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Haïti/Réflexions: INSOLENCE !

Written on:janvier 20, 2015
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Guy Aubourg

Guy Aubourg

…Ainsi furent écrites les plus belles pages d’histoire du premier peuple noir libre et indépendant au monde. En ce sens, il est à croire que premier janvier dix-huit cent quatre fut et restera toujours un moment sublime dans la tragédie du peuple noir… un moment historique qui a vu sonner le glas de l’agonie de la race noire. Ainsi allait se redéfinir dans l’univers social du colon un nouveau concept d’égalité entre les humains…un événement qui, de par sa portée historique, allait insuffler chez tout homme privé de liberté, mais surtout chez le nègre, un air d’espoir émanant d’une ère de gloire.

Considérée comme la plus émouvante du monde, la révolution haïtienne, deux siècles après, n’a pas fini de susciter l’admiration des uns ni non plus de provoquer la jalousie des autres au point de voir en cette étoile éruptive du nouveau monde: la brebis galleuse des Caraïbes. Une assertion, somme toute insensée, dans la mesure où il n’est donné à aucun peuple, sous quelque prétexte que ce soit, le droit de réduire en esclavage tel autre peuple, lui privant ainsi l’exercice et, partant, la jouissance même de ses droits humains les plus élémentaires dont ceux à la nourriture, à la propreté, à la santé et pire encore, à la culture …une vraie dérogation à la déclaration universelle des droits de l’homme qui se traduirait ici par une opposition de la volonté du blanc au bien-être du noir!!!

Quoiqu’on en pense, il est indéniablement admis que cette tragédie humaine que fut la servitude a été dans son essence même un acte de barbarie, une gifle humiliante mais surtout le pire détour qu’un humain puisse faire prendre à ses semblables. Dès lors, des entrailles douloureuses de cette terre des caraïbes, qui avait contribué pendant des siècles au bonheur de l’Europe, jaillit cette jeune nation noire dont la volonté de vivre libre se concrétisa ce premier jour de janvier dix-huit cent quatre. Et depuis, mes ancêtres ont sacrifié leur nuit de sommeil au bien être de la nouvelle nation afin de consolider une indépendance acquise au prix de leur vie et de garantir, ipso facto, un parcours sans détour à ce petit pays des Caraïbes qui se débattait avec sa nouvelle identité laquelle allait, plus tard, se heurter contre l’indifférence d’autres nations ayant délibérément choisi d’ignorer son nouveau statut de nation libre et indépendante.

Si les durs combats livrés par les hommes de dix-huit cent trois ont fini par donner naissance à la nouvelle nation haïtienne, sa reconnaissance par les états libres de l’époque, en revanche, posait problème, à telle enseigne que mon pays a dû payer de ses dernières ressources une liberté pourtant acquise au prix du sang.

D’ailleurs, qu’on le veuille ou non, quand des ténèbres de la servitude pointe l’étoile de la liberté qui s’apprête à scintiller dans un ciel déjà égayé d’une constellation de pays libres, on devrait s’attendre à ce que cette nouvelle étoile des caraïbes finisse, à son tour, par briller au point d’éclairer le chemin de la liberté à tous ceux qui en sont trop longtemps privés.

C’est ainsi que cette nation noire fut, en 1803, non seulement la première au monde à éradiquer l’esclavage; mais pour l’histoire, il serait utile de préciser que cette éradication a eu lieu soixante-deux ans avant même que les Etats-Unis d’Amérique se soient résolus, à l’issue de la guerre de sécession, à vider leurs contentieux sociaux avec leurs compatriotes du sud.

Aussi, d’autres peuples assoiffés de liberté n’ont-ils pas tardé à emprunter le parcours des héros de dix-huit cent quatre…un parcours qui n’allait pas sans les exposer aux détours imprévisibles dont est jalonné le sentier de la guerre. Il va donc sans dire que cette révolution esclavagiste, telle qu’elle fut vécue, a été une entreprise de longue haleine effectuée par les preux de dix-huit cent quatre avec l’intime conviction, un beau jour, de se faire réchauffer l’âme aguerrie par le soleil de la liberté. Voilà, sans détour, les circonstances peu enviables mais, en fin de compte, louables qui allaient concourir à la fondation, ce premier jour de janvier dix-huit cent quatre, de la première république noire du monde et du deuxième pays indépendant des Amériques.

Si premier janvier de l’année mille huit cent quatre nous a permis de récupérer notre liberté, douze janvier deux mille dix nous aura aidé, par contre, à repérer le chemin qui mène vers l’indépendance, un parcours certes long et difficile…mais un détour qu’il nous faudra faire pour que Haïti cesse de crier sa misère aux enchères!!! Car, ce pays qui compte plus de deux siècles de liberté aurait enfin besoin de connaitre quelques instants d’indépendance. Mais, pour conquérir cette parcelle d’indépendance, il va falloir commencer par aimer ce pays, être prêts à travailler au bien-être de notre patrie commune, nous sacrifier au besoin pour pouvoir enfin la libérer de la dépendance internationale. C’est seulement et seulement à ce prix-là que nous pourrions jeter, au tournant du vingt et unième siècle, le pont entre les preux de 1804 et nous autres, si notre rêve était de poursuivre leurs idéaux; car, nous sommes tous persuadés qu’ils n’auraient pas dû faire dix-huit cent quatre si c’était pour voir ce beau pays, plus de deux siècles plus tard, patauger dans la mendicité pendant qu’il s’achemine, avec une détresse inouïe, vers sa ruine. Non, ils n’auraient jamais dû…

Mais que serait-il advenu de mes compatriotes, de mon pays si, au lendemain du séisme, l’international s’était choisi de rechigner dans l’aide offerte à Haïti? Et pourquoi avait-il fallu ce séisme qui a copieusement dévasté Port-au-Prince pour voir déferler sur cette ville fantôme des vagues de bienfaisance? On dirait, ce faisant, qu’on aurait voulu effacer toutes ces malfaisances qu’on nous fait subir. De partout, nous arrivaient des tas de chose. Même, je crois qu’il a été débarqué à Port-au-Prince, en une semaine, plus de produits de première nécessité que ce pays n’en a été capable de produire toute une année durant. Mais pourquoi attendre qu’il soit trop tard pour se jeter au chevet d’une Haïti vacillant sur sa destinée, d’une Haïti entre la vie et la mort?

Et pourtant, il a fallu qu’il arrivât malheur à mon pays pour me rendre compte combien si mal connue reste, aujourd’hui encore, l’histoire de la première république noire du monde. Cette île des caraïbes, qui peut bien se targuer d’avoir fait la révolution esclavagiste la plus émouvante qui ait jamais été, d’une mort lente se meurt ; et ce, sous le regard, je dirais, « compatissant » du monde. Mais je comprends aussi que si l’histoire de mon pays n’est pas enseignée dans les grandes universités du monde, c’est moins parce qu’on a oublié de le faire que parce qu’on essaie de la faire oublier. Mais ça, c’est un autre aspect…une curiosité de notre histoire à laquelle l’humanité ne pourra jamais se dérober ; rien que pour l’histoire!!!

Mû par les épopées de 1804, je me suis laissé entrainer dans la sinuosité de l’histoire pour vous remettre en mémoire une parcelle de la plus merveilleuse des épopées…on dirait un conte de fées !

Lisez…et revivez avec moi les épopées de Vertières!

Credit: Guy Aubourg

 

 POEME

L’insolence!


Sous les vestiges d’un passé glorieux,
S’enivre dans la somnolence,
La plus merveilleuse des épopées
Que jamais hommes à la peau noire
Aient entreprise.
Sous les décombres de l’histoire,
Gît dans la nonchalance,
La plus émouvante des révolutions
Que jamais une nation noire
Ait menée.
Et pourtant ce fut l’apothéose,
Quand le sang du colon, cette nuit-là,
Les plantations arrose !
Quand, dans les ténèbres de la souffrance,
Sonna pour l’esclave
Le glas de la délivrance !
Quand, sur cette ile des Caraïbes
Devenue la perle des Antilles,
Dans un ciel de minuit
Des flammes de la liberté scintillent !
Quand, dans l’euphorie du bois caïman,
Renoncé au servage ;
L’homme noir jura d’en finir
Avec l’esclavage !
Et, buvant sa coupe de sang,
Son destin questionna.
L’Afrique noire, dans la frénésie,
Alors ce geste sublime ovationna,
Et le colon, pris de court,
Fut plongé dans le désespoir ;
Mais garda l’ultime espoir…
De récupérer à jamais la terre…
Et ses bêtes de somme…
Un espoir vite effrité quand l’esclave
De son bâton le rêve assomme !
L’Europe, au sursaut d’un cauchemar,
Tristement se réveilla ;
Alors la fureur du noir,
La méfiance du blanc éveilla…
Qui, dans un geste de désespoir,
Une commission dépêcha,
Et, usant d’astuces,
Une cuisante défaite empêcha.
Un soulèvement dont la métropole
Amèrement s’ennuya !
Et le premier des noirs,
Emporté de force, un affront essuya !
Alors l’Afrique, dans la douleur,
L’illustre partisan céda…
Mais jamais sa défaite ne concéda !
Cruels colons, pourquoi notre liberté
Nous faire payer ?
Alors que notre chemin…
Vers l’indépendance
Nos valeureux ancêtres ont frayé!
Humanité inconsciente,
Pourquoi cette injustice ne jamais sanctionner!
Comment osez-vous
Une telle insolence cautionner?
Sous les débris de la réminiscence,
Garni des semences de la résistance,
Le temps a passé…
Mais l’âme aguerrie sous les tropiques…
L’homme noir, à Vertières,
Livra une ultime bataille…et ce fut épique !
Nos vaillants héros,
L’arbre de la liberté des noirs, émondent…
Haïti, malgré vents et marées,
Devient la première république noire du monde !

 

 

Credit: Guy Aubourg

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