’Agriculture des deux pays se rencontreront dans les meilleurs délais afin de définir un protocole établissant les mécanismes permettant de régulariser les échanges commerciaux de ces produits ».

La genèse de l’histoire

L’alerte lancée par le ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP) et les mesures d’interdiction de l’importation de tous produits carnés et d’animaux vivants de la République dominicaine ont été des mesures conservatoires adoptées pour protéger au maximum la population haïtienne, affirme le Gouvernement.

À l’heure actuelle, davantage d’informations sont disponibles et permettent de mieux cerner la situation. Le virus de la grippe en question n’est transmis ni par la viande ni par les animaux. Il s’agit du virus AH1N1, lequel se transmet essentiellement à l’homme par l’homme.

En 2008, des cas d’un autre type de virus (l’influenza aviaire), affectant seulement les poules, étaient découverts en République dominicaine. Le gouvernement haïtien avait décrété, en cette occasion, une interdiction d’importation des produits avicoles. Cette interdiction n’a jamais été levée ! Donc par rapport aux produits avicoles, le communiqué de la semaine dernière ne fait que réaffirmer une interdiction déjà en vigueur.

Deux types de virus

En considérant le virus découvert en 2008 et celui mentionné récemment, il y a lieu de signaler qu’il s’agit de deux types de virus. D’une part, dans la crise actuelle, il y a le virus AH1N1 qui se transmet à l’homme par l’homme et qui n’est pas une grippe aviaire. D’autre part, depuis 2008, il existe en République dominicaine le virus AH5N2 de l’influenza aviaire qui se transmet de volaille à volaille, mais qui ne représente aucun danger pour l’homme.

La semaine dernière, lors de l’annonce de cette grippe en République dominicaine, il existait un doute sur le type de virus en question. Aujourd’hui, les autorités des deux pays peuvent affirmer que, et les consommateurs haïtiens, et les consommateurs dominicains, ils peuvent tous consommer sans crainte des œufs ou de la viande de volaille, que ces œufs ou cette viande soient produits en Haïti ou en République dominicaine, dès qu’ils soient transportés, stockés et commercialisés dans les conditions hygiéniques requises.

Ceci dit, les autorités haïtiennes considèrent qu’il existe toujours des risques de contamination de volailles haïtiennes par le virus H5N2 de l’influenza aviaire découvert en 2008, bien que celui-ci ne représente aucun danger pour l’homme, mais par contre constitue un danger pour la production avicole nationale.

Ce qui intéresse en tout premier lieu la République dominicaine, apprend-on, est la levée de l’interdiction des exportations des œufs vers Haïti. Tout le reste serait secondaire. La République dominicaine exporte plus d’un million d’œufs par jour sur le marché haïtien, ce qui représente 20 % de leur production et un chiffre d’affaires d’au moins 4 millions de gourdes par jour, soit 36 millions de dollars américains par année.

Essentiellement, le marché haïtien représente un débouché pour les excédents saisonniers et en majorité d’œufs « non frais », de seconde catégorie, provenant de la République dominicaine. Avec le marché haïtien, les producteurs dominicains peuvent dépasser légèrement le quota qui leur a été attribué (ils produisent en fonction d’un quota de production préétabli) et ainsi garantir des livraisons d’œufs frais de haute gamme pour le marché touristique saisonnier et valoriser (surtout pendant la période des vacances) les surplus de moins bonne qualité, grâce au marché haïtien. C’est ainsi que très souvent ces excédents d’œufs dominicains, généralement stockés et transportés dans des conditions exécrables, se vendent meilleur marché en Haïti qu’en République dominicaine. Ce qui représente du dumping !

En dépit de l’intérêt des Dominicains de reprendre leurs exportations, Haïti doit aussi protéger ses intérêts, affirment des autorités haïtiennes. Ceux-ci sont, selon eux :

Protéger la santé de la population haïtienne (tant contre le virus du H1N1 que contre des produits de consommation de mauvaise qualité) ; Protéger le cheptel animal haïtien contre de nouvelles maladies ; Créer des conditions de compétitivité pour le développement de la production nationale et la création d’emplois pour la génération de revenus (lutter contre le dumping et la contrebande). Conditions à remplir

Les techniciens haïtiens affirment que si la République dominicaine prétend être libre du virus H5N2 de l’influenza aviaire, il serait possible d’envisager la levée de l’interdiction sur les produits avicoles. Mais selon la position des autorités haïtiennes, exprimée dans le communiqué conjoint, cette levée d’interdiction sera sujette à une évaluation technique préalable qui devra se réaliser par les services sanitaires compétents et en suivant un protocole précis reconnu par les instances internationales.

En fonction des résultats qui en sortiront, la République d’Haïti pourrait décider d’une levée totale ou partielle des mesures d’interdiction des produits avicoles comme le demande la République dominicaine. Une levée partielle pourrait techniquement se faire pour certains produits provenant d’une région précise ou d’entreprises clairement identifiées, en fonction d’une analyse de risques. Sans cette évaluation, le gouvernement haïtien ne peut lever l’interdiction, affirment les techniciens du Ministère haïtien de l’agriculture.

« Ce n’est que sous ces conditions que les services sanitaires de la République d’Haïti pourraient émettre des permis d’importation, pour des lots de produits libres de toutes maladies, provenant d’entreprises et qui auront reçu une certification des autorités sanitaires dominicaines et ces permis seraient sujets à des règles strictes de traçabilité et à des conditions de transport et de stockage répondant à des standards de qualité universellement reconnus », précisent des sources proches du gouvernement haïtien.

Pas une guerre commerciale

Les responsables haïtiens insistent sur le fait que cette interdiction sur les produits dominicains n’est pas une forme de guerre commerciale mais qu’il s’agit de mesures strictement de nature sanitaire. Par contre, le gouvernement haïtien affirme depuis quelques temps, son intention de développer la production avicole nationale. La République dominicaine, affirment des responsables haïtiens, doit considérer Haïti comme un partenaire commercial et non pas seulement comme un marché pour ses excédents de production.

Selon les chiffres avancés par les responsables haïtiens, depuis deux ans, malgré le séisme du 12 janvier 2010, il y a eu d’importants investissements dans le secteur avicole en Haïti. Ceux-ci sont évalués à prêt de 10 millions de dollars américains. De nouvelles usines d’aliments pour bétail ont vu le jour en Haïti, de même que des couvoirs industriels ayant de grandes capacités de production de poussins (3 compagnies nationales totalisant plus 558 000 poussins par mois) et un nouvel abattoir moderne est entré en fonctionnement. La production de poulets de chair et d’œufs a plus que doublé en Haïti, passant de 100 000 à 225 000 poulets de chair par mois et de 1 million à 2 millions d’œufs par mois.

En concertation avec les principaux acteurs nationaux intéressés au développement du secteur, le MARNDR a monté une proposition de projet national pour consolider ces acquis et pour supporter un développement soutenu de la filière avicole. Cette proposition, est axée principalement sur l’accès au crédit, qui devrait permettre aux entreprises nationales de récupérer dans les 3 prochaines années 30 à 40 % du marché. Dans cette proposition, tous les aspects sont abordés, allant de la régulation et de la politique de tarification des importations, aux partenariats public/privé indispensables au développement de filière et à l’intérêt national.

Le développement des emplois et la création de richesses en Haïti vont dans l’intérêt des deux peuples. Les responsables des deux pays doivent veiller à un développement équilibré des deux nations en luttant contre toutes les formes de dumping. En ce sens, les autorités haïtiennes affirment qu’elles sont également prêtes à encourager des investissements dominicains en Haïti pour appuyer le développement de la production avicole nationale.

Crédit: Agropresse

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