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Haïti/Réflexions : Entre le 1er et le 12 janvier, j’ai rêvé de l’Église catholique d’Haïti… oh saisissements !

Written on:janvier 14, 2015
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hair1Le 1er janvier 2015, en l’an 211e de la proclamation de l’Indépendance nationale, j’ai fait un rêve…Je me suis retrouvée aux environs de la Cathédrale des Gonaïves.

J’ai tout de suite remarqué un personnage « remarquable », une caribéenne, en tenue de commandeure, avec un casque sur la tête, précisément une Trinidadienne, qui a pour prénom Sandra.

Dans mon rêve, elle était en pleine discussion avec un ex-sénateur haïtien sur l’opportunité ou non d’assister au Te Deum. J’ai des craintes, disait-elle au sénateur. Je représente une mission criminelle qui a déjà fait 10 000 morts avec le choléra. Est-ce que l’Évêque des Gonaïves ne va pas m’interpeler dans son homélie du 1er janvier ? Est-ce qu’il ne va pas nous reprocher à la Mission de n’avoir pas dédommagé un seul Haïtien  …   …Mais non, mais non, fit le sénateur, d’une voix apaisante. Rentrez, rentrez Sandra et surtout rentrez sans honte. Voyez-vous, L’Eglise catholique, ici, a toujours affectionné les « sans honte«  . Laissez-moi vous donner un seul exemple. Dans le passé, un bateau avait accosté aux Gonaïves avec une cargaison de déchets toxiques. Eh bien, l’évêque d’alors avait déclaré à la population que c’était un stock d’engrais ! Soyez donc sans inquiétude, L’évêque des Gonaïves ne citera même pas votre nom, voire évoquer les dizaines de milliers de victimes du choléra  !…

Et Sandra rassurée, le casque haut, rentre dans la Cathédrale de la Cité des Héros de l’Indépendance. Hélas, cela ne se passe pas comme prévu. Une fois assise, Sandra la Caribéenne reçoit la toute première flèche. Contre toute attente, l’Évêque des Gonaïves consulte la Bible et lance en direction de Sandra: …La Justice élève une nation et le Dieu de justice se manifestera en Haïti, en 2015 !  Il projettera son glaive puissant contre  tous les criminels du choléra et leurs complices. Ils ou elles n’oseront plus, par leur présence, insulter le peuple ni la mémoire des héros de l’Indépendance en pénétrant dans cette Cathédrale avec leurs mains tachées du sang haïtien !go

L’assistance se retourne alors vers Sandra la Caribéenne, avec un air de : …Sa w vin chache la a ? »  Un professeur d’histoire chez les Sœurs des Gonaïves, s’approche et lui glisse a l’oreille :  …C’est le 31 août 1962 que votre pays, Trinidad, a obtenu son indépendance. Ecoutez : Ce matin, nous célébrons notre 211e et vous êtes à peine à votre 50e. Ne l’oubliez pas : Haïti est la mère de la liberté dans la Caraïbe. Comme Caribéenne, cessez donc de vous laisser manipuler par des colons d’Amérique contre Haïti ! … 

Et Sandra, toute bouleversée, enlève son casque et, les pieds lourds, quitte la cathédrale. Dans la rue, elle jette un regard sur le stand présidentiel et surprend Pamela la gouverneure, cellulaire à l’oreille, au beau milieu du stand. Sandra court vers elle : … mais que fais-tu là, je te croyais dans l’Eglise ? …

Mais non, dit Pamela, je suis venue t’attendre ici. J’ai été very surprised d’entendre cet évêque t’insulter. Il n’a pas le droit.

Et je suis en train d’appeler le Cardinal pour lui dire que cet Évêque des Gonaïves n’a pas respecté les règles du jeu. Il doit recevoir un blâme. Right ? Le jeu c’est quoi ? Les Etats-Unis veulent qu’Haïti reste un pays cobaye avec des chefs politiques et des chefs religieux sans personnalité. C’est ce qui est bon pour nous. Et c’est ce qui doit se faire, toujours, forever ! You understand me Sandra ? Tu peux partir tranquille, tu les rattraperas le 18 novembre à Vertières !  Non Pamela, j’ai changé d’idée, je rentre à Trinidad, je ne remettrai plus les pieds à une commémoration de l’Indépendance haïtienne ou d’une quelconque fête nationale, je n’y ai pas ma place en tant que… représentante de l’Occupant…

Mon rêve me conduit ensuite au presbytère ou deux jeunes prêtres commentent l’homélie de circonstance. Monseigneur a bien parlé, dit l’un d’eux. Oui, répond l’autre, mais je trouve qu’il aurait besoin d’une petite formation. Quoi ? De quoi parles-tu ? Tu oses dire que Monseigneur a besoin d’une formation. Comme tu es pédant ? Oui, insiste le jeune prêtre qui a fait une spécialisation en droits humains. Monseigneur a besoin d’une formation en droits linguistiques. Les droits linguistiques font partie des droits de l’homme. Dans une circonstance aussi solennelle, que le 1er janvier, jour de l’Unité nationale, jour de la Patrie, Monseigneur doit parler la langue de la majorité. Il s’est exprimé uniquement en français. Il a bafoué les droits linguistiques du peuple haïtien ! Il s’est moqué de la Constitution qui reconnait le créole comme langue officielle a côté du français.

Comment ? critique son collègue, tu voulais que Monseigneur parle créole dans une cérémonie pareille, le 1er janvier ? Et puis le créole n’est pas une langue. En présence du président de la République, Monseigneur doit parler une vraie langue qui est le Français ! Point final. Oui, mais le président, comme tu dis, a prononcé  son discours dans la langue de la majorité, en présence de tous les ambassadeurs, juges, députés et sénateurs qui avaient fait le déplacement. 

En tout cas, l’année prochaine, le Te deum du 1er janvier aura lieu dans la Cour de l’Ambassade de France à Port-au-Prince. Ah bon ? Oui, Mgr l’a confirmé, c’est une invitation de l’Ambassadeur.

Mais alors, et les Gonaïviens qui ont déjà une tradition de 211 ans? Et le Président qui doit prononcer son discours habituel aux Gonaïves ?

Qu’est-ce que ça fait ? L’important c’est pas les Gonaïviens ni même le peuple haïtien. Monseigneur tout comme le président sont de bons amis de l’Ambassadeur et veulent lui faire plaisir. C’est ça l’important : faire plaisir aux ambassades !

En tout cas moi, il m’arrive de me poser des questions quand je suis seul au presbytère. Est-ce que l’Eglise catholique, en 10 ans d’occupation et d’humiliations, a demandé une seule fois, le respect de la souveraineté nationale ? Est-ce qu’elle n’a jamais élevé la voix quand on assassinait publiquement des Haïtiens accusés à tort de propager le choléra ? Est-ce qu’elle était toujours là quand l’Etat faisait des expulsions arbitraires dans les camps de déplacés ? Est-ce que l’Archevêque de Port-au-Prince avait élevé la voix et visité les familles de la rue de la Réunion voisines de l’Archevêché et dont les maisons ont été démolies, goudougoudouyisées sans assistance et qui se sont retrouvées avec des bébés sur les bras. J’ai peur des réponses. Est-ce que les Chrétiens qui réfléchissent ne vont pas nous taxer de pharisiens ?

Ce qui est certain c’est que moi, prêtre d’Haïti, je ferai en sorte dans ma paroisse que les droits linguistiques du peuple haïtien soient respectés. Et puis, j’introduirai une sorte de Mission Alpha que l’Eglise avait si pompeusement ouverte et si piteusement fermée !

Ah! Ah ! Mission Alpha ? Mission Alpha ? fit l’autre. Oublie ça ! Des prêtres comme toi n’auront jamais de paroisse !

CLAP ! Mon rêve continue en saisissements.

J’aperçois un haut responsable catholique en habit d’évêque qui s’entretient avec le directeur de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (ISPAN) et la ministre de la Culture. Reconnaître ses fautes est la marque de l’homme droit qui craint Dieu, explique le saint homme. En 2016, poursuit-il, L’Eglise catholique haïtienne, à l’occasion des 120 ans de la grande campagne de persécution qu’elle a menée contre le culte vaudou, voudrait accompagner l’ISPAN dans la recherche de l’inventaire des biens du patrimoine religieux haïtien que l’Eglise a contribué à détruire. Et la ministre de la Culture d’opiner : Faites bien attention à ce que vous faites, Monseigneur, ça peut se révéler dangereux. Car, si l’Eglise accepte qu’elle a eu tort, qu’elle a commis des crimes culturels en Haïti, des crimes identitaires, des crimes contre le patrimoine, on peut exiger aussi de l’Eglise réparation pour les torts commis.

Rassurez-vous Madame, l’ Eglise le fait après mûre réflexion. L’Eglise catholique d’Haïti veut grandir dans son humanité. Elle a bien été à l’origine de mesures de destruction des objets sacrés haïtiens, comme l’atteste l’ordonnance épiscopale de Mgr Francois Marie Kersuzan le 21 fevrier 1897 : «Les sectateurs du vaudou qui veulent se convertir, doivent absolument, avant d’être admis aux sacrements, même à l’article de la mort, livrer au prêtre ou détruire entièrement en sa présence, tous les objets de culte superstitieux qui sont en leur possession sans qu’il leur soit permis de les transmettre à un descendant ou à toute autre personne».

Aujourd’hui, Madame la Ministre, l’Eglise s’engage à réparer, et à cesser de déconstruire l’identité haïtienne, à travers ses paroisses et ses écoles. D’abord, dans nos écoles congréganistes, nos professeurs cesseront de punir les enfants qui s’expriment dans leur langue maternelle. Nos directions cesseront de sanctionner les enfants coiffés à l’africaine et de pousser les parents à leur faire lisser artificiellement les cheveux trop tôt, avec des produits chimiques, ce qui laisse des séquelles pour leurs facultés visuelles.

En ce qui concerne la mémoire du Patrimoine, l’Eglise catholique qui a reçu par le passé, des donations importantes de terres de l’Etat haïtien,-sans compter les contributions financières inscrites dans le budget national- entend offrir à l’ISPAN, des espaces pour la construction de musées dans chaque département du pays.

Lors de nos tournées internationales, nous ne manquerons pas d’alerter nos confrères espagnols sur la grande réparation que le royaume catholique d’Espagne doit à Haïti après avoir pillé l’or et décimé tout un peuple sur ce territoire paisiblement habité par les Indiens Taïnos. Nous tacherons de les conscientiser pour la reconstitution en Haïti d’un grand village Taïno qui représentera un lieu de mémoire pour les jeunes générations.

Par ailleurs, a partir du 12 janvier 2016, l’Eglise introduira dans ses infrastructures universitaires, une Faculté de Géologie et de sismologie, afin de contribuer à augmenter le nombre de spécialistes dont le pays a tant besoin. Et tous les mois, les écoles congréganistes offriront sans exclusion, des sessions de simulation à tous les enfants du quartier où ces écoles sont établies.

Et mon rêve me conduit hors d’Haïti, précisément au Vatican.

Au beau milieu d’une salle somptueusement décorée se retrouvent le Pape, le nonce apostolique et le cardinal haïtien. Et le nonce d’introduire ainsi le Cardinal : Très Saint Père, le cardinal d’Haïti est impatient de partager avec vous une idée neuve ! Allez-y, allez-y, fit le Pape en direction du cardinal haïtien. Voilà, Très Saint Père, je veux humblement vous proposer un nouveau calendrier pour le monde. Ah bon ! s’étonna le Pape. Oui, comme vous le savez, Satan s’infiltre partout et si nous ne sommes pas vigilants, il continuera à nous jouer de mauvais tours. Comme vous le savez, les mois du calendrier utilisés à travers la planète, porte encore des noms sataniques, des noms de dieux romains. Chez nous, en Haïti, on les appellerait des loas.

Par exemple, Janvier vient de Januarius, qui est le dieu romain des Portes, ce qui correspond au Legba haïtien. Quant au mois de Mars, il porte le nom du dieu romain de la guerre, ce qui correspond au loa Ogoun en Haïti. Ainsi donc, chaque fois que nous prononçons ces mots, nous évoquons Satan, autrement dit, un dieu ou un loa. C’est une pratique qui nous maintient en dehors de la chrétienté. Je viens donc en tant que Cardinal d’Haïti vous proposer humblement de choisir les noms des douze apôtres pour désigner désormais les mois du calendrier. Janvier pourrait être remplacé par Jean, l’apôtre Jean, Mars, par l’apôtre Mathieu et…

Là, dans mon rêve, je vois le Pape arrêter vivement de la main, le discours du Cardinal. Eminence, dit le Pape, je vous remercie, je vois que vous êtes informé sur Rome mais vous savez, l’Italie a appris à respecter son patrimoine et ne l’assimile guère à Satan. C’est vrai, l’Eglise a trouvé un calendrier avec des noms de dieux et de déesses, des lois du vaudou comme on dirait chez vous. Et cela date de près de deux mille ans. L’Eglise n’a pas le droit de détruire le patrimoine qu’elle a trouvé. Voyez-vous Cardinal, je connais aussi un peu votre Histoire, et je suis un homme direct. Vous savez comme moi que l’Eglise catholique n’était pas là au Bois Caïman, aux cotés des esclaves, lors du Congrès pour la fin de l’esclavage. L’Eglise était plutôt bras dessus bras dessous avec le colon. J’aime la vérité, Cardinal, et je vous demanderais de ne pas vous fatiguer à trouver des choses pour me faire plaisir…

Si j’ai choisi le cardinalat pour Haïti, c’est bien parce que votre pays le mérite largement et cela pour deux raisons. D’abord, Haïti est le premier pays des droits de l’homme dans la Caraïbe, et les droits de l’homme ne sont rien d’autre que l’évangile actualisé. Ensuite, votre pays est une moitié d’île et j’ai voulu mettre fin à ce déséquilibre avec la République Dominicaine qui, depuis belle lurette, dispose des services d’un cardinal. Un cardinal, entre nous, qui pousse à la déshumanisation, au reniement des valeurs de l’Evangile en approuvant la dénationalisation de descendants haïtiens sur son territoire. A propos, interrogea le Pape, est-ce que l’Eglise haïtienne défend ces victimes et les personnes rapatriées à la frontière ? Je sais que vous avez une commission épiscopale sur la migration.

Oui, répondit le Cardinal, la voix faible. La Commission a installé 25 équipes de secours migratoire et de vigilance totalisant 500 religieux et religieuses aux 4 points frontaliers haïtiens; elle organise des collectes de fonds et de vêtements pour l’accueil des migrants, elle a installé des centres d’hébergement. Et puis, depuis l’arrêt dominicain 168-13 sur la dénationalisation, la Conférence épiscopale envoie chaque mois un communiqué a la presse des deux pays sur sa position au regard de l’évolution de la situation, car elle se sent très concernée. ( !!!!)

Et chaque trimestre, elle organise une grande réunion binationale avec la Commission Episcopale dominicaine pour renouveler notre position ferme et sans équivoque en faveur des victimes de la dénationalisation. ( !!!!)

C’est bien, Eminence, c’est bien, très bien, dit le Pape en lui tendant la main. Continuez à être près, véritablement près du peuple souffrant ! Que vos actions soient bénies !

Et…je me réveille de ce long rêve du 1er au 12 janvier avec un seul mot à la bouche :

AMEN !

 

Crédit : Lis Bell  

Citoyenne haitienne

13/1/15

 

 

 

 

 

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