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Haiti/Société: Le suicide de l’agronome William Michel est philosophiquement soutenable.

Written on:mars 31, 2018
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L’ agronome William Michel n’est pas un lâche. Il n’a pas pris la fuite devant l’engagement. Il a vu la déchéance de notre société, mais a évité d’assister à sa propre déchéance. En tant que maître de son destin, et devant l’évidence de sa propre déchéance, il s’est retiré au temps qu’ il a choisi lui-même. A quoi ça sert à un homme de réussir avec sa propre famille, son propre clan politique et laisser mourir sa patrie?

Sa mort décidée et organisée est une protestation contre une existence marquée par la non existence. On n’existe pas seulement pour soi, on existe aussi pour les autres, mais également pour son pays.

Dans sa lettre laissée à la république, rendue publique après son suicide, ce citoyen nous dit qu’Haïti est frappée d’une mort irréversible.

Partant de cette constatation, il se demande de manière raisonnable, comment un vivant peut-il continuer à vivre dans un pays totalement mort?

Avant de décider sa mort, il a vu la mort partout. La mort dans les consciences, la mort des arbres, la mort des forêts, la mort des plantations, la mort des hommes et des femmes, et surtout la mort d’un projet national salvateur.

Il est arrivé à la conclusion qu’ Haïti a cessé de produire des âmes d’élite ayant les colonnes vertébrales sur des questions d’intérêt national.

Dans cette Haïti livrée aux entités criminelles et mafieuses, il nous dit carrément qu’il n’a pas sa place.

A 76 ans, plus rien à dire et à faire, pour lui le temps a suspendu son vol. A 76 ans, la boucle est bouclée. A 76 ans, la vie ne lui offre pas la chance de recommencer.
A 76 ans, il perd l’espoir de voir la rédemption d’Haïti. A cette heure sombre de la nuit, pour lui l’échec doit être consommé. Comme beaucoup de progressistes, il ne verra pas la terre promise pour laquelle il tant lutté.

William Michel a consommé l’échec des autres comme son propre échec.
Il est mort à la place des autres par remords et regrets. Il a pris la mort à la place de ceux qui ont amené notre république à la faillite.

En effet, dans ce pays, nous faisons comme lui le constat que nos gouvernants et nos hommes politiques se trompent trop facilement sur des questions fondamentales. Leurs erreurs malheureusement ont abouti à des situations irréparables. Elles conduisent certains à la fuite, et d’autres au désespoir.

En ces temps de pâques, il a choisi de mourir à sa manière. Il a pris sur son dos la honte des autres. Car, dans une société, où il y a beaucoup d’hommes et femmes sans honte et sans honneur, on trouvera quand même deux ou trois qui portent l’honneur de beaucoup d’autres.

Haïti est un « pays mort » habité par des vivants sans conscience. Ces vivants sont des morts, parce qu’ ils pas n’ont pas de conscience de la fragilité de leur existence.

Il a fallu du temps à William pour comprendre que dans ce pays, malgré les apparences, et les bruits des sirènes, tout est au point mort.

Haïti était son propre drame existentiel, où le problème de la survie individuelle ou collective est posé pour chacun de nous.

S’il accepte de se retirer parmi nous, c’est pour échapper à une situation de non existence. Ce citoyen a une compréhension de la vie qui n’était pas partagée par ses concitoyens.

La satisfaction de l’esprit humain arrive à la plénitude de la vie quand on réalise que son existence à servi à quelque chose. Agronome William était à la fatigue de la vie parce son pays l’a rendu inutile.

Pour lui, la vie ne conçoit pas de manière isolée. la vie est familiale, la vie est communautaire, la vie est sociale, la vie est globale. La vie, c’est accepter qu’ on appartient à un monde commun. Ce monde commun nous lie les aux autres, comme l’arbre à l’écorce.

La notion d’appartenance à un monde oblige à être solidaires les uns aux autres. Dans ce sens, Il n’y aura pas de sauvage national sans l’éducation des des élites. Les élites doivent être éduquées sur la base du civisme et de la solidarité.

A 76 ans, à l’heure de son départ programmé, il s’est rendu compte comme Leslie Manigat que la plus grande force politique en Haïti, c’est la destruction, la haine, la jalousie. La haine par contre n’importe quoi, c’est la haine contre le pays, le bien, le beau, le vrai, la qualité et la compétence.

La vie, en tant que don de Dieu, ça vaut la peine d’être vécue. A qui perd tout, Dieu reste encore.

Agronome William, ce bel échantillon d’homme honnête et patriote dont la rédemption prochaine de notre petite patrie donnera à ma génération une nouvelle raison d’espérer comme à moi même.

Va, je ne te hais point. Dans l’éternité, on reparlera d’Haïti.

Me Sonet Saint- Louis av.
30 mars 2018
Sous les bambous de la Gonave.

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