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Haïti/République Dominicaine: Quand Julia Alvarez, écrivaine dominicano-américaine, découvre Haïti.

Written on:mai 28, 2012
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Julia Alvarez est née à New York de parents dominicains qui, trois mois après sa naissance, regagnèrent la République dominicaine. Elle revint aux États-Unis dans les années 60.

Pour Julia Alvarez, Haïti avait toujours été « la sœur que je n’avais jamais connue ». Il aura fallu une promesse faite, un mariage et un séisme dévastateur pour les réunir.

Dans son nouvel ouvrage A Wedding in Haiti (Un mariage à Haïti), la poète, romancière et essayiste – connue pour ses romans populaires Comment les filles Garcia ont perdu leur accent et Au temps des papillons – raconte l’histoire de son amitié avec Piti, un jeune Haïtien qu’elle a rencontré en République dominicaine. Il était adolescent à l’époque et travaillait sur la plantation de café que Mme Alvarez, qui est dominicaine-américaine, et son époux avaient commencé à exploiter dans la cordillère Centrale, la chaîne de montagnes qui traversent en diagonal Hispaniola, l’île que la République dominicaine partage avec Haïti. « Ce que j’ai ressenti à l’égard de ce garçon était inexplicablement maternel, écrit Mme Alvarez. Quelque part en Haïti, une mère avait envoyé son jeune fils au pays voisin mieux nanti afin qu’il aide sa famille pauvre. »

Haïti et la République dominicaine ont un passé tourmenté. Les différences de race et de langue ont séparé les deux nations, et le massacre en 1937 de dizaines de milliers d’ouvriers agricoles haïtiens sur les ordres du dictateur dominicain Rafael Trujillo fait encore planer une ombre immense. Avant de rencontrer Piti, Mme Alvarez n’avait connu qu’un autre Haïtien, en l’occurrence sa gouvernante qui lui racontait des histoires palpitantes et l’avertissait de ce que l’ogre Cuco faisait aux enfants qui ne voulaient pas dormir.

Une nuit. sur la plantation de café, Mme Alvarez promit à légère à Piti qu’elle serait présente à son mariage ; neuf ans plus tard, elle reçut un appel téléphonique chez elle dans le Vermont, l’invitant à assister justement à cet événement le week-end suivant à Haïti. Son attachement à Piti la fit annuler d’autres engagements déjà pris, et la première partie du livre représente la chronique du voyage difficile qui la mena au pays qu’elle connaissait si peu pour prendre part aux noces joyeuses de son ami.

« À cause du massacre et de la honte que je ressens à cet égard, je pensais que simplement me rendre à Haïti serait mal venu. Les gens disent ‘Pourquoi n’étiez-vous pas venue avant ?’ Parce qu’on ne m’avait jamais invitée ! Mais Piti m’a invitée ! »

Moins d’un an après, Mme Alvarez est revenue à Haïti dans des circonstances très différentes. Suite au séisme du 12 janvier 2010 qui a tué 316.000 Haïtiens et fait 1,3 millions de déplacés, Mme Alvarez et son mari sont allés avec Piti rendre visite à sa famille et porter témoignage de la souffrance du pays voisin de la République dominicaine.

Mais à Haïti après le séisme, Mme Alvarez a trouvé un grand nombre de ses compatriotes venus comme elle aider leurs voisins haïtiens. « J’ai ressenti une affinité et un lien réel avec cette « sœur que je n’avais jamais connue ». Ce sentiment se reflétait à travers tout le pays. De nombreux Dominicains ont organisé des collectes d’aliments et de secours, sont allés à la frontière et ont établi des centres de soins. » Le gouvernement dominicain a levé les restrictions sur les visas pour les Haïtiens qui avaient besoin de soins d’urgence, a fourni 11 millions de dollars en aide humanitaire et autorisé près de 300 vols acheminant des secours. Ruben Silié Valdez, l’ambassadeur de la République dominicaine à Haïti, pense que le séisme a redéfini les relations entre les deux pays. « Nous savons maintenant que les Haïtiens et les Dominicains ne sont pas seulement voisins mais qu’ils sont aussi frères », a déclaré M. Valdez dans une entrevue.

Mme Alvarez s’empresse de souligner que le roman A Wedding in Haiti reflète sa vision très personnelle d’Haïti, un effort pour montrer « Haïti tel qu’il n’a pas paru dans l’actualité, dit-elle. Deux séjours ne font pas de moi une experte. C’est arriver à Haïti avec l’histoire et le passé que j’avais en tête, mais en jetant un regard neuf. Je savais qu’Haïti était beaucoup plus que cet historique. »

Pour Mme Alvarez, l’amitié avec Piti qu’elle décrit dans le livre aussi bien que la réponse des Haïtiens et de ses compatriotes au séisme reflètent des relations maintenant changées entre les pays voisins.

« On ressentait vraiment la solidarité, ce qui signifie pour moi qu’à la base, lorsque le malheur frappe une sœur ou un frère ou tout autre être humain, notre instinct est de lui tendre la main et de l’aider. »

 

 

Credit : Mark Trainer

 

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