Dallas Cowboys Authentic Jersey  Haiti/R.D.: La République dominicaine veut dénationaliser les fils de migrants. | CANAL+HAITI
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Haiti/R.D.: La République dominicaine veut dénationaliser les fils de migrants.

Written on:novembre 16, 2013
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En octobre 1937, le dictateur dominicain Rafael Trujillo ordonna le massacre de plus de 15 000 migrants haïtiens noirs pour « blanchir la race ». L’année suivante, pour se faire pardonner par la communauté internationale, le tyran sanguinaire ouvrit les portes de son pays aux juifs allemands, blancs, persécutés par Hitler. Soixante-quinze ans plus tard, la décision du plus haut tribunal dominicain de retirer la nationalité dominicaine aux descendants d’Haïtiens provoque à nouveau la préoccupation de la communauté internationale et l’indignation des défenseurs des droits humains. Fin septembre, le Tribunal constitutionnel a jugé, de manière rétroactive, que les descendants des migrants « en transit », nés depuis 1929, ne pouvaient prétendre à la nationalité dominicaine.

 Dénoncée comme un « génocide civil », cette décision a convertis les descendants de migrants en apatrides, alors que le droit du sol était en vigueur jusqu’à la Constitution de 2010. Le Prix Nobel de littérature péruvien Mario Vargas Llosa a qualifié cette sentence d’« aberration juridique qui semble directement inspirée des fameuses lois hitlériennes ». Critiquée lors d’une réunion de l’Organisation des Etats américains (OEA), fin octobre, la République dominicaine a fait valoir que les décisions du Tribunal constitutionnel étaient sans appel.

 Le secrétaire général de l’OEA, José Miguel Insulza, a confié le dossier à la Commission et à la Cour interaméricaine des droits de l’homme. Ses décisions s’imposent aux Etats membres et la Cour a jugé en 2005 que la condition migratoire des parents ne pouvait affecter le droit à la nationalité de leurs enfants.

 Sur la défensive face aux réactions internationales, le gouvernement dominicain a tenté de minimiser l’impact de la sentence. Alors que le Tribunal constitutionnel dénombre 668 145 personnes d’origine haïtienne susceptibles d’être affectées, une révision des registres menée au pas de charge début novembre ne fait plus état que de 13 672 descendants d’Haïtiens « inscrits avec un document non valide ».

 Les autorités dominicaines ont entretenu la confusion en mélangeant le droit à la nationalité des descendants d’Haïtiens et le dossier migratoire, un vrai problème dans la relation entre les deux républiques se partageant l’île d’Hispaniola. Depuis le début du XXe siècle, les plantations sucrières dominicaines ont fait appel à des coupeurs de canne haïtiens, misérablement payés.

 « HAÏTIANISATION »

 L’interminable crise qui a suivi la chute de la dictature des Duvalier et le séisme de janvier 2010 ont amplifié le flux de migrants traversant illégalement la frontière, avec la complicité rémunérée des autorités. L’agriculture et le secteur de la construction dépendent de ces travailleurs surexploités et l’Etat les emploie sur ses grands chantiers. Une nouvelle loi de migration a été votée en 2004, mais le plan de régularisation des migrants en situation irrégulière n’a toujours pas été approuvé.

 L’image de la République dominicaine, première destination touristique de la région, a été sérieusement écornée par la sentence du Tribunal constitutionnel. Les pays de la Communauté des Caraïbes, dont Haïti est membre, ont été les premiers à la dénoncer. Important bailleur de fonds, l’Union européenne est restée discrète après avoir reçu l’assurance qu’il n’y aurait pas d’expulsions massives vers Haïti, où la situation politique se dégrade à nouveau.

 La controverse divise profondément la société dominicaine. Les jésuites figurent parmi les plus actifs défenseurs des « dénationalisés », tandis que l’ultra-conservateur chef de l’Eglise catholique, le cardinal Lopez Rodriguez, est l’un des porte-parole du camp « nationaliste », qui dénonce un supposé « plan » des grandes puissances, Etats-Unis et France en tête, pour « fusionner l’île » et se décharger du « problème haïtien » sur Saint-Domingue.

 Récemment honoré par l’université Paris-VIII et l’Unesco, l’ex-président Leonel Fernandez est un des grands responsables de la dérive droitière et xénophobe de son parti et de l’opinion. M. Fernandez a choisi les membres des « hautes cours », notamment du Tribunal constitutionnel. Il a donné un pouvoir sans mesure avec son score électoral à la Force nationale progressiste, petit parti xénophobe créé par l’avocat « Vincho » Castillo dont le principal cheval de bataille est la lutte contre l’« haïtianisation » de la République dominicaine. Son successeur Danilo Medina n’a pas voulu remettre en question ce pouvoir, notamment en matière migratoire.

 

 

Crédit: Jean-Michel Caroit /LeMonde

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